Le gouvernement Trump accélère les forages pétroliers en Arctique

La réserve protégée depuis plus de 40 ans abrite plusieurs espèces menacées par les bouleversements climatiques.
Photo: United States Fish and Wildlife Service La réserve protégée depuis plus de 40 ans abrite plusieurs espèces menacées par les bouleversements climatiques.

Dans un ultime effort pour favoriser l’industrie des énergies fossiles avant de quitter la Maison-Blanche, le gouvernement Trump a décidé d’accélérer la vente des permis d’exploration pétrolière dans la plus grande aire protégée des États-Unis, le Refuge national de la faune arctique. Une décision qui risque de couper l’herbe sous le pied du président désigné, Joe Biden, qui s’oppose à ces forages.

Selon ce qu’on peut lire dans un communiqué publié jeudi par le Bureau of Land Management (Bureau de la gestion du territoire), la vente des permis interviendra dès le 6 janvier prochain, soit deux semaines avant l’inauguration du gouvernement démocrate de Joe Biden.

Un avis de vente de permis sera publié dès lundi prochain, soit un peu plus de deux semaines après la diffusion d’un premier appel aux pétrolières à signifier leur intérêt. Normalement, les délais auraient toutefois dû être plus longs, afin de laisser le temps au Bureau of Land Management d’analyser les secteurs d’intérêt identifiés par les entreprises avant de lancer la vente officielle.

L’organisme gouvernement n’a pas précisé pourquoi la vente était devancée, par rapport aux délais habituels, mais le président Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises qu’il souhaitait lancer davantage de forages en Arctique, et notamment dans le Refuge national de la faune arctique. L’objectif est de permettre aux pétrolières de mener des travaux d’exploration dans une portion côtière de 6500 km2 faisant partie de ce territoire protégé de quelque 78 000 km2.

Il faut dire que le lobby des énergies fossiles et les autorités politiques de l’Alaska demandent depuis plus de 30 ans que les forages soient autorisés dans cette aire de conservation. Or, le président désigné Joe Biden a déjà dit qu’il s’opposait à la vente de permis d’exploration dans cette vaste région. En attribuant les permis avant la transition officielle du pouvoir, le gouvernement Trump devrait rendre la tâche beaucoup plus compliquée pour le prochain président.

Plusieurs grandes banques américaines ont toutefois déjà signifié leur refus de financer les forages pétroliers dans ce refuge d’Alaska protégé depuis plus de 40 ans, comme Goldman Sachs ou encore Wells Fargo.

Territoire fragile

Le United States Fish and Wildlife Service, qui gère cette réserve faunique, a déjà souligné que les émissions supplémentaires de gaz à effet de serre découlant des éventuels projets d’exploitation pétrolière et gazière devraient aggraver les bouleversements du climat qui affectent déjà l’Arctique, une région qui se réchauffe beaucoup plus rapidement que la moyenne mondiale.

Ces projets devraient aussi avoir des impacts sur la faune de la région, ont dénoncé les groupes environnementaux américains. Cette réserve est en effet importante pour les populations d’ours polaires et les caribous arctiques, qui viennent y mettre bas. Les forages pourraient également avoir des impacts négatifs pour les populations autochtones, qui vivent essentiellement de la chasse et de la pêche.

Le gouvernement Trudeau a déjà manifesté ses inquiétudes en soulignant notamment que les caribous qui fréquentent le Refuge national de la faune arctique se retrouvent aussi au Yukon, où ils font partie intégrante du mode de vie des Premières nations.

Fossiles ou climat ?

Cette nouvelle avancée en faveur de l’exploitation pétrolière et gazière survient alors qu’un nouveau rapport produit par plusieurs instituts de recherche et le Programme des Nations unies pour l’Environnement conclut que la production mondiale d’énergies fossiles doit être réduite d’au moins 6 % par année d’ici 2030 (11 % pour le charbon, 4 % pour le pétrole et 3 % pour le gaz) pour limiter le réchauffement global à 1,5 °C, soit l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris.

Or, selon les prévisions actuelles, la production de charbon, pétrole et gaz devrait augmenter de 2 % par an entre 2020 et 2030. Résultat : le total en 2030 sera incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat : 50 % de trop pour ne pas dépasser un réchauffement de 2 °C, par rapport à l’ère préindustrielle, plus du double (120 %) pour limiter les bouleversements du climat à 1,5 °C.

« Nos recherches montrent clairement que nous serons confrontés à de graves perturbations climatiques si les pays continuent à produire des combustibles fossiles aux niveaux actuels, sans parler de leurs augmentations prévues », a insisté Michael Lazarus, auteur principal et directeur du Stockholm Environment Institute, cité par l’Agence France-Presse.

Le problème, c’est que les premiers signes venant des plans de relance ne sont pas encourageants. « Les réponses des gouvernements à la crise de la COVID-19 ont eu tendance à intensifier les modèles existant avant la pandémie : ceux qui subventionnaient déjà massivement les énergies fossiles ont accru leur soutien, et ceux qui avaient des engagements plus importants envers les énergies propres utilisent les plans de relance pour accélérer cette transition », note le rapport scientifique. « Malheureusement, la plupart des principaux pays producteurs (d’énergies fossiles) sont dans la première catégorie. »