Une pétition de 110 000 signatures déposée contre le projet GNL Québec

Le projet GNL Québec consiste en la construction d’un gazoduc jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay, d’où le gaz naturel liquéfié serait acheminé à l’étranger par bateau.
Photo: Woodside Energy Ltd. via Agence France-Presse Le projet GNL Québec consiste en la construction d’un gazoduc jusqu’à une usine de liquéfaction à Saguenay, d’où le gaz naturel liquéfié serait acheminé à l’étranger par bateau.

Des groupes environnementaux appuyés par le Parti québécois et Québec solidaire ont déposé mardi matin une pétition de 110 000 noms en opposition au projet GNL Québec. Ils exigent le rejet du projet et demandent au gouvernement de fermer la porte à tout financement public pour l’usine gazière, ce que le premier ministre François Legault a confirmé mardi.

« Le gouvernement doit rejeter ce projet, qui serait un désastre pour le climat et pour lequel il n’y a pas d’acceptabilité sociale », a résumé le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, en prenant la parole devant l’Assemblée nationale, à Québec.

Pour la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard, le projet d’exportation de gaz naturel liquéfié menacerait en outre l’habitat d’espèces menacées qui se trouve sur le parcours du gazoduc à construire au Québec, mais aussi sur le chemin des navires méthaniers qui exporteraient le gaz naturel liquéfié.

Les signataires de la pétition demandent également au gouvernement Legault de fermer la porte à tout financement public pour ce projet, dont le coût total avoisinerait les 14 milliards de dollars. « GNL Québec est en sérieuse difficulté financière et l’entreprise sait très bien que sans argent public, son projet d’exportation de son gaz dispendieux sur un marché mondial saturé ne sera jamais viable. Le gouvernement serait mal avisé d’engloutir l’argent des contribuables dans ce puits sans fond ; il doit écouter la population et proposer des projets de développement économique d’avenir », a fait valoir Marc-André Viau, d’Équiterre.

Pas de fonds publics

Un sondage Léger publié la semaine dernière indique que la population est divisée au Québec. Environ la moitié des répondants (46 %) seraient contre le mégaprojet, mais une personne interrogée sur cinq (21 %) ne sait pas ou refuse de répondre. Le sondage commandé par des groupes écologistes suggère par ailleurs qu’une majorité des répondants (54 %) sont contre une participation financière du gouvernement au projet.

« Le gouvernement du Québec a refusé un financement public dans le projet GNL Québec », a d’ailleurs affirmé pour la première fois le premier ministre François Legault, en réponse à la députée solidaire Manon Massé, lors de la période des questions à l’Assemblée nationale, mardi. Il a toutefois réitéré son appui aux « énergies de transition » qui peuvent « aider la planète », mais sans mentionner directement GNL Québec.

Selon les informations disponibles mardi, les deux entreprises qui pilotent le projet, soit GNL Québec et Gazoduq, ont un total de 21 lobbyistes inscrits au registre québécois, dont 17 ont un mandat incluant une demande de « soutien financier » de la part de l’État québécois. GNL Québec demande aussi l’octroi de « puissance hydroélectrique » pour alimenter son usine de liquéfaction de gaz albertain.

Projet menacé ?

L’opposition à GNL Québec risque toutefois d’avoir raison du projet, selon un avis formulé par l’Union internationale du gaz. Selon cet organisme de promotion de l’industrie gazière, et notamment de l’industrie du gaz naturel liquéfié, « un fort vent contraire d’activisme anti-énergie fossile au Québec rend peu probable la réalisation de ce projet ».

Titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau estime lui aussi que les opposants au projet pèsent lourd dans le débat. « Je crois que le facteur dominant est le contexte d’acceptabilité sociale au Québec. Les opposants sont très bien organisés, ont des arguments qui résonnent auprès de la population, et celle-ci ne voit pas vraiment l’intérêt du gaz naturel puisqu’au Québec, on en utilise relativement peu », a-t-il expliqué vendredi dernier au Devoir.

Après avoir vanté un projet qui pourrait « aider la planète » à lutter contre la crise climatique, il serait d’ailleurs difficile pour le gouvernement Legault de maintenir un fort appui au complexe industriel de GNL Québec. « Politiquement, c’est difficile de soutenir le projet devant les électeurs : les arguments environnementaux sont plus forts pour beaucoup d’électeurs qui n’ont ni sympathie pour l’industrie du gaz ni une bonne idée de l’usage du gaz dans les marchés où il serait vendu », a souligné M. Pineau.

Est-ce que GNL Québec craint que les opposants au projet puissent avoir raison d’Énergie Saguenay ? « Nous visons et travaillons à ce que notre projet soit jugé acceptable par nos parties prenantes », a indiqué vendredi dernier la directrice des affaires publiques et des relations avec les communautés, Stéphanie Fortin.

Selon l’entreprise, le projet permettrait de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, parce que le gaz naturel exporté remplacerait des sources énergétiques plus polluantes, comme le charbon, encore très utilisé dans le monde. L’usine doit également être « carboneutre », a promis GNL Québec. L’entreprise a en outre affirmé à plusieurs reprises que des mesures d’atténuation seraient mises en place pour réduire les risques du passage quotidien des méthaniers dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

Gouvernement prudent

Interpellé à l’Assemblée nationale la semaine dernière, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a assuré que le gouvernement n’a pris aucun engagement en faveur d’un éventuel financement du projet.

Au moment de présenter son Plan pour une économie verte, à la mi-novembre, le premier ministre François Legault avait refusé de préciser si GNL Québec serait compatible avec les cibles climatiques du Québec. « Si on a une petite augmentation des gaz à effet de serre dans l’Ouest canadien mais une grosse diminution des gaz à effet de serre en Europe, je pense qu’on ne peut pas ignorer cette approche », a-t-il dit.

L’augmentation des émissions de gaz à effet de serre dans l’ouest du pays (en Alberta) évoquée par M. Legault serait liée à l’exploitation du gaz naturel, qui se ferait essentiellement par fracturation. Les données officielles sur les émissions de GES liées au projet d’exportation de gaz naturel liquéfié indiquent que celles-ci atteindraient chaque année huit millions de tonnes au Canada, soit l’équivalent de 3,4 millions de voitures fonctionnant à l’essence.

Difficultés financières

GNL Québec connaît par ailleurs visiblement des difficultés financières depuis plusieurs mois. Le président de GNL Québec et celui de l’autre entreprise associée au projet, Gazoduq, ont tous deux quitté leur poste au cours des dernières semaines. Tous deux agissent maintenant à titre de « consultants » pour les promoteurs américains qui contrôlent le projet.

Les enjeux financiers ont été exposés au grand jour en février, quand on a appris le retrait du plus important investisseur attendu pour le projet, soit le fonds Berkshire Hathaway, propriété du milliardaire américain Warren Buffett. Celui-ci devait injecter pas moins de quatre milliards de dollars dans la construction de l’usine gazière.

La recherche d’investisseurs serait depuis devenue très difficile pour les promoteurs, notamment parce qu’ils n’ont pas encore obtenu les autorisations gouvernementales nécessaires pour lancer les travaux. Gazoduq et Énergie Saguenay ont même dû procéder à deux reprises à des licenciements depuis le début de l’année. Les équipes des deux entreprises ne compteraient plus, au total, qu’une vingtaine d’employés.

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) doit déposer son rapport sur le projet d’usine de liquéfaction et de terminal maritime au ministre de l’Environnement, Benoit Charette, au plus tard le 13 janvier. Au cours des audiences du BAPE, GNL Québec a indiqué qu’une décision d’investissement est prévue pour 2022.

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