Le Québec s’éloigne de ses objectifs climatiques

Le Québec est encore plus loin qu’on le pensait de ses objectifs climatiques. Selon le nouveau bilan des émissions de gaz à effet de serre publié lundi par le gouvernement Legault, les émissions ont reculé d’à peine 6 % entre 1990 et 2018. Et le secteur des transports pèse toujours plus lourd, puisqu’il représente aujourd’hui près de 45 % des émissions de la province.

Le bilan publié au début des vacances du temps des Fêtes porte sur les données de 2018, soit les plus récentes disponibles. On y apprend que les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont reculé pour atteindre 80,6 millions de tonnes (Mt) en 2018.

 

Cette mise à jour démontre que le Québec accuse un retard plus important que prévu sur ses cibles. En effet, le bilan précédent indiquait que les émissions s’élevaient à 78,64 Mt en 2017, ce qui équivalait à un recul de 8,7 % entre 1990 et 2017. Qui plus est, le nouveau bilan confirme que les émissions de GES ont augmenté chaque année entre 2014 et 2017, avant de reculer de 0,1 % en 2018, par rapport à 2017.

Selon ce qu’a admis le gouvernement par voie de communiqué, « la baisse des émissions entre 1990 et 2017 est moins élevée que l’indiquait le bilan de l’an dernier. En effet, une hausse de 2,6 % des émissions de GES en 2017 par rapport à 2016 est maintenant observée, soit l’une des plus fortes hausses observées dans le temps ».

On y précise en outre qu’« il est compréhensible [que ces nouvelles données] puissent causer une certaine déception lorsque, comme c’est le cas ici, on apprend que les émissions du Québec n’ont pas diminué autant qu’on le pensait ».

Avant que le gouvernement Legault admette qu’il ne serait pas possible d’atteindre la cible de réduction des GES fixée pour 2020, le gouvernement prévoyait réduire de 20 % les émissions de la province, par rapport à 1990. On espère maintenant, avec la mise en œuvre du Plan pour une économie verte présenté récemment, réduire les émissions de 37,5 % d’ici 2030, par rapport à 1990.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime toutefois que, pour limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C, soit l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, il faudra réduire les émissions de GES de 50 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2010. Cela comprend un recul d’au moins 45 % des émissions de CO2, le principal GES issu de l’activité humaine.

Pour le Québec, un recul de 50 % signifierait ramener les émissions annuelles à environ 40 millions de tonnes. Avec la cible actuelle du gouvernement, les émissions devraient plutôt atteindre environ 54 Mt en 2030. Mais le gouvernement a fermé la porte à l’atteinte d’une telle cible, jugeant que cela pourrait être dommageable pour l’économie.

Le poids lourd des transports

Le poids lourd du bilan québécois demeure le secteur des transports, qui a généré plus de 36 Mt de GES en 2018, soit 44,8 % des émissions. À lui seul, le transport routier représentait 79,6 % des émissions du secteur des transports, soit 35,6 % des émissions totales de GES.

Selon ce qu’on peut lire dans le bilan disponible en ligne depuis ce lundi,  les émissions de GES produites par le secteur des transports ont connu un accroissement de 33,3 % entre 1990 et 2018. Pendant cette période, elles ont augmenté de façon quasi constante. Ce profil d’évolution des émissions est représentatif de celui du transport routier, qui a vu ses émissions de GES augmenter de 58,6 % dans le même intervalle de temps.

Par ailleurs, les émissions ont reculé au cours des dernières années dans d’autres secteurs. Les émissions produites par le secteur de l’industrie ont diminué de 24,4 % entre 1990 et 2018. Le chauffage des bâtiments, qui est la principale activité émettrice de GES du secteur résidentiel, commercial et institutionnel, a vu ses émissions diminuer de 27,1 % depuis 1990.

Durant la même période, le secteur des déchets a affiché une diminution des émissions de GES de 41,8 %, passant de 7,1 à 4,1 Mt, une « diminution attribuable à la récupération et à l’incinération, dans certains sites d’enfouissement, des gaz émis pendant la décomposition des déchets ».

Manque d’ambition

Les groupes environnementaux ont critiqué lundi l’inaction climatique du Québec au cours des dernières années, à la lumières des données du plus récent inventaire. «Malheureusement, l’attitude du gouvernement Legault ne laisse pas présager de virage drastique pour réduire les émissions, en particulier dans les transports, alors qu’il propose encore l’expansion d’autoroutes, favorise l’étalement urbain et refuse de véritablement s’attaquer aux véhicules les plus polluants», a aussi fait valoir le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.

«Nous ne pourrons pas atteindre notre cible sans mettre un frein à l’augmentation fulgurante des émissions de GES provenant du secteur des transports, et cela doit passer par des mesures ambitieuses pour favoriser les transports collectifs et décourager l’achat de gros véhicules polluants», a ajouté la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard.

Au moment de présenter son «Plan pour une économie verte», le mois dernier, le gouvernement Legault a toutefois fermé la porte à toute taxation qui ciblerait les véhicules les plus polluants, une mesure pourtant réclamée par certains experts. «Lorsqu’on se promène en région, on s’aperçoit souvent que le pick-up n’est pas un luxe. Ça peut être lié au travail, à la réalité des ménages. Donc, nous n’avons pas voulu aller dans cette voie-là», a alors répondu le ministre de l’Environnement Benoit Charette.

Entre 1990 et 2018, son ministère a calculé une croissance de plus de 146% des émissions produites par les «camions légers», soit essentiellement les véhicules utilitaires sport, en raison d’une croissance de plus de 250 % de leur nombre sur nos routes.

Québec espère que 1,5 million de véhicules électriques rouleront sur nos routes d’ici 2030 (contre environ 80 000 à l’heure actuelle), ce qui équivaudrait alors à environ 30 % des «véhicules automobiles légers». Le gouvernement souhaite aussi interdire la vente de voitures et de véhicules utilitaires sport (VUS) à essence d’ici 2035.

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48 %

C’est le pourcentage des émissions de gaz à effet de serre du Québec généré par le secteur des transports en 2018, soit 36 Mt.