Les méthaniers inquiètent à Tadoussac

«L’industrie touristique est importante dans la région et on ne voudrait surtout pas développer un secteur industriel pour nuire à une autre industrie», souligne Stéphane Tremblay, porte-parole de GNL Québec.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir «L’industrie touristique est importante dans la région et on ne voudrait surtout pas développer un secteur industriel pour nuire à une autre industrie», souligne Stéphane Tremblay, porte-parole de GNL Québec.

Village touristique de renommée internationale, Tadoussac s’inquiète de la réalisation du projet de GNL Québec, qui transformerait l’embouchure du fjord du Saguenay en point de passage quotidien des imposants navires méthaniers. Les promoteurs se veulent toutefois rassurants, jugeant que la présence de l’industrie touristique a été prise en compte.

Le maire de Tadoussac, Charles Breton, ne cache pas ses craintes pour « l’image de marque » du village,qui accueille chaque année plus de 200 000 visiteurs, venus pour l’essentiel participer à une croisière d’observation des baleines. L’industrie touristique y génère pas moins de 1000 emplois et des retombées économiques annuelles évaluées à 140 millions de dollars pour la région, précise-t-il.

« Ce que les gens recherchent, c’est la nature. Ils ne veulent pas être dans un corridor maritime intense, surtout avec des navires de l’ampleur des méthaniers. Actuellement, le fjord a un aspect de nature sauvage qui attire les gens, sans compter les nombreuses espèces de baleines qu’on peut observer ici », explique-t-il au Devoir. « Les croisières aux baleines à Tadoussac, on l’a très bien vu cet été, c’est un incontournable au Québec. »

Puisque l’image de la région et duparc marin du Saguenay—Saint-Laurent est aussi étroitement liée aux bélugas, la municipalité et les autres maires de la MRC de La Haute-Côte-Nord ontadopté « une motion » en faveur du moratoire sur la hausse du trafic maritime sur le Saguenay réclamé par des scientifiques. Il faut dire que les chercheurs ont découvert que la moitié de la population de ce cétacé en voie de disparition fréquente le fjord, ce qui en fait un habitat d’autant plus critique. Ils ont donc réclamé un moratoire, le temps de mener une étude qui doit se terminer en 2023, une option rejetée par le gouvernement Legault.

« C’est un appel à la prudence », et non un rejet des grands projets,précise Charles Breton. « Il ne fautpas jouer avec le feu, alors que les scientifiques, qui prennent rarement position, lancent eux-mêmes un appel à la prudence. Il ne faut pas risquer de briser un joyau qui a une reconnaissance internationale. Surtout que dans le parc marin, il existe une réglementation stricte pour réduire le dérangement des baleines. »

Le porte-parole de GNL Québec, Stéphane Tremblay, a toutefois voulu se faire rassurant. « L’industrie touristique est importante dans la région et on ne voudrait surtout pas développer un secteur industriel pour nuire à une autre industrie. Clairement, c’est une préoccupation certaine », a-t-il fait valoir devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

Selon lui, le passage de méthaniers de 300 mètres de longueur, tous les jours, ne devrait pas nuire aux activités liées au tourisme, comme le kayak. « Le plus négatif pour le tourisme, ce serait d’envoyer le message que le fjord ne sera plus ce qu’il est. »

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