Québec protège 17% du territoire terrestre de la province

Le gouvernement ajoute une zone protégée aux limites du parc national de la Gaspésie, un territoire qui abrite une population de caribous au bord de l’extinction.
Photo: Alexandre Shields Archives Le Devoir Le gouvernement ajoute une zone protégée aux limites du parc national de la Gaspésie, un territoire qui abrite une population de caribous au bord de l’extinction.

Le gouvernement Legault a annoncé jeudi matin avoir atteint l’objectif du Québec de protéger 17 % de ses milieux naturels terrestres avant la fin de 2020, grâce à l’ajout de territoires qui doivent devenir des aires protégées, essentiellement en région nordique.

Selon ce qu’a indiqué le gouvernement par voie de communiqué, le Québec protège désormais 17,03 % de son territoire terrestre et d’eau douce, soit plus de 257 000 km².

L’atteinte de cet objectif, qui découle d’un engagement international, passe principalement par l’ajout de plusieurs « réserves de territoire aux fins d’aire protégée » (RTFAP), ce qui signifie que le gouvernement protégera ces territoires jusqu’à ce qu’un statut légal de protection leur soit accordé.

Concrètement, le gouvernement avait annoncé récemment l’ajout de 30 000 km² de territoires protégés au Nunavik. Jeudi, il a ajouté 23 RTFAP dans la région d’Eeyou Istchee Baie-James, qui totalisent environ 39 000 km².

À cela s’ajoutent 32 secteurs situés dans différentes régions du Québec, dont une bonification de la protection du territoire à l’ouest du parc national de la Gaspésie, dans les Chic-Chocs. Trois autres secteurs de la Gaspésie s’ajoutent aux milieux naturels protégés. D’autres zones protégées sont prévues en Mauricie, en Abitibi-Témiscamingue et sur la Côte-Nord.

Projets au sud ?

Par voie de communiqué, le ministre de l’Environnement Benoit Charette s’est félicité des progrès en matière de protection du territoire, après des années de très faibles progrès au Québec. Il a également promis 45 millions de dollars sur trois ans, afin d’ajouter des territoires protégés dans le sud de la province.

« Nous nous sommes assurés de créer une synergie avec la protection du caribou forestier en identifiant des aires protégées qui contribueront à son maintien », a indiqué pour sa part le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, quelques jours après la publication de nouveaux inventaires qui démontrent que le cervidé est toujours en déclin dans plusieurs régions du Québec. Certaines hardes isolées sont au seuil de l’extinction.

« C’est aussi avec la préoccupation de minimiser les impacts socioéconomiques sur les communautés dépendantes de la mise en valeur des forêts que mon ministère a contribué aux travaux », a ajouté le ministre Dufour. Plus tôt cette année, le gouvernement Legault a décidé d’abolir des mesures de protection sur trois massifs forestiers situés au nord du Lac-Saint-Jean qui étaient auparavant protégés pour préserver l’habitat du caribou forestier, mais aussi dans un secteur ciblé pour une aire protégée, le long de la rivière Péribonka.

Les groupes environnementaux ont critiqué à plusieurs reprises les obstacles auxquels se heurtent depuis des années les projets d’aires protégées. Dans certains cas, des territoires identifiés pour devenir des aires protégées auraient été rejetés en raison de la présence d’intérêts industriels : permis d’exploration minière, permis d’exploration pétrolière et gazière, potentiel forestier, potentiel hydroélectrique, etc.

Projets bloqués

La Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) a salué jeudi cette annonce du gouvernement, et notamment la protection de 23 % d’Eeyou Istchee. « La région ayant été affectée par les activités hydroélectriques, minières et la foresterie, un tel réseau d’aires protégées permettra la conservation de territoires utilisés depuis les temps immémoriaux par les Cris », a fait valoir Véronique Bussières, responsable de la conservation bioculturelle à la SNAP Québec.

« La SNAP Québec est cependant déçue des nombreuses opportunités manquées dans le sud du Québec, et encourage le gouvernement à effectuer un rattrapage d’ici la fin de son mandat », a ajouté l’organisme, par voie de communiqué. De nombreux projets portés par des groupes citoyens ou des communautés autochtones ont été « écartés par le gouvernement ». La SNAP mentionne le mont Kaaikop dans les Laurentides, ou les secteurs de la rivière Péribonka et du lac Kénogami, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. La rivière Magpie, qui a été ciblée pour la création d’une aire protégée, ne figure pas dans les annonces de jeudi.

« Il est très décevant que plusieurs propositions du ministère de l’Environnement, qui défendait des projets ayant une véritable valeur écologique et portés par les communautés locales, aient été bloquées par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ainsi que par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles dans la ronde de négociations finales », a insisté Pier-Olivier Boudreault, biologiste en conservation à la SNAP Québec.

« Nous espérons que le Québec continuera à faire preuve de leadership en se fixant l’objectif ambitieux de protéger 30 % de son territoire d’ici 2030. Il faudra aussi porter une attention particulière au sud du Québec, où il y a encore peu d’aires protégées alors que la pression sur les écosystèmes est la plus forte », a réagi la directrice de Nature Québec, Alice-Anne Simard, après l’annonce de jeudi.

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