Prolongation du mandat du BAPE sur GNL Québec

Le rapport du BAPE devrait aborder les enjeux du transport maritime industriel lié au projet de GNL Québec.
Photo: Agence France-Presse via Woodside Energy Ltd Le rapport du BAPE devrait aborder les enjeux du transport maritime industriel lié au projet de GNL Québec.

La commission du BAPE qui analyse le projet gazier GNL Québec aura besoin de près de deux mois supplémentaires pour produire le rapport qui sera déposé au gouvernement. Dans un geste exceptionnel, le ministre de l’Environnement Benoit Charette a accepté de prolonger le mandat, en raison des contraintes liées aux règles sanitaires et d’une participation « record » aux audiences.

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a annoncé mercredi que le ministre de l’Environnement a accepté que le mandat de la commission, qui devait se terminer le 13 janvier, soit donc prolongé jusqu’au 10 mars. La demande, qui découle de la commission du BAPE qui évalue le projet d’exportation de gaz naturel liquéfié, a été transmise au ministre par le président de l’organisme, Philippe Bourke, le 11 décembre.

Selon ce qu’on peut lire dans la lettre signée par M. Bourke, les audiences ont donné lieu à « une participation citoyenne élevée », à la présentation de « plus de 900 questions écrites » de la part du public et de la commission, ainsi qu’au dépôt d’un « nombre record » de mémoires, soit près de 2600.

Qui plus est, la commission doit mener ses travaux dans le contexte des règles sanitaires mises en place pour freiner la propagation de la COVID-19 au Québec. Cela a retardé l’obtention de réponses exigées de la part de ministères et d’organismes, souligne le président du BAPE, en ajoutant que le personnel de l’organisme d’évaluation doit lui aussi travailler dans un tel contexte.

Dans sa réponse, datée du 6 janvier, le ministre Benoit Charette dit prendre note des répercussions des contraintes imposées par les règles de santé publique, mais aussi de « l’ampleur de la participation publique suscitée par le projet dans le cadre de ce mandat d’audience ».

Craintes climatiques

Durant la deuxième partie des audiences publiques tenues cet automne, pas moins de 238 intervenants ont pris la parole, selon les données du BAPE. Les enjeux climatiques et la protection de la biodiversité ont été évoqués à maintes reprises dans le cadre de ces audiences.

Plusieurs intervenants ont en effet dit craindre les impacts climatiques du projet, qui servirait principalement à exporter du gaz naturel exploité par fracturation. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au projet s’élèveraient chaque année à plus de huit millions de tonnes au Canada, soit l’équivalent de 3,4 millions de voitures fonctionnant à l’essence.

Selon l’entreprise, le projet permettrait toutefois de réduire les émissions mondiales de GES, parce que le gaz exporté remplacerait des sources énergétiques plus polluantes, comme le charbon, encore très utilisé dans le monde. L’usine doit également être « carboneutre », a promis GNL Québec.

On ne sait toutefois pas si l’ensemble du bilan des GES liés au projet sera abordé dans le rapport du BAPE attendu en mars puisque le président de la commission, Denis Bergeron, a refusé de dire s’il allait en tenir compte. Il a simplement invité les participants aux audiences à lire le rapport, une fois que celui-ci sera rendu public par le ministre Charette, dans un délai maximal de 15 jours suivant son dépôt au gouvernement.

Les émissions de gaz à effet de serre et la pollution atmosphérique générées par l’usine de liquéfaction pourraient entraîner des « dommages » environnementaux évalués à plus de 1,6 milliard de dollars, selon une analyse produite par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques à la demande du BAPE. Les promoteurs promettent d’annuler ces impacts grâce à la compensation des émissions, un engagement qui a été pris sur une base volontaire.

Trafic maritime et bélugas

GNL Québec a en outre affirmé à plusieurs reprises que des mesures d’atténuation seraient mises en place pour réduire les risques du passage quotidien des méthaniers dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Des scientifiques ont néanmoins réclamé un moratoire sur la hausse du trafic maritime sur le Saguenay, le temps de réaliser une étude financée par le gouvernement du Québec sur les impacts de ce trafic sur le béluga. Le gouvernement Legault a fermé la porte à cette idée.

Le secteur du parc marin et du fjord du Saguenay fait partie de l’habitat essentiel légalement protégé de cette espèce en voie de disparition vulnérable à la pollution sonore. Dans un avis scientifique rédigé dès 2018 par des chercheurs de Pêches et Océans Canada, on soulignait d’ailleurs que la construction prévue de deux ports majeurs sur le Saguenay, dont le projet gazier de GNL Québec, irait à l’encontre des objectifs du plan de rétablissement du béluga du Saint-Laurent.

Quel que soit le modèle de navire, le bruit que génèrent les méthaniers peut avoir des répercussions sur les bélugas, a aussi expliqué au BAPE Véronique Lesage, de Pêches et Océans Canada. « Dire que les grands navires marchands n’interfèrent pas avec la communication des bélugas ou leurs activités, c’est faux », a-t-elle résumé.

Projet majeur

Le projet de construction d’une usine de liquéfaction et d’un terminal maritime d’exportation de gaz naturel albertain au Saguenay est le projet industriel privé le plus important de l’histoire du Québec. Il nécessiterait des investissements de plus de 10 milliards de dollars, en plus des 4 milliards prévus pour la construction du gazoduc qui alimenterait l’usine en gaz naturel.

S’il a reçu l’appui d’élus de la région, de gens d’affaires et de membres du gouvernement Legault, il suscite également la controverse. Des groupes environnementaux appuyés par le Parti québécois et Québec solidaire ont d’ailleurs déposé en décembre une pétition de 110 000 noms en opposition au projet GNL Québec.

Un sondage Léger publié quelques jours auparavant indiquait que la population est divisée au Québec. Environ la moitié des répondants (46 %) seraient contre le mégaprojet, mais une personne interrogée sur cinq (21 %) ne sait pas ou refuse de répondre. Le sondage commandé par des groupes écologistes suggère par ailleurs qu’une majorité des répondants (54 %) sont contre une participation financière du gouvernement au projet.

L’opposition à GNL Québec risque d’avoir raison du projet, selon un avis formulé par l’Union internationale du gaz. Selon cet organisme de promotion de l’industrie gazière, et notamment de l’industrie du gaz naturel liquéfié, « un fort vent contraire d’activisme anti-énergie fossile au Québec rend peu probable la réalisation de ce projet ».

Les promoteurs ne baissent pas les bras pour autant et promettent de prendre une décision sur l’avenir du projet d’ici 2022. Pour le moment, ils sont toujours à la recherche d’investisseurs pour assurer le financement du complexe de liquéfaction.

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