L’année 2020, la plus chaude jamais enregistrée dans le monde

Des feux dévastateurs ont frappé la Californie à l’automne 2020, comme ici, dans la vallée de Napa, reconnue mondialement pour sa production viticole.
Photo: Josh Edelson Archives Agence France-Presse Des feux dévastateurs ont frappé la Californie à l’automne 2020, comme ici, dans la vallée de Napa, reconnue mondialement pour sa production viticole.

Pandémie ou pas, le climat planétaire continue de se réchauffer à un rythme inquiétant. L’année 2020 a ainsi été la plus chaude jamais enregistrée, selon de nouvelles données scientifiques publiées vendredi. Le réchauffement global se rapproche d’ailleurs dangereusement du seuil à ne pas dépasser pour éviter le pire des bouleversements climatiques.

Les données rendues publiques par le service européen Copernicus sur le changement climatique (C3S), une référence dans le domaine, démontrent que la moyenne mondiale des températures a atteint en 2020 un réchauffement de 1,25 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

À titre de comparaison, il faut noter que l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris sur le climat vise à limiter le réchauffement à 1,5 °C. Or, si on poursuit notre route sur la trajectoire climatique actuelle, ce seuil pourrait être atteint d’ici la fin de la présente décennie, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui publie également des données climatiques. Passé ce point, les conséquences des bouleversements du climat seront de plus en plus sévères, voire irréversibles dans certains cas.

L’OMM avait déjà indiqué en décembre que 2020 se classerait parmi les trois années les plus chaudes. Le service européen C3S est venu confirmer cela vendredi, en précisant que 2020 était en fait à égalité avec 2016, qui était auparavant l’année la plus chaude enregistrée depuis que l’activité humaine, basée sur la combustion d’énergies fossiles, a commencé à perturber durablement le climat.

+1,25 °C
C’est le réchauffement moyen des températures observé en 2020 par rapport à l’ère préindustrielle.

À la différence de 2016, cependant, 2020 n’a pas été marquée par un épisode El Niño, un phénomène océanique naturel qui entraîne une hausse des températures. « Il est assez clair qu’en l’absence des répercussions d’El Niño et de La Niña [un phénomène qui provoque un refroidissement] sur la température d’une année à l’autre, 2020 serait l’année la plus chaude jamais enregistrée », a d’ailleurs précisé à l’Agence France-Presse Zeke Hausfather, climatologue au Breakthrough Institute, situé en Californie. Le monde, a-t-il rappelé, a gagné 0,2 °C par décennie depuis les années 1970.

L’année qui vient de se terminer a par ailleurs été marquée par plusieurs phénomènes climatiques extrêmes attribués, au moins en partie, aux effets du réchauffement. On se souvient notamment des feux majeurs qui faisaient rage en Australie au début de 2020. D’importants incendies ont aussi frappé la Californie et d’autres régions de l’Ouest américain l’automne dernier, et la saison des ouragans de 2020 a été particulièrement forte.

En Arctique, principalement en Sibérie, l’année a également été celle de feux de forêt « exceptionnellement dynamiques » qui ont libéré 244 millions de tonnes de CO, ce qui constitue un nouveau record.

Le pire est à venir

Au-delà de la marque établie par une seule année isolée, la période 2015-2020 est la plus chaude jamais enregistrée, et la dernière décennie (2011-2020) est également la plus chaude depuis le début de l’ère industrielle. « Il n’est pas surprenant que la dernière décennie ait été la plus chaude jamais enregistrée, et cela nous rappelle encore une fois l’urgence de réduire les émissions de manière ambitieuse afin de prévenir les effets néfastes sur le climat à l’avenir », a souligné par voie de communiqué Carlo Buontempo, directeur du C3S.

 

En effet, si l’année 2020 a été marquée par un recul historique de près de 7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), cela ne changera rien à la trajectoire climatique dangereuse sur laquelle s’est engagée l’humanité.

