Concentrations records de gaz à effet de serre, malgré la pandémie

La concentration actuelle de CO2 dans l’atmosphère nous conduit vers une hausse des événements climatiques extrêmes, comme les feux qui ont frappé la Californie cet automne.
Photo: Robyn Beck Agence France-Presse La concentration actuelle de CO2 dans l’atmosphère nous conduit vers une hausse des événements climatiques extrêmes, comme les feux qui ont frappé la Californie cet automne.

Malgré le déclin momentané des émissions mondiales de gaz à effet de serre imputable à la crise actuelle, la concentration de ces mêmes gaz responsables des bouleversements climatiques bat cette année de nouveaux records, prévient l’Organisation météorologique mondiale dans un nouveau rapport publié lundi. Pour changer la donne et éviter le pire du réchauffement, il faudrait réduire considérablement les émissions et restaurer des milieux naturels à grande échelle.

Au plus fort des mesures de confinement imposées pour freiner la propagation de la COVID-19, les responsables du « Projet mondial sur le carbone » des Nations unies ont estimé que les émissions quotidiennes mondiales de CO2 ont connu une diminution allant jusqu’à 17 %. Pour l’ensemble de 2020, les estimations préliminaires font état d’une réduction de 4,2 % à 7,5 %.

Ce coup de frein historique à la croissance des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) n’entraînera toutefois pas de diminution des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, constate l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Ces concentrations, qui sont le résultat des émissions passées et actuelles cumulées, avaient déjà « brutalement augmenté » en 2019. La moyenne mondiale a alors dépassé les 410 parties par million (ppm).

Qui plus est, la hausse « s’est poursuivie en 2020 » dans différentes stations de mesure, précise l’organisation onusienne dans son nouveau Bulletin sur les gaz à effet de serre. « Les concentrations moyennes mensuelles de CO2 à la station de référence de Mauna Loa, à Hawaii, étaient de 411,29 ppm en septembre 2020, contre 408,54 ppm en septembre 2019. À Cape Grim, en Australie, ces concentrations étaient de 410,8 ppm en septembre 2020, contre 408,58 ppm en 2019 », souligne ainsi l’OMM.

Or, pour espérer pouvoir limiter le réchauffement à 2 °C, comme le prévoit au minimum l’Accord de Paris sur le climat, il faudrait que la concentration de CO2 plafonne entre 350 et 400 ppm. Avant l’ère industrielle, marquée par l’utilisation des combustibles fossiles, la production industrielle, la déforestation massive et la destruction accélérée des milieux naturels, cette concentration était à un niveau d’« équilibre » de 278 ppm, rappelle l’OMM.

Commentant les chiffres publiés lundi, le Secrétaire général de l’OMM, M. Petteri Taalas, a d’ailleurs insisté sur la hausse rapide des concentrations de CO2 au cours des dernières années. « Nous avons franchi le seuil mondial de 400 parties par million en 2015. Et à peine quatre ans plus tard, nous avons franchi la barre des 410 ppm. Nos archives ne font mention d’aucune augmentation de la sorte. La baisse des émissions liée au confinement ne représente qu’un petit point sur la courbe à long terme », a-t-il souligné.

La trajectoire actuelle nous place sur une voie très dangereuse, a-t-il illustré. « Le dioxyde de carbone demeure pendant des siècles dans l’atmosphère, et encore plus longtemps dans les océans. La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a trois à cinq millions d’années : la température était alors de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres au niveau actuel, mais nous n’étions pas 7,7 milliards. »

Reboisement

Titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en climatologie et en durabilité, Damon Matthews ne s’étonne pas de voir que les concentrations de CO2 poursuivent leur croissance cette année. « Pour certains, il peut être surprenant de voir cette hausse de la concentration, alors que nous assistons à une baisse record des émissions. Mais il faut savoir que nous émettons toujours du CO2, et à des niveaux qui dépassent de loin la capacité d’absorption de la planète », résume-t-il.

À l’heure actuelle, Damon Matthews souligne qu’on se dirige donc toujours vers une hausse globale des températures de l’ordre de 3 °C, ce qui représente le double de l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit de limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Pour simplement « stabiliser » les concentrations de CO2 dans l’atmosphère, M. Matthews estime qu’il faudrait réduire nos émissions de GES de 50 %, ce qui est l’objectif fixé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour 2030. Il faudrait ensuite poursuivre les réductions d’émissions à très long terme, de façon à ramener la concentration à des niveaux qui permettraient de limiter le réchauffement.

À cela, il faut ajouter des mesures pour « retirer » du carbone de l’atmosphère, ce qui passe par des programmes de reboisement « à très grande échelle », mais aussi une restauration de milieux naturels considérés comme des « puits de carbone », comme les milieux humides. « Mais cela ne nous permettra pas de respecter l’Accord de Paris. Pour cela, il faudra réduire les émissions de GES », répète M. Matthews.

Le GIEC insiste aussi sur l’importance d’une meilleure planification du développement urbain et de l’utilisation du territoire, notamment en agriculture. Sans oublier une transformation de notre alimentation vers un régime moins intensif en utilisation des ressources, ce qui impliquerait par exemple de consommer moins de viande.

Pour le Réseau action climat Canada, ces données de l’OMM démontrent encore une fois l’urgence d’agir. « Plus les GES continuent d’augmenter, plus les coûts sociaux et économiques de l’inaction augmenteront. La semaine dernière, les gouvernements du Canada et du Québec ont fait des pas dans la bonne direction ; mais pour aplatir la courbe des GES et bâtir l’économie résiliente du futur, nous avons besoin d’action et d’ambition climatiques, et ce, dès maintenant », résume Caroline Brouillette, analyste des politiques pour le regroupement.

 

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