La vente de véhicules à essence interdite en 2035 au Québec

On compterait actuellement environ 80 000 véhicules électriques sur les routes du Québec, soit moins de 1,5 % de tout le parc automobile.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir On compterait actuellement environ 80 000 véhicules électriques sur les routes du Québec, soit moins de 1,5 % de tout le parc automobile.

En dévoilant lundi son Plan pour une économie verte, le gouvernement Legault doit annoncer que la vente de véhicules neufs à essence sera interdite au Québec dès 2035. Cette mesure phare du plan climatique de la province doit permettre de s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, un poids lourd du bilan québécois.

« À partir de 2035, au Québec, on ne pourra plus acheter de véhicules à essence [dans le marché du neuf]. Ça devra être des véhicules entièrement électriques ou hybrides rechargeables », a déclaré le ministre de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, dans une entrevue publiée samedi matin par La Presse.

Toujours selon ce qu’a affirmé le ministre Charette, cette mesure ciblerait les véhicules personnels des Québécois, soit les voitures et les véhicules utilitaires sports (VUS). Les véhicules à essence pourront toujours être vendus sur le marché des véhicules usagés, mais leur nombre devrait se réduire au fil des ans, en raison de l’interdiction de vente de véhicules neufs fonctionnant à l’essence.

Pour parvenir à son objectif, le gouvernement devrait modifier la Loi visant l’augmentation du nombre de véhicules automobiles zéro émission au Québec, de façon à accroître substantiellement l’offre de véhicules électriques chez les concessionnaires du Québec. Concrètement, le ministre espère « forcer les constructeurs à rendre disponibles les véhicules électriques ». « Avec notre loi zéro émission et avec l’obligation [pour 2035], les producteurs n’auront pas le choix d’alimenter le marché », a-t-il expliqué à La Presse.

Le gouvernement aurait aussi l’intention de maintenir la subvention à l’achat, mais le ministre a évoqué l’idée que celle-ci, qui se situe actuellement à 8000$, pourrait être revue à la baisse au cours des prochaines années. Le gouvernement fédéral offre lui aussi une subvention pour les acheteurs de véhicules électriques.

2035 ou 2030 ?

Cette volonté d’accélérer la décarbonisation du secteur des transports, qui s’inscrit dans la foulée d’une annonce similaire en septembre en Californie, a été bien accueillie par les groupes environnementaux. Le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, ainsi que Québec solidaire, plaident toutefois pour une interdiction des ventes de véhicules neufs à essence d’ici 2030. Lors de la campagne électorale de 2018, Québec solidaire avait mis de l’avant une telle proposition. M. Bonin a aussi fait valoir samedi que le Royaume-Uni vient d’annoncer son intention d’imposer la même interdiction que le Québec, mais la fin de la décennie.

Réagissant sur Twitter samedi, la députée solidaire Ruba Ghazal a réitéré l’engagement en faveur d’une interdiction qui interviendrait dès 2030. Le ministre Benoit Charette a répondu qu’une telle cible est « radicale », puisque « le Québec n’a pas un marché automobile suffisamment grand pour dicter à lui seul le marché nord-américain ». Selon ce qu’a ajouté le ministre, les pays d’Europe ne s’entendent pas sur une interdiction dès 2030.

Quelle que soit la cible du gouvernement, le Québec aura fort à faire pour décarboniser son secteur des transports. On compterait actuellement environ 80 000 véhicules électriques sur les routes du Québec, soit moins de 1,5 % de tout le parc automobile.

Hausse des GES

Tout plan de lutte contre les changements climatiques passe ici par des mesures pour le secteur des transports. Selon les plus récentes données gouvernementales disponibles, cet échec s’explique notamment par une croissance marquée des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur des transports, qui ont connu un bond de 23 % depuis 1990. Elles atteignaient ainsi 34,06 millions de tonnes en 2017, soit 43,3 % de toutes les émissions du Québec. Le seul secteur du « transport routier » a connu une croissance de ses émissions de 49,6 % entre 1990 et 2017, au point de représenter plus du tiers des GES du Québec.
 

 

Sur cette même période, le ministère de l’Environnement du Québec a calculé une croissance de plus de 127 % des émissions produites par les « camions légers », soit essentiellement les véhicules utilitaires sport, en raison d’une croissance de 253 % de leur nombre sur nos routes. Et le transport routier lié aux « véhicules lourds » a vu ses émissions croître de 170 %.

Cette augmentation marquée des émissions de GES du secteur des transports explique en bonne partie l’échec du Québec à atteindre ses cibles de réduction d’émissions. Alors que l’objectif fixé par les libéraux en 2009 prévoyait un recul de 20 % des émissions d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990, le plus récent bilan publié par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques précise que les émissions avaient seulement reculé de 8,7 % en 2017 par rapport à 1990.

Plan dévoilé lundi

Le gouvernement espère changer cela et réduire les émissions de GES du Québec en présentant lundi son « Plan pour une économie verte ». Ce plan, assorti d’une enveloppe budgétaire de 6,5 milliards de dollars, doit permettre, selon le gouvernement de réduire les GES de 37,5 % d’ici 2030, par rapport à 1990.

L’objectif du Québec de réduire ses émissions de 37,5 % d’ici 2030 se situe en effet en deçà de ce que recommande le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Celui-ci évalue que pour limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C, soit l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, il faudra réduire les émissions de GES de 50 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2010. Cela comprend un recul d’au moins 45 % des émissions de CO2, le principal GES issu de l’activité humaine.

Pour le Québec, un recul de 50 % signifierait de ramener les émissions annuelles à environ 40 millions de tonnes. Avec la cible actuelle du gouvernement Legault, les émissions devraient plutôt atteindre environ 54 millions de tonnes en 2030. L’écart équivaut à la moitié des émissions actuelles du secteur du transport routier. Mais le ministre Benoit Charette a fermé la porte à une révision de la cible pour 2030, jugeant que la cible du GIEC est « irréaliste » et qu’une transition aussi « radicale » serait très dommageable pour l’économie québécoise.

Le gouvernement se fixera toutefois l’objectif ambitieux d’un Québec qui n’émettrait pour ainsi dire plus de gaz à effet de serre (GES) d’ici 30 ans, et qui serait donc « carboneutre » en 2050. Les émissions qui resteraient devraient donc être compensées, notamment grâce aux développements technologiques attendus au cours des prochaines années, comme la capture et le stockage de carbone.