Ottawa interdira six types d’articles en plastique à usage unique

La fin approche pour les sacs, les pailles, les ustensiles et les récipients alimentaires en plastique au Canada.
Photo: Eric Baradat Archives Agence France-Presse La fin approche pour les sacs, les pailles, les ustensiles et les récipients alimentaires en plastique au Canada.

Le gouvernement Trudeau promet que le Canada produira « zéro déchet » de plastique d’ici 2030, grâce au bannissement de certains produits d’usage courant et à une bonification des mesures de recyclage. Mais le plastique est là pour rester, ajoute Ottawa, même si une « évaluation scientifique » commandée par le fédéral conclut qu’il existe plusieurs incertitudes sur les impacts pour la santé de notre exposition chronique aux particules de plastique.

« L’objectif est de s’assurer que le plastique reste dans l’économie, mais pas dans l’environnement », a résumé mercredi matin le ministre de l’Environnement et du changement climatique, Jonathan Wilkinson.

Le fédéral « propose » ainsi d’interdire six types d’objets d’usage très commun : les sacs en plastique, les pailles, les bâtonnets à mélanger, les porte-canettes, les ustensiles et « les récipients alimentaires fabriqués à partir de plastiques difficiles à recycler ». Selon ce qu’a fait valoir le ministre Wilkinson en point de presse, le gouvernement espère compléter la « réglementation » devant mener à ces interdictions d’ici la fin de 2021.

Le gouvernement Trudeau a également précisé mercredi que les Canadiens utilisent chaque année plus de 4,6 millions de tonnes de plastique. Or, à peine 9 % de ce plastique est actuellement recyclé. Le reste, a précisé le ministre du Patrimoine Steven Guilbeault, aboutit au dépotoir ou dans l’environnement (29 000 tonnes par année, selon le fédéral).

Améliorer le recyclage

Pour réduire cette pollution, le fédéral espère parvenir à un objectif de « zéro déchet de plastique » d’ici 2030, grâce à une bonification des mesures de recyclage qui doit théoriquement faire passer le taux de recyclage à 90 % d’ici la fin de la décennie. On souhaite notamment accroître la responsabilité des entreprises qui produisent et mettent en marché des produits de plastique, afin de bonifier la récupération après usage. Le gouvernement propose également d’établir « des exigences en matière de contenu recyclé pour les produits et les emballages ».

Est-ce que cette approche est trop timide, compte tenu de l’ampleur des impacts environnementaux du plastique ? « Je ne crois pas que ce soit trop timide. Notre approche est globale », a répondu Steven Guilbeault. « Nous avons besoin du plastique pour plusieurs choses », a-t-il dit, en ajoutant que l’objectif est de pouvoir à terme « recycler, composter ou réutiliser » ces objets, selon le principe de « l’économie circulaire ».

Incertitudes

Si les libéraux défendent le recours au plastique à long terme dans plusieurs usages, les conclusions d’une « évaluation scientifique » commandée par le gouvernement Trudeau mettent néanmoins en lumière de grandes incertitudes sur les impacts pour la santé de notre exposition chronique aux particules de plastique.

« Les humains peuvent être exposés à des microplastiques en ingérant des aliments, de l’eau embouteillée et de l’eau du robinet, ainsi qu’en inhalant de l’air intérieur ou extérieur. Toutefois, les renseignements sur les effets de ces microplastiques sur la santé humaine sont limités, et des recherches supplémentaires sont requises pour mieux déterminer les tissus cibles, les doses seuils et les modes d’action », souligne le document, rendu public mercredi.

« Certaines associations ont été rapportées entre des expositions à des concentrations élevées de microplastiques et des effets nocifs sur la santé chez des animaux de laboratoire et des humains, mais ces effets sur la santé ne peuvent pas être liés à l’exposition de la population générale », peut-on également lire dans le rapport.

L’analyse souligne aussi que la pollution par les particules de plastique est très présente dans notre quotidien. « Les sources de pollution de l’air intérieur par les microplastiques incluent la perte de fibres par les vêtements, l’ameublement, les tapis et des biens domestiques, alors que les microplastiques polluant l’air extérieur proviennent de diverses sources, dont l’usure des pneus des véhicules. »

Les Nord-Américains ingèrent chaque année plusieurs dizaines de milliers de particules de plastique à travers leur respiration et leur régime alimentaire, concluait l’an dernier une étude publiée dans la revue scientifique américaine Environmental Science & Technology.

