GNL Québec n’entend pas changer de site pour son projet

De nouvelles données scientifiques démontrent que 50% de la population de bélugas fréquente le fjord du Saguenay.
Photo: Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins De nouvelles données scientifiques démontrent que 50% de la population de bélugas fréquente le fjord du Saguenay.

Même si des scientifiques jugent que l’augmentation prévue du trafic maritime sur le Saguenay pourrait nuire sérieusement au béluga, les promoteurs de GNL Québec n’entendent pas déplacer leur projet vers un site qui n’aurait pas d’impact sur l’habitat essentiel de cette espèce en voie de disparition.

Les résultats préliminaires d’une étude scientifique financée par le gouvernement du Québec démontrent que pas moins de 50 % des bélugas du Saint-Laurent fréquentent le fjord du Saguenay, alors qu’on croyait jusqu’à présent qu’à peine 5 % de la population utilisait cette portion de l’habitat. GNL Québec a d’ailleurs inscrit ce taux de 5 % dans son étude d’impact, en ajoutant qu’une « faible proportion » de la population serait donc exposée à la pollution sonore des navires méthaniers.

Est-ce que les nouvelles données sur les bélugas publiées mercredi pourraient inciter GNL Québec à opter pour un autre site pour construire l’usine et le terminal maritime ? Non, a répondu jeudi la directrice affaires publiques et relation avec les communautés, Stéphanie Fortin. « En considérant l’ensemble des éléments liés au développement durable du projet, et suite à l’analyse de 14 autres sites, c’est le site de la zone industrialo-portuaire du Saguenay qui a été retenu pour la réalisation du projet Énergie Saguenay », a-t-elle expliqué dans un courriel au Devoir.

Le promoteur a effectivement évalué 14 sites différents pour y implanter le projet d’exportation maritime de gaz naturel de l’Alberta. Tous les sites étudiés étaient situés le long du Saint-Laurent, essentiellement dans la portion de l’estuaire, entre l’île d’Orléans et le Saguenay. Des sites étaient situés sur la rive Sud et d’autres sur la rive Nord du cours d’eau.

Parmi ceux-ci, on retrouvait trois sites où les installations portuaires de chargement des imposants navires méthaniers auraient été construites directement dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent (Port au Saumon, Saint-Siméon et Cap de la Tête au Chien), et donc dans l’habitat essentiel du béluga.

On retrouvait aussi un site qui aurait impliqué d’implanter les infrastructures maritimes à Cacouna, donc directement dans une zone connue de mise bas des bélugas, et un autre était situé directement sur le territoire insulaire de l’Île Verte. Une autre option ciblait le site de l’ancien projet gazier Rabaska, au Sud de l’île d’Orléans.

Engagements de GNL Québec

Même si Énergie Saguenay maintient son choix de site, l’entreprise souligne qu’elle a déjà prévu de tenir compte de la protection du béluga dans la réalisation du projet, qui impliquerait au moins 320 passages chaque année de méthaniers de 300 mètres de longueur et 50 mètres de largeur.

« GNL Québec est sensible à cet enjeu et l’a considéré dès le début de l’évaluation environnementale, d’une part en mettant en place les meilleures technologies qui existent pour réduire le bruit subaquatique, mais aussi en adoptant une charte d’engagements environnementaux pour la protection des mammifères marins », a expliqué Stéphanie Fortin.

Membre du comité de coordination du parc marin du Saguenay — Saint-Laurent depuis plus de 20 ans, Émilien Pelletier remet en question la possibilité pour Énergie Saguenay d’agir sur le volet de transport maritime du gaz naturel liquéfié. « Je doute beaucoup de leur capacité à imposer une limite de vitesse. Comment un client peut-il imposer des mesures coûteuses à un armateur, à moins d’être lui-même propriétaire de la flotte ? »

Il faut dire que GNL Québec ne sera pas responsable du transport par bateau et de l’exportation du gaz naturel liquéfié. Cela reviendrait aux clients qui achèteraient le gaz. « Les mesures actuelles dans le parc sont volontaires, et il n’y a pas de pénalités pour les délinquants. Ce n’est pas une garantie très solide », souligne M. Pelletier. Le Devoir a d’ailleurs démontré récemment qu’au plus fort de la présence des baleines dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent, des centaines de navires marchands traversent cette aire de conservation à des vitesses qui posent des risques bien réels de collisions mortelles pour les cétacés.

En plus des méthaniers, GNL Québec précise dans son étude d’impact que le projet pourrait nécessiter le recours à des remorqueurs qui navigueraient eux aussi dans le parc marin. « Les navires-citernes qui navigueront sur la rivière Saguenay pour se rendre aux installations de GNL Québec pourraient, selon certaines conditions météorologiques, être accompagnés par des remorqueurs, à l’aller comme au retour. Leur nombre exact, si requis, sera toutefois défini lorsque les simulations sur la navigation seront complétées. »