Trans Mountain ne serait peut-être pas nécessaire, selon la Régie de l’énergie

La construction du pipeline Trans Mountain a redémarré en 2019, après une pause en 2018 en raison de la décision du tribunal sur la première approbation fédérale.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne La construction du pipeline Trans Mountain a redémarré en 2019, après une pause en 2018 en raison de la décision du tribunal sur la première approbation fédérale.

Un nouveau rapport de la Régie de l’énergie prévoit que si le Canada renforce ses politiques climatiques pour réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre (GES), ni l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, ni le nouveau pipeline Keystone XL ne seront nécessaires.

Les groupes environnementaux saluent ce rapport qui vient étayer leur thèse selon laquelle l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, qui relie Edmonton à Burnaby, en Colombie-Britannique, devrait être stoppée immédiatement.

Cam Fenton, responsable de l’équipe canadienne au sein de l’organisme « 350.org », n’a pas manqué de souligner que le propre organisme de réglementation du fédéral avait recommandé à deux reprises au gouvernement d’approuver l’accroissement de la capacité de Trans Mountain. Or, la même agence fédérale prévoit maintenant que les actions du premier ministre Justin Trudeau sur le climat « pourraient rendre inutile le pipeline qu’il a acheté ».

« Le nouveau rapport de la Régie indique clairement que si le Canada agit face à la crise climatique, même à un niveau bien inférieur à ce qui avait été promis dans le projet de loi de la semaine dernière, les oléoducs Trans Mountain et Keystone XL ne sont pas nécessaires », plaide M. Fenton.

Le cabinet Trudeau a approuvé l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain d’abord en 2016, puis à nouveau en 2019. La deuxième approbation avait été requise après que la Cour d’appel fédérale a statué que le Canada n’avait pas correctement consulté les communautés autochtones, ni pris en compte l’impact de l’oléoduc sur la vie marine au large de Vancouver.

Cette confirmation est intervenue plus d’un an après l’acquisition par Ottawa de l’oléoduc existant de Kinder Morgan Canada, pour une somme de 4,4 milliards de dollars. Kinder Morgan était sur le point d’annuler le projet parce que l’opposition politique retardait les travaux d’expansion.

M. Trudeau a alors promis que le Canada achèterait l’oléoduc existant, l’agrandirait, puis le revendrait au secteur privé. On estime actuellement qu’il en coûtera environ 12,6 milliards pour construire une version presque parallèle à l’oléoduc existant, ce qui triplera quasiment la capacité totale de l’ouvrage.

La canalisation 3 d’Enbridge, seulement

Le rapport annuel sur l’avenir énergétique de la Régie de l’énergie du Canada, publié mardi, fait des prédictions sur l’approvisionnement et la production d’énergie au cours des 30 prochaines années. Il conclut que les trois oléoducs actuellement en construction ne seront nécessaires que si aucune politique climatique n’est mise en œuvre après cette année.

Or, avec de nouvelles politiques environnementales, comme une hausse de la taxe sur le carbone, le rapport prévoit que la production de pétrole brut continuera de croître jusqu’en 2039, mais pas suffisamment pour justifier autre chose que le remplacement de la canalisation 3 d’Enbridge, qui relie l’Alberta au Wisconsin — et qui est presque terminé. Cela signifie que ni Trans Mountain ni le projet Keystone XL ne seraient nécessaires.

 

Tom Gunton, professeur de planification des ressources et de l’environnement à l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, estime que puisque le gouvernement lui-même vient de présenter un projet de loi qui consacre dans un texte législatif une action climatique plus musclée, il est assez clair que de plus en plus de politiques climatiques sont à prévoir.

Et il souligne un autre aspect abordé par le rapport de la Régie : son propre « scénario évolutif » d’action climatique plus ambitieuse ne sera pas suffisant pour que le Canada atteigne la cible de « zéro émission nette » d’ici 2050. Or, c’est précisément l’objectif dans le projet de loi déposé la semaine dernière par le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson.

Dépenser 22 milliards pour rien ?

Le seuil du « zéro émission nette », ou « carboneutralité », signifie qu’aucune émission n’est produite, ou alors que celles qui sont produites sont absorbées par la nature ou la technologie.

Selon le professeur Gunton, « dans le scénario le plus probable, on n’aura pas besoin de ces oléoducs, on devrait donc au moins en reporter ou en suspendre la construction ». Il souligne que les projections pourraient être revues si elles devaient changer, mais pour le moment, nous pourrions dépenser plus de 22 milliards de dollars pour construire des oléoducs qui ne sont pas nécessaires.

Le projet Keystone XL est déjà en péril, car le président américain désigné, Joe Biden, a promis d’annuler l’approbation de Washington pour l’oléoduc transfrontalier. La construction du pipeline Trans Mountain a redémarré en 2019, après une pause en 2018 en raison de la décision du tribunal sur la première approbation fédérale.

La présidente-directrice générale de la Régie de l’énergie, Gitane De Silva, a déclaré en entrevue à La Presse canadienne que le but du rapport n’était pas de commenter la politique existante, mais de brosser un portrait de la direction que pourraient prendre les choses en utilisant diverses hypothèses. « Nous espérons seulement que ces informations aideront à informer ce processus politique à l’avenir », a-t-elle expliqué.

Le rapport conclut que même avec son scénario « évolutif » d’une plus grande action climatique après 2020, le Canada tirera toujours près des deux tiers de son énergie des combustibles fossiles en 2050. Pour atteindre sa cible « zéro émission nette », le Canada devrait en faire plus pour s’éloigner des combustibles fossiles, conclut la Régie.

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