À titre d’exemple, la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre a battu de nouveaux records en 2020, selon l’OMM. « Le dioxyde de carbone demeure pendant des siècles dans l’atmosphère, et encore plus longtemps dans les océans. La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO comparable, c’était il y a trois à cinq millions d’années : la température était alors de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel, mais nous n’étions pas 7,7 milliards », a indiqué le secrétaire général de l’OMM, M. Petteri Taalas, en publiant les données, à la fin de 2020.

Cela nous rappelle encore une fois l’urgence de réduire les émissions de manière ambitieuse afin de prévenir les effets néfastes sur le climat à l’avenir.

Le pire est d’ailleurs à venir si la communauté internationale ne parvient pas à réduire les émissions mondiales de façon draconienne d’ici 2030. Pour espérer limiter le réchauffement selon les recommandations des scientifiques, soit à 1,5 °C, l’ONU évalue qu’il faudrait que les émissions de GES chutent de 7,6 % chaque année entre 2020 et 2030.

En ce sens, le type de relance qui suivra la crise mondiale provoquée par la COVID-19 sera crucial pour l’avenir du climat planétaire, rappelait en décembre dernier le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Selon lui, la relance est « l’occasion de mettre nos économies et nos sociétés sur une voie verte ». Or, « ce n’est pas encore le cas », a déploré M. Guterres, signalant que les membres du G20 dépensent 50 % de plus dans leurs plans de relance et de sauvetage pour les secteurs liés à la production et à la consommation de combustibles fossiles que pour les énergies à faible teneur en carbone.

Pour le moment, le monde se dirige donc toujours vers un réchauffement de 3 °C à 4 °C d’ici la fin du siècle. Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), un tel scénario rendrait le monde qu’on connaît actuellement « méconnaissable », avec un « recul de l’espérance de vie » et « un recul de la qualité de vie » dans plusieurs régions de la planète. « L’état de santé et de bien-être » de la population serait ainsi « substantiellement réduit » par rapport à 2020, et cet état continuerait de se dégrader au cours des décennies suivantes. Le GIEC a d’ailleurs mis en garde contre une hausse « majeure » des prix des aliments, des conflits et des migrations climatiques.

Malgré l’ampleur de la crise sanitaire et économique actuelle, 127 pays représentant 63 % des émissions mondiales ont cependant affirmé en 2020 qu’ils évaluaient l’option d’atteindre une cible de « carboneutralité » d’ici 2050 ou alors ont pris des engagements à cet effet. Le Canada fait partie de ces pays qui ont promis de respecter un tel objectif.

Si tous les États engagés atteignent leur cible, il sera possible de limiter le réchauffement à 2,1 °C d’ici 2100, selon le scénario le plus optimiste publié par l’organisation Climate Action Tracker. Cela nous rapprocherait finalement des objectifs de l’Accord de Paris, même si les répercussions seraient tout de même majeures pour la biodiversité mondiale.

Près de 8500 km2 de forêt amazonienne déboisés au Brésil

La déforestation de l’Amazonie au Brésil a atteint 8426 km2 en 2020, 8 % de moins que le record historique de l’an dernier, mais un chiffre jugé extrêmement préoccupant par les spécialistes. La surface déboisée identifiée par les satellites de l’Institut de recherches spatiales (INPE) est plus de cinq fois supérieure à celle de la ville de Sao Paulo, la plus peuplée du pays. C’est comme si plus de deux terrains de football avaient disparu chaque minute en Amazonie l’année dernière (1,2 million au total). Les mois les plus dévastateurs ont été comme chaque année ceux de la saison sèche, avec 1658 km2 déboisés en juillet et 1358 km2 en août. L’INPE utilise également un autre système, le PRODES, qui présente une fois par an les données collectées d’août à juillet. Et ces chiffres sont encore plus alarmants, avec 11 088 km2 déboisés d’août 2019 à juillet 2020, une augmentation de 9,5 % par rapport à l’année précédente.

Agence France-Presse


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