Le président de GNL Québec quitte son poste

Le gaz naturel liquéfié de GNL Québec serait exporté par navire, à raison de 300 à 400 passages par année sur le Saguenay et dans le parc marin.
Photo: Woodside Energy Ltd. via Agence France-Presse Le gaz naturel liquéfié de GNL Québec serait exporté par navire, à raison de 300 à 400 passages par année sur le Saguenay et dans le parc marin.

Après deux vagues de licenciements d’employés plus tôt cette année, c’est au tour du président de GNL Québec de quitter son poste. La direction du projet d’exportation de gaz naturel albertain affirme que ce départ s’inscrit dans le processus de développement de l’usine Énergie Saguenay et que la recherche d’investisseurs se poursuit, malgré les difficultés financières des derniers mois.

Pat Fiore quitte son poste de président de GNL Québec, l’entreprise derrière le projet Énergie Saguenay, mais il demeurera « étroitement impliqué pour le succès du projet et agira désormais comme consultant », explique l’entreprise dans une déclaration écrite. Tony Le Verger, auparavant vice-président finances et développement, « assumera désormais la présidence par intérim de GNL Québec », précise le document.

Ce départ du président de GNL Québec et Énergie Saguenay intervient dans une année difficile pour l’entreprise qui ambitionne de construire une usine de liquéfaction de gaz naturel de neuf milliards de dollars au Saguenay.

À la fin du mois de février, le plus important investisseur attendu pour le projet, soit le fonds Berkshire Hathaway, propriété du milliardaire américain Warren Buffett, a décidé de ne pas investir dans le projet. Celui-ci devait injecter pas moins de quatre milliards de dollars dans ce projet totalisant plus de 14 milliards de dollars (10 milliards pour Énergie Saguenay et 4 milliards pour le gazoduc de l’entreprise Gazoduq).

Depuis, la recherche d’investisseurs serait devenue très difficile, principalement parce que les promoteurs n’ont pas encore obtenu les autorisations gouvernementales nécessaires pour lancer les travaux. En avril, les promoteurs de ce projet contrôlé par des intérêts financiers américains avaient d’ailleurs dû procéder au licenciement d’une dizaine d’employés. En août, Le Devoir avait aussi révélé que GNL Québec avait remercié quatre de ses employés, tandis que Gazoduq avait procédé à six licenciements.

Difficultés

Les deux entreprises, qui sont détenues par les mêmes investisseurs, ont d’ailleurs des mandats de lobbying qui comprennent des démarches en vue d’obtenir un « soutien financier » du gouvernement du Québec pour la réalisation du projet gazier. Le gouvernement Legault s’est montré ouvert à l’idée, mais sans préciser quel pourrait être son engagement financier.

En entrevue avec Le Quotidien, Pat Fiore a évoqué les difficultés financières des derniers mois pour expliquer, en partie, les raisons de son départ. Mais selon lui, c’est tout le contexte économique mondial qui est actuellement frappé par la crise planétaire provoquée par la pandémie de COVID-19. « On est rendu à une étape où il faut attirer des nouveaux capitaux et ça, évidemment, avec la COVID et la situation que la planète entière est en train de passer au travers – on n’est pas les seuls, la planète entière passe par là –, on a besoin de prendre un certain recul, un ajustement », a-t-il expliqué au Quotidien.

Est-ce que ce départ nous signale que l’entreprise connaît de sérieuses difficultés financières ? La direction de l’entreprise n’a pas répondu à cette question mercredi, se contentant de transmettre une déclaration écrite.

« Avec l’avancement des processus d’évaluation environnemental, autant sur le plan fédéral que québécois, les objectifs et les priorités stratégiques du projet Énergie Saguenay évoluent. Au cours des prochains mois, les efforts de GNL Québec viseront à compléter le financement du projet, à terminer les processus d’évaluation et d’autorisation en cours et à positionner stratégiquement le projet afin d’en assurer la réalisation », indique cette déclaration, signée par la directrice principale Affaires publiques et relations avec les communautés chez GNL Québec, Stéphanie Fortin.

Selon le professeur du Département de sociologie et de l’Institut des sciences de l’environnement Éric Pineault, le projet de GNL Québec aurait toutes les chances de ne pas être rentable, en raison des coûts de réalisation du projet, du développement de nombreux projets de terminaux méthaniers ailleurs en Amérique du Nord et des perspectives pour le marché mondial du gaz naturel au cours des prochaines années.

Décision en 2022

Au cours de la première partie des audiences publiques du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), GNL Québec a indiqué que la décision d’aller de l’avant avec la construction de son usine ne sera pas prise avant 2022. Et cette décision sera prise en fonction des contrats fermes de vente qui seraient signés, a expliqué leur porte-parole Tony Le Verger.

« Avant de pouvoir prendre la décision finale d’investissement pour un projet de neuf milliards de dollars, il nous faut avoir en place des contrats de 20 ans, qui nous garantissent des revenus sur 20 ans pour pouvoir financer le projet. Si ces contrats ne sont pas rentables, il n’y aura pas de financement », a-t-il détaillé.

L’entreprise a aussi révélé au BAPE qu’elle envisage de développer des « devis » afin que les méthaniers (des navires de 300 mètres de longueur, par 50 mètres de largeur) soient construits spécifiquement pour ce projet. Cette hypothèse de construction de navires pour le projet reste cependant à confirmer.

Les principaux enjeux environnementaux du projet GNL Québec

Émissions de gaz à effet de serre : les émissions liées au projet seront surtout produites en Alberta, mais aussi lors du transport du gaz naturel. Selon les évaluations des experts des gouvernements du Québec et du Canada, celles-ci devraient atteindre près de huit millions de tonnes par année. Les émissions produites par le projet en sol québécois devraient avoisiner les 500 000 tonnes chaque année. GNL Québec a toutefois pris l’engagement de compenser ces émissions.

 

Fracturation hydraulique : Le gaz naturel qui serait liquéfié au Saguenay serait exploité essentiellement par fracturation, un procédé interdit au Québec. L’Association québécoise des médecins pour l’environnement estime que cette industrie pose de sérieux risques « pour la santé humaine des communautés vivant à proximité des puits ». Dans le cadre des audiences du BAPE sur le projet, le président de la commission, Denis Bergeron, a toutefois refusé de dire s’il tiendra compte de cet aspect du projet dans le rapport qui sera déposé au gouvernement du Québec au plus tard en janvier 2021.

 

Transport maritime : le gaz naturel liquéfié sera exporté à bord de navires méthaniers qui traverseront le seul parc marin du Québec, soit celui du Saguenay–Saint-Laurent. Selon les prévisions du promoteur, le projet impliquera au moins 320 passages chaque année pour des navires de 300 mètres de longueur et 50 mètres de largeur. Ce volet soulève des questions sur la protection de mammifères marins du Saint-Laurent, dont le béluga.

 

Le projet de gazoduc de l’entreprise Gazoduq : le gazoduc qui alimentera l’usine de GNL Québec n’est pas évalué en même temps que l’usine. Le gouvernement Legault et le gouvernement Trudeau ont annoncé en mai qu’une évaluation environnementale commune sera menée pour ce projet. Celle-ci sera réalisée possiblement après la décision du gouvernement du Québec concernant l’usine gazière. La décision d’autorisation la construction appartient uniquement au gouvernement fédéral, puisqu’il s’agit d’un gazoduc interprovincial. L’habitat de plusieurs espèces menacées se trouve sur le tracé du gazoduc.

 

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