Un BAPE sur GNL Québec uniquement à Saguenay

Le BAPE se penchera sur plusieurs enjeux, dont le transport maritime du gaz naturel qui serait liquéfié au Saguenay.
Photo: iStock Le BAPE se penchera sur plusieurs enjeux, dont le transport maritime du gaz naturel qui serait liquéfié au Saguenay.

Le BAPE entamera les audiences publiques sur le projet GNL Québec dès le 21 septembre, afin de produire un rapport qui devra être remis en janvier au ministre de l’Environnement Benoit Charette. Les séances sur le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec se tiendront uniquement au Saguenay, malgré les demandes de groupes écologistes qui réclamaient des audiences dans plusieurs régions de la province.

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a annoncé mardi que la première partie des audiences débutera à Saguenay le 21 septembre en soirée. Cette première portion des travaux de la commission d’enquête permet aux citoyens « de s’informer sur le projet et de mettre en lumière tous ses aspects », a précisé l’organisme.

Des représentants de l’entreprise Énergie Saguenay seront d’ailleurs présents sur place pour répondre aux questions, qui pourront aussi être posées à distance ou soumises par écrit. Des soirées supplémentaires pourraient s’ajouter, au besoin.

En raison des directives de la santé publique, « un nombre maximal de 250 personnes pourront être présentes dans la salle » de l’hôtel Le Montagnais, à Saguenay. Qui plus est, « le port du couvre visage sera obligatoire et les mesures de distanciation sociale en vigueur devront être respectées ».

Dans le cadre d’une deuxième partie qui débutera le 26 octobre, le BAPE recueillera « l’opinion et les suggestions du public » au sujet de cette usine de liquéfaction de gaz naturel transporté de l’Alberta, en vue de son exportation par navires méthaniers. « Les commissaires entendront alors toute personne, tout organisme, tout groupe ou toute municipalité qui désire s’exprimer sur le projet, que ce soit sous forme de mémoire ou de présentation verbale », a précisé l’organisme. Qui plus est, « selon le nombre et la provenance des mémoires soumis, la commission pourrait permettre à certains participants de présenter leur mémoire à distance, par visioconférence ou par téléphone. »

Il n’est toutefois pas question de tenir des audiences dans plusieurs régions du Québec, comme le demandent une quarantaine de groupes écologistes depuis plusieurs mois. À l’instar du premier BAPE sur GNL Québec qui avait été annulé en mars, celui-ci se déplacera uniquement à Saguenay. « Tel qu’indiqué dans le communiqué, la commission siégera à l’Hôtel Le Montagnais de Saguenay à compter du 21 septembre prochain à 19 h. Il n’y aura pas de séances publiques ailleurs au Québec », a répondu le BAPE, par courriel.

Multiples enjeux

Le BAPE doit remettre son rapport au ministre Benoit Charette au plus tard le 13 janvier 2021. Interpellé en août dans le cadre des travaux de la Commission des transports et de l’environnement, le ministre de l’Environnement et des changements climatiques a réitéré qu’il a un « préjugé favorable » pour GNL Québec. « J’ai une vision qui est partagée par le gouvernement. C’est un projet qui a des mérites économiques et environnementaux manifestes », a-t-il fait valoir, tout en promettant qu’une « décision éclairée » sera prise au terme de l’évaluation environnementale du BAPE.

La commission d’enquête québécoise sur le projet GNL Québec devrait normalement aborder plusieurs enjeux environnementaux dans le cadre de son mandat. Les émissions de gaz à effet de serre liées au projet d’usine gazière devraient atteindre plus de huit millions de tonnes par année en sol canadien, soit l’équivalent de l’ajout de 3,4 millions de voitures sur les routes. Les promoteurs affirment toutefois que le projet permettra de réduire les émissions ailleurs dans le monde, en soulignant que le gaz naturel exporté remplacerait des combustibles plus néfastes, comme le charbon.

Le gaz naturel liquéfié sera par ailleurs exporté à bord de navires méthaniers qui traverseront le seul parc marin du Québec, soit celui du Saguenay — Saint-Laurent. Selon les prévisions du promoteur, le projet impliquera au moins 320 passages chaque année. Ce volet soulève des questions sur la protection de mammifères marins menacés, dont le béluga. GNL Québec a admis que le trafic maritime qui en découlera pourrait poser un « risque » pour le béluga et les autres cétacés du Saint-Laurent. L’entreprise estime toutefois qu’elle pourra contrer ce risque, même si elle ne contrôlera pas le transport maritime du gaz liquéfié.

Les promoteurs du projet connaissent par ailleurs des difficultés financières depuis plusieurs mois. Les entreprises Gazoduq et GNL Québec, qui sont détenues par les mêmes intérêts financiers américains, ont toutes deux dû procéder à des mises à pied récemment. Certains employés redouteraient maintenant un abandon pur et simple de ce projet dont la réalisation nécessiterait des investissements de 14 milliards de dollars.

« Confiance » dans les commissaires

La commission d’enquête qui débute sous peu sera présidée par le commissaire Denis Bergeron, qui a travaillé pendant 16 ans comme « consultant » pour la principale association de promotion des intérêts d’entreprises pétrochimiques impliquées dans le développement de projets d’exploitation et de commercialisation du gaz naturel au Canada.

Il a ainsi été « vérificateur consultant pour l’Association canadienne de l’industrie de la chimie (ACIC) de 1995 à 2011 », soit pendant environ 16 ans. Dans le cadre de ses fonctions, « M. Bergeron veillait, au sein d’une équipe multidisciplinaire, à l’application des codes de pratiques de la Gestion responsable de l’ACIC auprès de ses membres ».

Méconnue du grand public au Québec, l’ACIC est présentée par le gouvernement fédéral comme « la principale association représentant les intérêts des sociétés pétrochimiques au Canada ». Elle compte une cinquantaine d’entreprises « membres » ou « partenaires » qui opèrent notamment dans la production de gaz naturel, la transformation du gaz, l’utilisation de ses produits dérivés ou encore son transport en vue de l’exportation. Parmi celles-ci, on compte des entreprises impliquées dans l’exploitation gazière, dont Imperial Oil, Shell Chemicals Canada, Canada Kuwait Petrochemical Corporation et Inter Pipeline (qui exploite des gazoducs).

Le BAPE a cependant affirmé à plusieurs reprises sa pleine confiance dans les commissaires désignés pour diriger l’évaluation de GNL Québec. « Le président du BAPE réitère toute sa confiance envers Denis Bergeron et c’est pourquoi il a de nouveau été nommé à titre de président de cette commission d’enquête. Les vérifications en lien avec l’absence de conflit d’intérêts demeurent », a encore souligné l’organisme, au Devoir. M. Bergeron devait aussi présider le BAPE sur GNL Québec qui avait été annulé en mars, en raison de la pandémie.

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