Ottawa promet de protéger un poisson menacé au Québec

Photo: Pierre Lahoud La protection du chevalier cuivré, un poisson en voie de disparition, pourrait avoir des répercussions sur le projet d’expansion de 750 millions de dollars du Port de Montréal à Contrecœur, dont on voit ici les berges.

Visé par une action en justice lancée jeudi dernier par deux groupes écologistes, le gouvernement Trudeau promet finalement de protéger l’habitat du chevalier cuivré, comme cela aurait dû être fait il y a huit ans. La protection de cette espèce de poisson en voie de disparition pourrait cependant avoir des répercussions sur le projet d’expansion de 750 millions de dollars du Port de Montréal à Contrecœur.

Selon ce qu’a confirmé au Devoir Pêches et Océans Canada (MPO), le gouvernement aurait l’intention de se conformer aux dispositions de la Loi sur les espèces en péril (LEP) dans le dossier du chevalier cuivré.

En vertu de cette législation, Ottawa aurait dû prendre un arrêté ministériel pour protéger « l’habitat essentiel » de l’espèce au plus tard 180 jours après que cet habitat a été désigné, soit au plus tard le 17 décembre 2012. Cet arrêté ministériel interdirait complètement de détruire des « éléments » de cet habitat, qui a été établi par les scientifiques fédéraux.

« Le travail visant à publier l’arrêté visant l’habitat essentiel du chevalier cuivré est en phase finale, et le gouvernement du Canada reste déterminé à aider cette espèce à se rétablir », a indiqué MPO dans une réponse écrite. Le fédéral admet du même coup que des retards ont été constatés dans la mise en œuvre des arrêtés ministériels sous sa responsabilité, tout en ajoutant que des « progrès importants » ont été réalisés pour réduire ces retards.

Le ministère n’a cependant pas précisé d’échéancier pour la publication de la décision qui interdirait de détruire l’habitat de ce poisson qui existe à un seul endroit dans le monde, soit un tronçon du fleuve Saint-Laurent situé en amont du lac Saint-Pierre. Depuis 2018, c’est la troisième fois le gouvernement Trudeau affirme au Devoir qu’un arrêté ministériel sera adopté pour mieux protéger le chevalier cuivré.

Poursuite contre Ottawa

Cette nouvelle promesse de respecter les dispositions de la LEP intervient alors que la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) et le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) ont déposé jeudi dernier une requête pour lancer une action en justice afin de forcer le gouvernement fédéral à agir pour le chevalier cuivré.

La question du respect de la législation fédérale est d’autant plus importante, selon eux, que la construction du nouveau port industriel de conteneurs de Contrecœur détruirait des pans entiers de l’habitat essentiel du poisson. Le directeur général de la section québécoise de la SNAP, Alain Branchaud, est d’ailleurs formel : si le gouvernement Trudeau respectait la LEP, le projet du Port de Montréal ne pourrait pas être autorisé dans sa forme actuelle.

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Dans le cadre de l’évaluation environnementale du projet, Pêches et Océans Canada a d’ailleurs reconnu que le terminal industriel serait bel et bien construit « au sein même de l’habitat essentiel du chevalier cuivré ». Concrètement, le nouveau quai de béton de 675 mètres de longueur qui serait construit détruirait des herbiers nécessaires à l’alimentation du poisson. Selon l’évaluation actuelle des promoteurs, il est question de draguer au moins 750 000 mètres cubes de sédiments du fleuve, sur une superficie estimée à 150 000 mètres carrés (environ 20 terrains de soccer).

Dans ce contexte, M. Branchaud a salué la promesse du fédéral de protéger enfin l’habitat essentiel du poisson menacé, tout en déplorant les délais, qui dépassent maintenant huit ans. « Le retard accumulé pour le chevalier cuivré est inacceptable et nous nous réjouissons d’apprendre que la situation sera corrigée rapidement », a-t-il commenté.

S’il tarde à respecter sa propre législation en matière de protection des espèces, le gouvernement Trudeau s’est empressé, en décembre 2019, de promettre 300 millions de dollars pour le projet d’expansion du Port de Montréal à Contrecœur, et ce, avant même que l’étude environnementale soit complétée.

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) a depuis déposé un rapport provisoire d’évaluation environnementale en novembre 2020. Selon les conclusions de l’organisme fédéral, le transit maritime et le transbordement d’un million de conteneurs chaque année, ainsi que le va-et-vient de 1200 camions-remorques chaque jour dans ce nouveau port n’entraîneront pas d’effets environnementaux « négatifs importants ».

L’AEIC souligne aussi dans son rapport que le promoteur s’est engagé à mettre en œuvre des mesures pour compenser la destruction de l’habitat du poisson. Le rapport a toutefois été rédigé dans un contexte où le gouvernement n’a pas encore publié l’arrêté qui doit interdire de détruire l’habitat essentiel.

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