Cohabiter avec la faune en ville

Au rayon des oiseaux en progression figure le dindon sauvage dont les signalements se sont multipliés au cours des dernières années dans les rues de Montréal, notamment dans Ahuntsic, Villeray et Rosemont.
Photo: Éloïse Corbeil Au rayon des oiseaux en progression figure le dindon sauvage dont les signalements se sont multipliés au cours des dernières années dans les rues de Montréal, notamment dans Ahuntsic, Villeray et Rosemont.

Le nombre de cerfs de Virginie est en hausse dans la région de Montréal, mais les cervidés ne sont pas les seuls animaux sauvages à avoir vu leur population croître dans les dernières années en milieu urbain. Les oiseaux de proie, les dindons sauvages et les bernaches sont plus visibles qu’auparavant à Montréal, alors que d’autres espèces, comme les couleuvres brunes et les oiseaux insectivores, sont en déclin.

Il fut une époque où le faucon pèlerin était considéré comme au seuil de l’extinction. L’interdiction du pesticide DDT au Canada en 1972 a contribué au rétablissement de l’espèce. Sans être hors de danger, le faucon pèlerin est maintenant très présent dans le paysage montréalais. Depuis des années, des couples reviennent chaque année nicher sur les structures et les bâtiments tels le pont Samuel-De Champlain, l’Université de Montréal et la tour de la Bourse.

D’autres oiseaux de proie ont aussi colonisé la ville. L’épervier de Cooper est régulièrement signalé dans les quartiers résidentiels de la métropole, indique le biologiste Jean-Sébastien Guénette, directeur général du Regroupement QuébecOiseaux. « On nous envoie souvent des photos d’oiseaux de proie. La majorité des oiseaux qu’on nous demande d’identifier sont des éperviers de Cooper, dit-il. Cet épervier a déjà eu le statut d’espèce menacée, mais, aujourd’hui, c’est probablement l’oiseau de proie le plus commun en ville. »

Moins répandu, le faucon émerillon est tout de même plus visible qu’auparavant en ville. Ses cris perçants font en sorte qu’il ne passe pas inaperçu quand il s’installe dans un quartier.

Au rayon des oiseaux dont le nombre est en progression figure le dindon sauvage, dont les signalements se sont multipliés au cours des dernières années dans les rues de Montréal, notamment dans Ahuntsic, Villeray et Rosemont. Réintroduit au Québec à partir de 2001 par la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, le dindon a prospéré depuis. « Leur population a augmenté partout au Québec. C’était une question de temps avant qu’ils finissent par traverser le fleuve pour venir à Montréal », constate Jean-Sébastien Guénette.

Pour Marie-Ève Castonguay, directrice générale du Groupe Prévost-Fortin, une firme spécialisée dans la gestion de la faune, la vedette urbaine des dernières années est la bernache du Canada. La sous-espèce « bernache résidan­te » est bien établie dans la région métropolitaine, au point d’être en surnombre, indique-t-elle. « Les bernaches se sont habituées à la vie urbaine et vont nicher aux endroits où il n’y a pas de prédateurs. Les renards et les coyotes ont peur des humains, et la bernache semble le savoir et va nicher devant les bancs de parc », explique-t-elle. Pour tenter de contrôler leur population, les spécialistes procèdent à la stérilisation des œufs en les enduisant d’huile afin d’empêcher le développement des embryons dès le stade initial.

D’autres oiseaux ont bénéficié des hivers moins rigoureux des dernières années et, surtout, des mangeoires en milieu urbain. C’est le cas des cardinaux, des roselins et des tourterelles, note Jean-Sébastien Guénette.

Les dangers de l’urbanisation

Il reste qu’un pan de la faune aviaire est en danger, non seulement au Québec, mais sur tout le continent nord-américain. « Les oiseaux insectivores sont dans une situation alarmante. On a six espèces d’hirondelles au Québec, et les six populations connaissent un déclin de l’ordre de 85 à 95 %. Pour l’hirondelle de rivage, c’est [une baisse de] 99,4 % depuis 40 ans. Il n’y a pas un oiseau insectivore dans le monde et au Québec qui va bien en ce moment », explique Jean-Sébastien Guénette.

Le moineau domestique n’est pas épargné par ce phénomène. « Le 20 mars, chaque année, c’est la Journée mondiale du moineau justement pour sensibiliser les gens au fait que des oiseaux aussi communs que le moineau peuvent être en déclin. »

Photo: Steven Lachance Une famille de faucons émérillon dont le nid était dans un arbre sur l’avenue De Lorimier, dans le Plateau-Mont-Royal, cet été.

L’urbanisation est dramatique pour certains reptiles, comme la couleuvre brune. « La couleuvre brune est très rare. On la trouve dans des pochettes sur l’île de Montréal, en milieu urbanisé. Les populations sont graduellement enclavées. Elle a de bonnes chances de disparaître dans la prochaine décennie », croit David Rodrigue, directeur général du Zoo Ecomuseum situé à Sainte-Anne-de-Bellevue.

