Le paradoxe gazier du Québec

Un puit de forage de gaz de schiste dans la région de Saint-Denis-sur-le-Richelieu
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Un puit de forage de gaz de schiste dans la région de Saint-Denis-sur-le-Richelieu

Il est peu probable que le Québec se lance un jour dans l’exploitation de ses ressources de gaz de schiste, affirme Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Les Québécois consomment pourtant de plus en plus de gaz naturel exploité grâce à la fracturation dans l’Ouest canadien et aux États-Unis.

« Je crois que c’est de moins en moins probable qu’on exploite un jour du gaz naturel au Québec, parce que le dialogue social n’est pas assez ouvert pour envisager cette option de manière responsable », souligne-t-il.

« Je crois que les Québécois vont continuer à s’interdire d’envisager une exploitation locale tout en important du gaz naturel provenant de manière croissante du schiste. C’est un paradoxe plus simple à gérer, parce que c’est loin de nous, que d’envisager une production locale qu’on pourrait réglementer de manière plus stricte et responsable que nos voisins du Sud de chez qui on importe », ajoute M. Pineau.

L’ouverture au Québec ne semble même pas exister pour un tel projet de démonstration. C’est un paradoxe, je crois, surtout qu’on parle de plus en plus de production locale dans beaucoup de domaines.

Il estime en effet que le Québec « pourrait tirer des avantages d’une exploitation locale ». Selon lui, la poursuite lancée par Questerre pour faire lever l’interdiction de fracturation dans la vallée du Saint-Laurent démontre que les entreprises du secteur « croient dans le potentiel du Québec ».

« Ils semblent penser que ce serait rentable et qu’on pourrait faire ce projet de démonstration pour apprendre et recueillir des données. L’ouverture au Québec ne semble même pas exister pour un tel projet de démonstration. C’est un paradoxe, je crois, surtout qu’on parle de plus en plus de production locale dans beaucoup de domaines. »

La fracturation gagne du terrain

Le Québec importe 100 % du gaz qu’il consomme. Le distributeur Énergir s’approvisionne essentiellement en Ontario, à un point de convergence nommé Dawn. « Comme la production non traditionnelle de gaz de schiste s’accroît en Amérique du Nord, la proportion de cette source dans le réseau québécois va en grandissant », précise le rapport État de l’énergie 2020, produit par la chaire de M. Pineau.

Les prévisions fédérales sur la production gazière canadienne indiquent aussi que la croissance du secteur est essentiellement imputable aux forages avec fracturation en Alberta et en Colombie-Britannique. D’ici quelques années, plus de 90 % du gaz de l’Ouest canadien sera exploité en utilisant la fracturation. C’est d’ailleurs la croissance de cette production qui justifie les projets d’exportation maritime de gaz naturel liquéfié comme celui de GNL Québec.

Au début de l’année, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement a toutefois mis en garde contre le recours à cette technique d’exploitation en soulignant que celle-ci poserait de sérieux risques pour la santé humaine.

À voir en vidéo