Le Delaware accuse des pétrolières d’être responsables de la crise climatique

La pétrolière BP, à l’origine de la pire marée noire de l’histoire américaine, est visée par la poursuite du Delaware.
Photo: Garde côtière américaine / Agence France-Presse La pétrolière BP, à l’origine de la pire marée noire de l’histoire américaine, est visée par la poursuite du Delaware.

L’État américain du Delaware a annoncé jeudi qu’il intente une poursuite contre plusieurs compagnies pétrolières, jugeant que celles-ci sont responsables de la crise climatique et de ses impacts pour les citoyens de cette région de la côte est.

« Les citoyens du Delaware paient déjà le prix des malversations des plus grandes entreprises du secteur des énergies fossiles », a fait valoir jeudi la procureur générale de l’État, Kathy Jennings. « Exxon, Chevron et d’autres méga-entreprises connaissaient très bien le type de sacrifices que le monde devrait faire pour maintenir leurs profits et elles ont trompé le public pendant des décennies », a-t-elle ajouté, en soulignant que l’État voulait faire payer les pétrolières « pour le désordre qu’elles ont créé ».

La poursuite cible 31 entreprises du secteur des énergies fossiles, dont Total, Shell, BP et Conocophillips. Le document de justice déposé jeudi évoque différentes lois de l’État liées à la « négligence », à la « nuisance publique » et à la « fraude ». Le Delaware accuse aussi directement les pétrolières d’avoir contribué à la crise climatique, qui affecte particulièrement les zones côtières de cet État situé à l’est de la ville de Washington.

« Le Delaware et nos résidents souffrent de la montée des océans, de l’augmentation des températures, des précipitations intenses et des inondations dues au changement climatique, et cela a des impacts négatifs sur la santé publique, l’environnement et l’économie », a souligné le responsable du département des ressources naturelles et de l’environnement de l’État Shawn Garvin.

La poursuite cite d’ailleurs directement des impacts des bouleversements du climat sur l’État, dont le cas des 22 000 citoyens « menacés » par les inondations côtières, mais aussi les épisodes de chaleurs extrêmes plus fréquents prévus au cours des prochaines années. Le secteur agricole serait aussi directement menacé, selon le gouvernement de l’État.

Un problème connu

Ce n’est pas la première fois qu’une poursuite est intentée aux États-Unis contre les entreprises pétrolières. En 2018, la Ville de New York a intenté une poursuite contre cinq géants du secteur des énergies fossiles. La poursuite visait directement cinq des principales multinationales du secteur pétrolier, soit BP, Chevron, ConocoPhillips, ExxonMobil et Shell.

Chevron avait alors dénoncé une action « sans fondement factuel ou juridique », qui « ne fera rien pour répondre à la grave question des changements climatiques », tandis que Shell soulignait que le réchauffement devait être traité « par des politiques gouvernementales raisonnables et le changement culturel », et non « par les tribunaux ». La poursuite de New York a finalement été rejetée en 2019.

Une analyse publiée en 2017 par Environmental Research Letters avait confirmé qu’ExxonMobil savait depuis les années 1980 que les changements climatiques étaient réels et causés par des activités humaines, mais a publiquement entretenu le doute sur cette réalité.

Dès 1980, un responsable d’Exxon, Henry Shaw, insistait sur le besoin de lutter contre toutes restrictions imposées aux pétrolières. « Nous avons tout intérêt à lancer un programme défensif très ambitieux. Car il y a de grandes chances qu’une législation soit mise en place, qui affectera nos activités », écrivait-il dans une note interne citée dans l’ouvrage Perdre la Terre, du journaliste Nathaniel Rich.

Selon de nouvelles données publiées cette semaine par l’Agence internationale de l’énergie, les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel) répondent à 81 % de la demande énergétique mondiale. Ce taux n’a pas reculé depuis 40 ans. Mais selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, il est impératif d’effectuer rapidement un virage énergétique sans précédent, afin de réduire à zéro les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050.

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