Dans cette classe des négligés figurent aussi les insectes qui, ici comme ailleurs, sont en déclin. En 2019, des chercheurs australiens avaient conclu que 40 % des espèces d’insectes du monde pourraient disparaître de la surface de la planète au cours des prochaines décennies. « Ce sont des espèces dont les gens se préoccupent peu, mais elles sont super importantes pour la diversité », souligne M. Rodrigue.

Soigner les animaux blessés

Si la cohabitation est parfois difficile avec la faune sauvage, c’est que l’urbanisation impose une forte pression sur les habitats, estime Élise Desaulniers, directrice générale de la SPCA de Montréal. « Nos villes ne sont pas réfléchies pour tenir compte de la réalité des animaux sauvages en ville. » Selon elle, l’aménagement de corridors verts, permettant la circulation des animaux d’un secteur à l’autre, fait défaut à Montréal.

L’organisme, qui est mandaté par plusieurs arrondissements montréalais pour s’occuper d’animaux domestiques abandonnés ou errants, recueille régulièrement des animaux sauvages. Depuis le début de l’année, de nombreux animaux malades ou blessés lui ont été acheminés, dont 503 écureuils, 330 pigeons, 183 canards et 76 moufettes. « Le problème, c’est qu’il manque de ressources dans la réhabilitation de la faune urbaine », indique Mme Desaulniers en signalant que Toronto, par exemple, dispose d’une ressource qui se consacre à cette faune.

Si les cerfs de Virginie causent d’importants dommages à la végétation quand ils sont trop nombreux, les castors peuvent aussi donner du fil à retordre aux autorités. En 2014, l’arrondissement de Verdun avait révélé qu’en deux ans, les castors avaient abattu 600 arbres sur l’île des Sœurs.

Les castors sont toujours présents, a confirmé l’arrondissement qui, chaque année, installe des grillages sur les arbres prisés par les castors afin de les protéger. À l’heure actuelle, quelque 1500 arbres sont dotés de grillages et une centaine d’autres le seront cet hiver, notamment près du pont de l’Île-des-Sœurs, indique Mathieu Robert-Perron, chargé de communication à l’arrondissement de Verdun.

Les experts s’entendent pour dire que la pire chose à faire est de nourrir les animaux sauvages. « C’est la base », convient Jean-Sébastien Messier, biologiste au ministère des Forêts et de la Faune. « Mais en général, les animaux ne présentent pas un risque pour la population », dit-il.

Biologiste et conseiller en aménagement au Service des grands parcs de la Ville de Montréal, Frédéric Bussière estime qu’il faut se méfier des animaux trop familiers. À titre d’exemple, le dindon sauvage peut avoir un comportement agressif s’il n’a plus peur des humains. « C’est toujours le même message : ne pas nourrir les animaux sauvages et leur faire peur. »

Toronto, «capitale» du raton laveur

Si les Montréalais côtoient depuis longtemps les ratons laveurs, notamment dans le parc du Mont-Royal où certains visiteurs ont la fâcheuse habitude de les nourrir, ce n’est rien comparé à Toronto.

Dans la Ville Reine, ils sont partout. Au cours des dernières années, ils sont entrés dans le métro et dans les centres commerciaux et ont fait des incursions à l’aéroport et dans de nombreux commerces. En août dernier, un raton particulièrement téméraire a même entrepris l’escalade d’une grue sur un chantier de construction.

« Toronto est la capitale du raton laveur », soutient Louis-Philippe Larose, expert en gestion d’animaux sauvages et animateur de l’émission Louis et la faune urbaine sur UnisTV. Il attribue le succès des ratons laveurs à l’abondance de nourriture et au grand nombre d’endroits où les animaux peuvent se cacher à Toronto. « Les gens ne font pas attention avec leurs vidanges. »

Régulièrement, M. Larose doit intervenir pour déloger des ratons laveurs qui se sont introduits dans les maisons ou se sont retrouvés dans des endroits incongrus. « J’en ai déjà vu un qui était pris dans une distributrice de barres de chocolat. On en voit de toutes les couleurs », relate-t-il.

En 2016, la Ville de Toronto avait dépensé 31 millions pour développer un bac à compost à l’épreuve des ratons laveurs, mais ceux-ci ont eu vite fait de déjouer le mécanisme de sécurité et d’apprendre à ouvrir les contenants. « Ils sont vraiment intelligents. Une fois qu’ils apprennent quelque chose, ils transmettent leur savoir de génération en génération », dit M. Larose.

1 commentaire
  • Serge Trudel - Inscrit 8 décembre 2020 01 h 02

    Les animaux, c'est bête!

    Un écureuil, c'est un rat qui vit dans les arbres! Les gens superficiels trouveront cet animal "ben cute" et le gaveront avec moult pinottes, mais c'est ni plus ni moins que nourrir un ennemi potentiel! Car l'écureuil appartient à la famille des rongeurs comme son cousin le rat et si, par malheur, il s'introduit dans votre grenier ou votre entretoit, soyez assuré qu'il se fera joyeusement les dents contre vos poutres et vos madriers avec un enthousiasme débridé! Je parle d'expérience! Mais rassurez-vous, l'achat d'une cage à écureuils au Canadian Tire du voisinage m'a rapidement débarrassé du problème! ^_^