Québec protégera le Saint-Laurent en interdisant des activités déjà interdites depuis 2011

Les zones qui seront protégées dans l’estuaire font partie de l’habitat de plusieurs cétacés, dont le rorqual commun, une espèce en péril. 
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les zones qui seront protégées dans l’estuaire font partie de l’habitat de plusieurs cétacés, dont le rorqual commun, une espèce en péril. 

Après des années de stagnation, le Québec devrait rattraper son retard en matière de protection des milieux marins. Le gouvernement Legault a confirmé ce matin les informations publiées en juin par Le Devoir, soit que des zones de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent bénéficieront désormais de mesures de conservation. Québec a toutefois choisi d’interdire des activités industrielles qui sont déjà interdites dans l’estuaire depuis juin 2011.

Par voie de communiqué, le gouvernement Legault a précisé que le gouvernement mettra en place, dans un premier temps, des « mesures de protection administratives » dans plusieurs secteurs de l’estuaire et du golfe en les désignant comme des « réserves de territoires aux fins d’aire protégée ».

Le gouvernement Legault a ainsi indiqué que « les mesures de protection annoncées permettraient d’interdire les activités minières, pétrolières et gazières ainsi que l’exploitation des forces hydrauliques et toute production commerciale ou industrielle d’énergie ».

Or, dans les faits, l’exploration pétrolière et gazière est déjà interdite dans l’estuaire du Saint-Laurent, en vertu d’un projet de loi adopté par le gouvernement libéral de Jean Charest en juin 2011. La décision de révoquer les permis d’exploration qui étaient auparavant en vigueur, qui avait été annoncée en septembre 2010, avait été prise dans le but de protéger ces milieux naturels et de villégiature très fragiles. Une première évaluation environnementale stratégique menée pour l’ensemble de l’estuaire avait en effet conclu que les risques liés à l’exploitation des hydrocarbures étaient beaucoup trop élevés pour être envisagés.

 

 

Quant à l’exploration pétrolière et gazière dans le golfe du Saint-Laurent, le gouvernement du Québec et celui du Canada n’ont jamais convenu d’une entente qui permettrait de démarrer de tels projets. D’ailleurs, la seule entreprise qui détenait des permis d’exploration pétrolière dans le golfe, Corridor Resources, a décidé d’abandonner ses permis, comme le révélait Le Devoir en avril dernier.

Par ailleurs, le gouvernement n’a pas prévu de mesures particulières pour limiter la hausse du trafic maritime commercial dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, même si ce transport représentait un risque pour le rétablissement de certaines espèces menacées, dont le béluga du Saint-Laurent et le rorqual bleu. Avec les projets d’expansion prévus sur le Saguenay, mais aussi au port de Québec et à celui de Montréal, le trafic maritime est appelé à croître au cours des prochaines années. Qui plus est, même dans les limites du seul parc marin du Québec, des centaines de navires traversent ce milieu protégé chaque année à des vitesses qui posent des risques bien réels de collisions mortelles pour les cétacés

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Estuaire et golfe

Quoi qu’il en soit, selon ce que le gouvernement a annoncé mercredi, l’ensemble des zones qui seront désormais protégées totalise plus de 13 000 km², ce qui devrait bonifier le réseau d’aires marines protégées de 7,8 %. Le Québec se rapprochera donc de son engagement pris sur la scène internationale de protéger 10 % de ses milieux marins d’ici la fin de 2020, puisque le Québec sera alors à un taux de protection de 9,1 %, selon les calculs du gouvernement.

Le ministre de l’Environnement Benoit Charette a donc confirmé les informations publiées par Le Devoir en juin dernier et en juin 2019. Deux types de projets seront réalisés afin d’ajouter des aires marines dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Dans l’estuaire, le gouvernement du Québec a ciblé pas moins de six « secteurs ». L’ensemble de ces secteurs, qui forment une trame de protection s’étendant sur plus de 5000 km², devrait permettre de protéger le Saint-Laurent, de la région de la pointe est de l’île d’Orléans jusqu’à Chute-aux-Outardes, sur la Côte-Nord, et jusqu’en aval de Trois-Pistoles, sur la rive sud.

Il faut savoir que depuis la création du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, en 1998, aucune zone importante de l’estuaire n’a été formellement protégée. Or, depuis près de 20 ans, un projet complémentaire avait été proposé, notamment afin d’élargir les mesures de protection pour l’ensemble de l’habitat estival du béluga. Ce projet, qui a toujours stagné, est donc aujourd’hui remis de l’avant sous une forme plus clairement définie, dans la foulée de l’« entente de collaboration » signée entre le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral en 2017.

Tout comme le parc marin, établi à l’origine pour protéger le béluga, certains secteurs ont été ciblés afin de protéger « l’habitat essentiel » du béluga, mais aussi les poissons dont se nourrit ce cétacé résidant toute l’année dans le Saint-Laurent. C’est le cas du plus vaste secteur, qui comprend des zones très fréquentées par les bélugas, comme le secteur de l’île aux Coudres, la région de Cacouna et la portion du Saint-Laurent située au large de Trois-Pistoles.

En plus des habitats importants pour ce cétacé en voie de disparition, Québec a convenu de protéger un secteur situé en Haute-Côte-Nord et un autre situé entre Matane et Les Méchins, sur la rive sud, afin de protéger le rorqual bleu et le rorqual commun. Ces deux espèces de cétacés, les deux animaux les plus imposants sur Terre, fréquentent assidûment ces secteurs en raison de la forte présence de krill et de poissons, signes de la grande richesse de la biodiversité marine.

Le gouvernement Legault a aussi convenu de reconnaître les « refuges marins » établis par le gouvernement Trudeau dans la portion québécoise du golfe du Saint-Laurent, dans le cadre d’un projet de « réseau golfe ». Ces refuges, qui se déclinent en différentes zones de quelques centaines de kilomètres carrés chacune, sont situés autour de l’île d’Anticosti. Leur superficie totale atteint environ 7000 km².

Pour le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud, le gouvernement a décidé de donner « coup de barre » en vue du respect de l’engagement de protéger 10 % des milieux marins du Québec d’ici la fin de 2020. Selon lui, « il serait important à partir de maintenant de réfléchir aux limites qui pourraient être imposées, en matière de croissance du trafic maritime commercial, surtout qu’on sait très bien que ce transport peut nuire au rétablissement d’espèces menacées, comme le béluga du Saint-Laurent ».