Bâtirente: vers des investissements plus verts

Pascaline David Collaboration spéciale
Des discussions entre Bâtirente et Suncor, géant du secteur pétrolier, ont mené à la mise en place d’un réseau de bornes électriques dans des stations Petro-Canada.
Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne Des discussions entre Bâtirente et Suncor, géant du secteur pétrolier, ont mené à la mise en place d’un réseau de bornes électriques dans des stations Petro-Canada.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Mis sur pied en 1987 à l’initiative de la CSN, Bâtirente permet à 23 000 travailleurs, regroupés au sein de 300 syndicats, de profiter de régimes de retraite adaptés à leurs besoins en s’appuyant sur la mise en commun de leur épargne. Pionnier dans le domaine de l’investissement responsable au Québec, le système de retraite collectif croit qu’une gestion active des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) des entreprises représentées dans ses portefeuilles contribue à la saine capitalisation de la retraite ainsi qu’au développement économique et social à long terme, lesquels sont requis pour une performance financière durable. En 2006, Bâtirente a d’ailleurs signé les Principes pour l’investissement responsable (PRI) lancés par les Nations unies pour inciter les investisseurs à intégrer les critères ESG.

« On est actifs en investissement responsable depuis une quinzaine d’années, indique son directeur général, Daniel Simard. Mais notre activité était un peu morcelée. Nous avons senti le besoin d’aller plus loin en nous fixant des objectifs précis et quantifiés. »

Dans son nouvel engagement pour le climat dévoilé le mois dernier, Bâtirente souhaite ainsi continuer sur cette lancée et doubler son allocation de capitaux dans des investissements d’impact. La structure a déjà investi 80 millions dans un fonds d’obligations vertes qui a permis de financer des projets durables comme l’achat d’autobus hybrides et de nouvelles voitures Azur du métro de Montréal.

Le régime de retraite détient par ailleurs des participations dans des fonds liés aux marchés immobiliers cotés en Bourse. Or, le secteur immobilier contribue à hauteur de 30 %des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES).« Nous avons précisé nos critères pour investir seulement dans les sociétés qui ont de très bonnes performances au regard des facteurs ESG », souligne M. Simard.

Engagement actionnarial

Dans un autre ordre d’idées, Bâtirente s’engage à poursuivre ses investissements dans la « croissance durable » par le biais du fonds Actions mondiales Multi. Ce sont 20 millions de dollars qui ont été versés à divers projets comme Tetra Tech, une société de services-conseil en gestion de déchets, entre autres. « Ce fonds ne détient aucun titre lié au secteur des énergies fossiles », assure Daniel Simard.

En 2014, le régime a également souscrit à l’Engagement carbone de Montréal, invitant les investisseurs à divulguer publiquement et annuellement l’empreinte carbone de leurs portefeuilles. Cet engagement actionnarial consiste à aller à la rencontre des entreprises afin d’amorcer un dialogue quant aux améliorations possibles liées à leur empreinte. Les firmes sont également scrutées sous toutes leurs facettes, qu’il s’agisse des GES, des compétences du conseil d’administration ou des modalités de rémunération de la direction en fonction des performances climatiques.

« On observe une tendance de plus en plus lourde, soit la nécessité d’incorporer les enjeux environnementaux à la stratégie financière, observe le directeur de Bâtirente. Les compagnies deviennent plus alléchantes du point de vue du marché et de la demande, ce qui peut encourager la performance boursière, et donc nous rendre service aussi. »

Depuis plusieurs années, la structure essaie aussi d’entamer un dialogue avec des firmes pour les aider à transformer leur modèle d’affaires. Par exemple, des discussions avec Suncor, géant du secteur pétrolier, ont mené à la mise en place d’un réseau de bornes électriques dans des stations Petro-Canada.

Une transition visible

Daniel Simard observe que les compagnies font des progrès et sont sensibles aux enjeux climatiques, à divers degrés. « On constate des améliorations qui dépassent la simple parole, affirme-t-il. Certaines sociétés sont en voie de transformer leur modèle d’affaires même si la rhétorique officielle de l’État américain n’est pas sympathique à ces mouvements depuis 2016. »

Cela ne veut toutefois pas dire que tout ce qui est proposé est accepté, d’après M. Simard, qui évoque un besoin de faire évoluer les modes de rémunération des directions, par exemple. D’autre part, plusieurs pans de l’économie demeurent en retard côté environnement, notamment le secteur financier. Au Canada, plusieurs grandes banques sont encore fortement impliquées dans la production d’énergie fossile.

Dans le contexte de crise sanitaire mondiale et d’incertitude que l’on connaît, le choix des portefeuilles diversifiés serait à privilégier puisqu’ils permettent une meilleure maîtrise du risque. « Même si 2020 est une année difficile, les gestionnaires disent que les mouvements de marché ont été moins violents dans le secteur de la croissance durable, et les obligations vertes ont fait mieux que les obligations traditionnelles », conclut-il. Il faudra attendre quelques années, selon M. Simard, pour voir si la thèse se confirme.