Le marché du carbone québécois rebondit

Quatre fois par année, les gouvernements du Québec et de la Californie mettent en vente des unités d’émission de gaz à effet de serre que de grands pollueurs doivent obligatoirement se procurer.
Photo: Joël Saget Agence France-Presse Quatre fois par année, les gouvernements du Québec et de la Californie mettent en vente des unités d’émission de gaz à effet de serre que de grands pollueurs doivent obligatoirement se procurer.

La dernière vente aux enchères sur le marché du carbone québécois a connu davantage de popularité que celle de mai, qui avait été sévèrement plombée par la pandémie. À la mi-août, 89 % des unités d’émission mises en vente par Québec pour la période en cours avaient trouvé preneur. Les revenus associés doivent financer l’effort climatique du gouvernement.

Quatre fois par année, les gouvernements du Québec et de la Californie mettent en vente des unités d’émission de gaz à effet de serre (GES), que de grands pollueurs doivent obligatoirement se procurer. Tous les trois ans, ces derniers doivent prouver que les unités en leur possession couvrent bien leurs émissions. Le prix minimal des unités augmente et leur quantité diminue pour réduire progressivement les émissions totales.

89%
C’est la proportion des unités d’émission mises en vente par Québec à la mi-août, pour la période en cours, qui ont trouvé preneur. Le 20 mai dernier, seulement 37% des unités mises en vente pour la période en cours avaient été achetées.

Le 20 mai dernier, seulement 37 % des unités mises en vente pour la période en cours avaient été achetées. Cela représentait une perte de revenu d’environ 160 millions de dollars pour le Fonds vert, qui finance des projets environnementaux et de lutte contre les changements climatiques et dont le modèle de gestion est actuellement revu dans le cadre du projet de loi 44.

Revenus de 169 millions

À l’occasion de la seconde vente pendant la pandémie, le 18 août dernier, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) mettait en vente 7 255 125 unités pouvant être utilisées pour la période en cours (2018-2020). Du nombre, 6 444 090 (89 %) ont été vendues. Le ministère mettait également en vente 1 319 750 unités du « millésime 2023 » pouvant être utilisées lors de la prochaine période (2021-2023). Celles-ci ont toutes trouvé preneur. La vente a généré des revenus d’environ 169 millions pour le Québec.

« Je suis satisfait de voir que, comme on l’avait anticipé, le marché du carbone reprend le chemin qu’il empruntait avant la pandémie et pourra continuer d’être une source importante de financement pour nos mesures de lutte contre les changements climatiques », a dit le ministre Benoit Charrette dans une déclaration transmise par courriel.

Pierre-Olivier Pineau, le détenteur de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, voit aussi d’un bon œil la reprise. « Ça m’a encouragé, car j’étais préoccupé par les très faibles ventes des dernières enchères », dit-il.

Je suis satisfait de voir que, comme on l’avait anticipé, le marché du carbone reprend le chemin qu’il empruntait avant la pandémie

 

Ce spécialiste du marché du carbone a été étonné de constater que, aux plus récentes enchères, le prix offert pour les unités de l’année 2023 a été plus élevé (22,10 $) que celui pour celles de l’année 2020 (22,03 $). Jusqu’à présent, c’était généralement la tendance opposée qui prévalait. M. Pineau reliait cela à une « attitude court-termiste » des émetteurs et autres acheteurs actifs sur le marché. L’inversion « reflète la grande confiance dans le marché du carbone », explique-t-il.

M. Pineau croit par ailleurs que des émetteurs ont pris du retard dans l’achat de leurs unités de compensation, en mai, par rapport à leurs émissions, qui n’ont que très peu diminué. Les unités invendues peuvent être reportées à des ventes aux enchères ultérieures, mais à la condition que les enchères surpassent le prix plancher lors de deux ventes consécutives. Ce n’a pas été le cas à la vente du mois d’août.

Chose certaine, le retard accumulé au printemps se superpose au contexte sous-jacent, qui laissait déjà entrevoir une pénurie d’unités, selon le professeur. « Le plafond du nombre d’unités en vente diminue de 2 à 3 % par année. Toutefois, on n’observe pas de corrélation avec nos émissions, qui continuent d’augmenter. À un moment donné, il va y avoir un choc. »

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