Le gouvernement protège 30 000 km carrés du Nord du Québec

Parmi les nouvelles aires protégées, on retrouve le Canyon Eaton, un territoire situé à proximité de Schefferville.
Photo: Benoit-Tremblay Parmi les nouvelles aires protégées, on retrouve le Canyon Eaton, un territoire situé à proximité de Schefferville.

À quelques semaines de la date butoir pour respecter ses engagements internationaux en matière de protection des milieux naturels, le gouvernement du Québec a décidé d’ajouter près de 30 000 km2 de territoires protégés au Nunavik, vaste région nordique de la province.

Au total, une dizaine de secteurs totalisant précisément 29 785 km2 doivent s’ajouter au réseau de territoires mis à l’abri des activités industrielles. Le réseau d’aires protégées du Québec occupera ainsi 12,7 % du territoire, en hausse de 2 %. Mais le gouvernement devra encore faire des progrès substantiels pour atteindre un taux de protection de 17 %, comme cela était prévu pour la fin de 2020.

Les nouvelles aires protégées annoncées par le gouvernement Legault comprennent, dans certains cas, des bonifications territoriales de zones déjà protégées, alors que d’autres secteurs ciblés constitueront de nouvelles aires préservées à part entière. Le processus qui a mené à l’identification des territoires désormais protégés a été initié il y a de cela une dizaine d’années par les communautés innuites, la Nation naskapie, la Nation crie et la Nation innue.

Cette annonce, qui était attendue, n’avait toujours pas fait l’objet d’un communiqué officiel, samedi après-midi. Le ministre de l’Environnement l’a toutefois confirmé en entrevue au Journal de Québec.

Territoires importants

Par voie de communiqué, la Société pour la nature et les parcs du Québec (SNAP Québec) a d’ailleurs salué l’agrandissement prévu au parc national de Tursujuq, « qui est la plus grande aire protégée de l’Est de l’Amérique du Nord ».

L’organisation souligne également la protection du Canyon Eaton, un territoire qui avait été identifié par la Nation naskapie comme étant prioritaire. Situé à proximité de Schefferville, ce territoire offre, selon la SNAP, un potentiel de développement récréotouristique qui pourrait contribuer à la diversification économique de la région.

La SNAP Québec accueille aussi favorablement les agrandissements prévus à l’aire protégée de la rivière George, « qui permettront une meilleure protection de l’aire de mise bas de la harde de caribous migrateurs, ainsi que la protection du Mushuau-nipi, un site que le groupe innu Uapashkuss souhaite voir reconnu comme site naturel sacré ».

Objectifs 2020

Pour le directeur général de la SNAP Québec, Alain Branchaud, l’annonce du gouvernement Legault est une excellente nouvelle. « Les nouvelles aires protégées ont une superficie totale plus grande que l’État du Vermont et représentent une contribution significative en matière de conservation bioculturelle dans ce dernier droit vers l’atteinte des objectifs internationaux », a-t-il commenté.

Il faut dire que des projets d’aires protégées se heurtent depuis plusieurs années à des obstacles. Dans certains cas, des territoires identifiés pour devenir des aires protégées auraient été rejetés en raison de la présence d’intérêts industriels : permis d’exploration minière, permis d’exploration pétrolière et gazière, potentiel forestier, potentiel hydroélectrique, etc.

Le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, a toutefois affirmé au Journal de Québec que le gouvernement Legault étudiait par ailleurs la possibilité d’ajouter des mesures de protection dans la région des monts Chics-Chocs, un secteur situé près de Matane. Un projet défendu par les groupes environnementaux, afin de diversifier le type d’écosystèmes protégés sur le territoire québécois.

Milieux marins

Dans le cadre du Protocole international de Nagoya sur la biodiversité, le Québec a également pris l’engagement de protéger 10 % de ses milieux marins d’ici la fin de 2020. En septembre, le gouvernement Legault a d’ailleurs annoncé l’ajout de « mesures de protection administratives » pour des portions de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent totalisant plus de 13 000 km2. Le taux de protection des milieux marins québécois atteint donc 9,1 %.

Il faut toutefois souligner que les activités industrielles interdites par le gouvernement Legault sont déjà, pour l’essentiel, interdites depuis plusieurs années. Le gouvernement Legault a ainsi indiqué que « les mesures de protection annoncées permettraient d’interdire les activités minières, pétrolières et gazières ainsi que l’exploitation des forces hydrauliques et toute production commerciale ou industrielle d’énergie ».

Or, dans les faits, l’exploration pétrolière et gazière est proscrite dans l’estuaire du Saint-Laurent, en vertu d’un projet de loi adopté par le gouvernement libéral de Jean Charest en juin 2011. Quant à l’exploration pétrolière et gazière dans le golfe du Saint-Laurent, le gouvernement du Québec et celui du Canada n’ont jamais convenu d’une entente qui permettrait de démarrer de tels projets. D’ailleurs, la seule entreprise qui détenait des permis d’exploration pétrolière dans le golfe, Corridor Resources, a décidé d’abandonner ses permis, comme le révélait Le Devoir en avril dernier.

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