Ottawa investira trois milliards de dollars pour planter deux milliards d’arbres

Le fédéral estime que la plantation d’arbres est «une solution climatique naturelle» qui permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le fédéral estime que la plantation d’arbres est «une solution climatique naturelle» qui permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le gouvernement Trudeau investira plus de trois milliards de dollars au cours des prochaines années afin de planter les deux milliards d’arbres promis par Ottawa, dans le cadre du plan canadien de lutte contre la crise climatique. Les premiers arbres seront plantés à partir du printemps 2021.

« Tous les chemins qui mènent à la carboneutralité passent par nos forêts », a résumé le ministre des Ressources naturelles du Canada, Seamus O’Regan, en dévoilant lundi les détails du plan de plantation d’arbres.

« Ces arbres absorberont la pollution, assainiront notre air et notre eau et aideront les collectivités à s’adapter aux répercussions des changements climatiques », a ajouté le ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson. Ottawa y voit en effet « une solution climatique naturelle » qui permettra, d’ici 2050, de réduire les émissions de gaz à effet de serre du Canada de 12 millions de tonnes, soit l’équivalent de retirer 4,8 millions de voitures à essence des routes.

Concrètement, le gouvernement fédéral prévoit donc investir un total de 3,16 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie afin de pouvoir planter les deux milliards d’arbres promis par le premier ministre Justin Trudeau en septembre 2019, dans la foulée de l’imposante mobilisation pour le climat à Montréal.

Selon ce qu’a précisé le gouvernement lundi par voie de communiqué, cette campagne de plantation « représente une augmentation de 40 % du nombre d’arbres plantés au Canada sur une base annuelle ». L’objectif est de voir apparaître de nouveaux arbres dans les régions urbaines, mais aussi dans les régions rurales du pays. « En dix ans, les deux milliards d’arbres supplémentaires couvriront plus de 1,1 million d’hectares, une superficie deux fois supérieure à celle de l’Île-du-Prince-Édouard », a calculé le fédéral.

Le plan du gouvernement permettra de mettre en terre des arbres à partir du printemps prochain « dans des zones urbaines partout au pays ». Des « partenariats » sont aussi prévus, notamment avec des pépinières, afin de produire les arbres nécessaires pour respecter l’engagement des libéraux. Le plan gouvernemental comprend également un volet de suivi de la survie des arbres plantés et de leur efficacité à séquestrer du carbone.

Protéger les milieux naturels

Tout en saluant l’annonce d’Ottawa, la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard, a plaidé en faveur d’une protection accrue des milieux naturels au Canada. « La nature est notre meilleure alliée pour atténuer et s’adapter à la crise climatique. Planter des arbres est un bon début, mais il faut surtout protéger de vastes superficies d’écosystèmes diversifiés et restaurer les milieux naturels qui ont été dégradés par des décennies d’économie basée sur l’exploitation forestière, minière et pétrolière », a-t-elle fait valoir au Devoir.

« Le gouvernement fédéral investira 3,16 milliards de dollars sur 10 ans pour planter deux milliards d’arbres, mais il n’investira que 631 millions sur 10 ans pour restaurer les milieux naturels, comme cela a été présenté la semaine dernière dans son plan climat renforcé », a ajouté Mme Simard.

Directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, Marc-André Viau voit dans cette annonce un nouveau jalon important du plan canadien de lutte contre la crise climatique. « Les solutions axées sur la nature sont un levier essentiel pour affronter l’urgence climatique et adapter nos milieux de vie aux conséquences de la crise », a-t-il fait valoir, en saluant la mise sur pied d’un « comité d’experts » pour suivre la mise en œuvre du programme de plantation. « Si on jumelle cette annonce à celle de la semaine dernière sur le resserrement réglementaire de la taxe carbone, on constate que le gouvernement se donne les moyens de ses ambitions. »

Plan climat bonifié

Le gouvernement Trudeau a en effet annoncé vendredi dernier une bonification de son plan climatique intitulé « Un environnement sain et une économie saine ». Ottawa compte notamment accélérer l’électrification des transports et augmenter la taxe carbone. L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 32 % à 40 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005.

Comme les émissions canadiennes atteignaient 730 millions de tonnes (Mt) en 2005, elles pourraient donc reculer jusqu’à 438 Mt d’ici la fin de la décennie. L’ancienne cible, fixée par les conservateurs, prévoyait un recul de 30 %, ce qui aurait ramené les émissions à 511 Mt en 2030.

Il faut toutefois noter que, même en atteignant une réduction de 40 % d’ici 2030 par rapport à 2005, les émissions de GES du Canada seront toujours trop élevées pour respecter l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter le dérèglement climatique à 1,5 °C. Pour cela, les scientifiques calculent qu’il faut réduire les émissions de CO₂ de 45 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2010. Puisque les émissions du Canada atteignaient 693 Mt (en équivalent CO₂) en 2010, le respect de cette cible nécessiterait que le Canada émette au maximum 381 Mt en 2030. L’écart pourrait donc être de 57 Mt.

Selon le plus récent bilan disponible pour les émissions de GES du Canada, soit celui de 2018, celles-ci ont connu une croissance de 2 % entre 2017 et 2018, soit une hausse de 15 millions de tonnes (Mt). Le total des émissions du pays atteignait ainsi 729 Mt en 2018, contre 714 Mt en 2017 et 706 Mt en 2016. Il s’agissait du bilan le plus lourd depuis 2008. Le secteur pétrolier et gazier représentait en 2018 un total de 26 % de toutes les émissions du Canada, avec 193 Mt, en hausse de 4,1 Mt entre 2017 et 2018.

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