Insuffisant

Réagissant à l’annonce du fédéral, Équiterre a plaidé pour des mesures plus ambitieuses pour réduire l’ampleur du problème de la pollution. « Bannir certains produits constitue une belle avancée en matière de lutte à la pollution plastique, mais on semble encore voir le recyclage comme salvateur. La solution est la réduction à la source. Moins on produira, moins on aura à jeter ou recycler », a fait valoir la directrice générale de l’organisme, Colleen Thorpe.

« Au lieu de s’engager à réduire massivement la production de plastique et d’investir dans des systèmes de réutilisation, de production et de zéro déchet, le gouvernement actuel s’enfonce davantage dans cette crise », a pour sa part fait valoir Greenpeace, en jugeant qu’Ottawa « continue d’appuyer largement le mythe du recyclage et de promouvoir une liste d’interdiction insuffisante et insatisfaisante ».

Réseau environnement a salué les initiatives gouvernementales, tout en plaidant pour « une forte réglementation » pour que les grandes entreprises participent « aux efforts de récupération et de réutilisation ».

Le Parti conservateur du Canada a critiqué l’annonce des libéraux, qui survient en pleine crise sanitaire. « Les conservateurs reconnaissent que la pollution par le plastique est un réel problème auquel il faut s’attaquer. Cependant, nous devons aussi reconnaître que pendant une pandémie, pour des raisons de santé et de sécurité, les Canadiens ont plus que jamais besoin du plastique à usage unique. Le Canada a besoin d’un plan cohérent, qui tient compte de la pandémie, pour s’attaquer au problème de la pollution par le plastique. L’annonce d’aujourd’hui ne comprend pas un tel plan », a fait valoir le parti, par voie de communiqué.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, ainsi que le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, se sont dits favorables à un bannissement du plastique à usage unique. « Nous sommes en faveur d’une intervention réglementaire sévère visant à contrôler la prolifération des produits toxiques, dont beaucoup de plastiques d’origine pétrolière font partie », a dit M. Blanchet. Selon lui, il est important de s’attaquer aux « mauvaises pratiques », mais il est également nécessaire pour Ottawa de soutenir le développement d’alternatives au plastique traditionnel, notamment de produits écologiques issus de la foresterie.

125 kg par Canadien

Selon un rapport publié la semaine dernière, par le groupe écologiste Oceana Canada, chaque Canadien « utilise » environ 125 kilogrammes de plastique chaque année. Et selon leurs prévisions, ce volume devrait continuer d’augmenter pour atteindre plus de six millions de tonnes métriques en 2030.

« Les emballages représentent près de la moitié des déchets de plastique et la crise de la COVID-19 n’a fait qu’empirer les choses, via les contenants alimentaires en plastique ainsi que l’utilisation massive de masques et de gants jetables », souligne le rapport.

La pandémie favorise en effet une hausse marquée de la consommation de produits de plastique, et notamment du plastique à usage unique, selon l’économiste Sylvain Charlebois, professeur titulaire à la Faculté en management et en agriculture de l’Université Dalhousie. Dans le cadre d’une étude publiée récemment par l’Université Dalhousie sur l’utilisation du plastique dans l’industrie alimentaire, 29 % des répondants ont affirmé qu’ils ont acheté plus de produits emballés de plastique pendant la pandémie.

Cette hausse est d’autant plus préoccupante que la majorité du plastique qui est utilisé au pays n’est jamais recyclé, y compris au Québec. Les Québécois continuent en effet d’envoyer la majorité du plastique qu’ils utilisent vers des sites d’enfouissement. Selon les plus récentes données disponibles auprès de Recyc-Québec, sur les quelque 200 000 tonnes de plastique « générées » dans les résidences des Québécois, à peine 25 % ont été « acheminées aux fins de recyclage » en 2018, soit 51 000 tonnes. Ce taux est toutefois en hausse par rapport à 2015, alors qu’il se situait à 18 %.

Avec Hélène Buzzetti et Marie Vastel

L’objectif est de s’assurer que le plastique reste dans l’économie, mais pas dans l’environnement.

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