Dominic Champagne met un terme au Pacte pour la transition

« Ce gouvernement n’a pas la compétence, la connaissance et l’envergure nécessaires pour proposer un plan qui soit à la hauteur de la crise climatique », déclare en entrevue Dominic Champagne.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir « Ce gouvernement n’a pas la compétence, la connaissance et l’envergure nécessaires pour proposer un plan qui soit à la hauteur de la crise climatique », déclare en entrevue Dominic Champagne.

Deux ans après avoir lancé le Pacte pour la transition, signé par la près de 300 000 Québécois, Dominic Champagne met un terme à ce projet de mobilisation en faveur de l’action climatique. Le metteur en scène critique d’ailleurs sévèrement le gouvernement Legault, jugeant que celui-ci fait preuve d’un « vide moral » face à la crise du climat, alors que les citoyens seraient selon lui prêts à agir.

Lancé en novembre 2018 avec l’appui de 400 personnalités québécoises, le « Pacte pour la transition » avait pour objectif d’inciter les citoyens à prendre des engagements concrets pour réduire leur empreinte environnementale, tout en pressant les gouvernements à agir de façon nettement plus ambitieuse contre la crise climatique. Et si Dominic Champagne espérait au départ atteindre un million de signataires, ce sont finalement 286 436 personnes qui l’ont signé, selon les données disponibles en soirée jeudi.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lancé en novembre 2018, le Pacte pour la transition avait obtenu le soutien de plusieurs personnalités québécoises.

« Peut-être que nous aurions pu atteindre un million de signatures, mais la réplique a été véhémente. On m’a tiré dans les jambes. Il y a eu de la mauvaise foi et du cynisme de la part de certains chroniqueurs. Et après le lancement du Pacte, j’ai surtout entendu parler du fait que Guy Laliberté avait accepté de le signer. Le Pacte est donc devenu un objet de controverse et ça a eu un effet démobilisant, alors que plusieurs scientifiques appuyaient notre démarche. Mais je ne voulais pas m’adresser aux militants de gauche. Je voulais m’adresser à tout le monde, y compris aux gens fortunés », explique-t-il en entrevue au Devoir.

Dominic Champagne a aussi porté le message du Pacte auprès de ministres du gouvernement de François Legault et du premier ministre lui-même. Mais deux ans après le lancement, il critique sévèrement « le manque d’ambition » climatique de la Coalition avenir Québec. « J’ai cherché ardemment depuis deux ans au sein du gouvernement Legault celui ou celle qui m’inspirerait confiance, le porteur de ballon, l’esprit éclairé, notre champion dans la lutte contre le réchauffement, celui ou celle qui incarnerait la volonté politique de notre gouvernement à remplir ses engagements. C’est triste à dire, je ne l’ai toujours pas trouvé », écrit-il dans un texte publié jeudi pour expliquer les raisons de la fin de son « engagement » de deux ans en faveur du climat.

Manque d’ambition

« Ce gouvernement n’a pas la compétence, la connaissance et l’envergure nécessaires pour proposer un plan qui soit à la hauteur de la crise climatique », ajoute-t-il en entrevue, en dénonçant du même coup « le vide moral qui sévit au sein de ce gouvernement en regard du climat ». Selon lui, il est déjà acquis que le plan vert du gouvernement Legault, toujours attendu pour cet automne, « ne sera pas à la hauteur ». Des experts ont d’ailleurs critiqué les versions préliminaires de ce plan qui ont été révélées dans les médias, rappelle-t-il.

« Nos gouvernements ont entendu nos voix. Mais force est de constater qu’ils n’ont pas livré. On dira ce qu’on voudra, nos gouvernements n’ont pas répondu à l’appel des scientifiques. Oui, ils ont bien joué le jeu. Et oui, il y a eu des progrès. Mais rien qui soit convaincant, rien de véritablement significatif, rien de déterminant. Rien qui nous donne l’espérance qu’on soit en train de prendre le taureau par les cornes et de la gagner, la lutte », déplore celui qui avait mis de côté sa carrière artistique, afin de mener le projet du Pacte pour la transition.

Dominic Champagne estime que l’appui du gouvernement Legault au projet d’exportation de gaz naturel GNL Québec témoigne de l’« incohérence » qui prévaut au gouvernement. « Ils sont à genoux devant les investisseurs qui veulent venir ici et créer des emplois », laisse-t-il tomber. « Ce n’est pas à la hauteur de ce que le Québec devrait dire, à savoir qu’on ne veut pas de ce projet, parce que nous voulons vivre dans une économie viable. Mais non. On est encore à tenter de nous faire croire qu’en rajoutant des millions de tonnes d’émissions dans les prochaines décennies, on va contribuer à la transition vers les énergies renouvelables et à la lutte au réchauffement climatique », fait-il valoir.

Il doute d’ailleurs de la possibilité d’opérer, au cours de la prochaine décennie, le virage nécessaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d’être en phase avec les exigences de la science climatique. Pour espérer y parvenir, Dominic Champagne estime que « la volonté politique » devra être au rendez-vous, ce dont il doute. « Il m’est aujourd’hui difficile de croire que les choses vont bouger parce que nous aurons été suffisamment nombreux à adopter un meilleur mode de vie et une attitude politique de citoyens responsables qui en imposent au pouvoir. La résistance mentale, politique et économique est peut-être trop forte pour qu’un réel changement puisse advenir dans les délais prescrits par la science », écrit-il.

Quelle relance ?

Plusieurs scientifiques répètent d’ailleurs depuis des mois que la relance de l’économie après la pandémie doit s’arrimer à la lutte contre les bouleversements climatiques. « La relance économique post-pandémie m’apparaît aujourd’hui comme la dernière chance de prendre les mesures qui s’imposent pour répondre à l’urgence. Encore là, il y a fort à parier qu’on va beaucoup investir pour couper la branche sur laquelle on est assis », prévient-il.

« Après les discours et les opérations de charme, nos dirigeants politiques continuent d’encourager pipelines, gazoducs et jets privés, et le grand coup de barre attendu n’a toujours pas lieu. On se gargarise de développement durable, mais trop souvent, c’est du vent, de l’hypocrisie, du mensonge », ajoute Dominic Champagne, qui a milité dans le passé contre l’industrie du gaz de schiste au Québec.

Bien présent dans la mobilisation qui a mené à la manifestation pour le climat qui avait réuni environ 500 000 personnes à Montréal en septembre 2019, il constate aussi que le mouvement en faveur de la lutte contre la crise climatique a été relégué au second rang, en raison de la crise de la COVID-19. « Le formidable rapport de force que nous avions réussi à établir et qui nous a permis de croire que 2020 allait être l’année de l’environnement, que nous allions faire des gains importants, que la mobilisation allait nous unir plutôt que nous diviser, tout cela est compromis maintenant et le combat demeure entier. Et je ne sais pas si la mobilisation populaire, si la science et le gros bon sens, si le sens commun et l’humanisme sauront imposer la sagesse. »

Alors qu’il dit retourner à sa carrière artistique pour se « remettre à rêver mieux » et « mettre l’activiste en jachère pour un temps », Dominic Champagne juge néanmoins que « la mobilisation est plus nécessaire que jamais ». « Nos gouvernements n’agiront pas si nous n’exigeons pas qu’ils agissent. C’est pourquoi nous avons le devoir non seulement de faire notre propre part, mais de faire entendre nos voix. »