La santé des écosystèmes, un concept philosophique

Martine Letarte Collaboration spéciale
À travaux ses travaux, Antoine Corriveau-Dussault s'intéresse notamment aux raisons pour lesquelles il est important de conserver les écosystèmes.
Photo: Geneviève Barrette À travaux ses travaux, Antoine Corriveau-Dussault s'intéresse notamment aux raisons pour lesquelles il est important de conserver les écosystèmes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Antoine Corriveau-Dussault, professeur de philosophie au collège Lionel-Groulx, a reçu le prix Acfas Denise-Barbeau, remis à une chercheuse ou à un chercheur du réseau collégial pour souligner l’excellence et le rayonnement de ses travaux et de ses actions.

La santé des écosystèmes sous un angle philosophique : voilà le grand thème de recherche qui intéresse Antoine Corriveau-Dussault, dont les travaux sont subventionnés par le Fonds de recherche du Québec Société et culture (FRQSC).

« En éthique de l’environnement, par exemple, je m’intéresse aux raisons pour lesquelles il est important de conserver les écosystèmes, mais aussi à ce que signifie conserver un écosystème, explique-t-il. Par exemple, est-ce que cela signifie préserver les espèces natives par opposition aux espèces non natives, ou préserver les services écosystémiques ? »

Aussi professeur associé au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, Antoine Corriveau-Dussault cherche donc notamment à préciser la définition du concept de santé de l’écosystème. « Je défends la conception qu’on ne pourrait pas s’en tenir à dire que, si une espèce est exotique, il faut l’éradiquer et que, si une espèce est native, il faut la préserver, explique-t-il. La décision devrait plutôt être basée sur le rôle de l’espèce dans l’écosystème. Une espèce non native pourrait s’y insérer harmonieusement et y jouer une fonction bénéfique qu’aucune autre espèce ne jouait auparavant, alors on voudrait la préserver. Mais si elle venait nuire à l’écosystème, alors il faudrait l’éradiquer. »

Le luxe de la recherche au collégial

Aujourd’hui, Antoine Corriveau-Dussault collabore entre autres avec des chercheurs qu’il a rencontrés lors de son stage postdoctoral à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques de la Sorbonne en 2016 et 2017. Son doctorat réalisé à l’Université de Montréal lui a aussi permis de créer des liens importants, notamment avec Ely Mermans, avec qui il codirige la publication du livre Penser la protection de l’environnement à partir de l’écologie. Débat historique et contemporain, qui sortira sous peu.

Le professeur, également membre du Centre de recherche en éthique, sait très bien cependant qu’il est un privilégié dans le milieu collégial. « La recherche ne fait pas partie de notre définition de tâche, alors pour avoir du temps pour en faire, il faut obtenir du financement qui nous permet d’obtenir une réduction de notre charge d’enseignement », note-t-il.

S’il a pu obtenir cette subvention du FRQSC, il affirme que c’est en majeure partie parce qu’il a eu la chance d’avoir sa permanence au cégep en seulement trois ans. « Ne plus être dans la course à la permanence m’a donné une grande liberté et j’ai pu obtenir des bourses et prendre des congés de l’enseignement sans être pénalisé, explique-t-il. Mon doctorat et mon postdoctorat ont vraiment été des tremplins extraordinaires. Je pense que plusieurs professeurs dans les cégeps feraient de la recherche s’ils avaient eu, comme moi, l’occasion d’obtenir un emploi permanent rapidement. »