Est-ce que Québec a perdu 30 millions de dollars dans Mine Arnaud?

Du projet Mine Arnaud, il ne subsiste qu’une affiche favorable au projet, située à l’entrée de la ville de Sept-Îles.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Du projet Mine Arnaud, il ne subsiste qu’une affiche favorable au projet, située à l’entrée de la ville de Sept-Îles.

Le projet Mine Arnaud devait marquer la relance du Plan Nord. Mais cinq après avoir été approuvée par le gouvernement libéral, cette mine à ciel ouvert n’a jamais vu le jour. Québec admet maintenant que le projet, qui a suscité la division à Sept-Îles, présente peu d’intérêt économique. L’État pourrait ainsi avoir perdu les 30 millions de dollars dépensés dans la minière.

« Est-ce que nous avons tiré la plug pour le projet Mine Arnaud », a demandé mercredi la députée solidaire Ruba Ghazal, dans le cadre des travaux de la Commission de l’énergie et des ressources naturelles.

« Actuellement, il y a un certificat d’autorisation pour le projet. Mais le marché fait en sorte que le prix du phosphate n’est pas excellent. Il est en hausse, mais il n’est pas encore excellent. On n’a pas les attraits gagnants économiquement pour aller plus loin dans le projet actuellement », a répondu le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, sans plus de précision. « Le gisement est là », a-t-il simplement indiqué, lorsque Mme Ghazal lui a demandé de nouveau si le gouvernement avait mis un terme au projet.

Ce projet de mine à ciel ouvert d’apatite (un minerai qui sert à produire de l’engrais pour le secteur agricole) aurait nécessité des investissements de près de 800 millions de dollars. Or, Investissement Québec, qui est actionnaire majoritaire de Mine Arnaud, n’a jamais pu trouver de partenaires financiers pour construire la mine, l’exploiter et acheter la production de concentré d’apatite. Toutes les démarches entreprises, y compris sur la scène internationale, se sont avérées vaines.

En avril dernier, la société d’État a même dû mettre à pied le dernier employé de la minière. La semaine dernière, Investissement Québec a aussi précisé au Devoir que 30 millions de dollars de fonds publics ont été injectés dans le projet jusqu’à présent.

Si on se fie aux données de la Banque mondiale (BM), les chances que le projet puisse voir le jour au cours des prochaines sont pour ainsi dire nulles. Selon les calculs avancés par Mine Arnaud, le seuil de rentabilité du projet se situerait à 120 $ la tonne de phosphate (l’apatite est composée de phosphate). Or, selon les prévisions de la BM, le prix augmentera seulement de 80 $ à 110 $ la tonne d’ici 2030.

Division

Le 16 mars 2015, trois ministres libéraux du gouvernement de Philippe Couillard avaient pourtant fait le voyage jusque sur la Côte-Nord pour annoncer l’autorisation accordée par le gouvernement à Mine Arnaud, un projet qui devait symboliser la relance du Plan Nord libéral. « Le projet que nous annonçons aujourd’hui est tout à fait le genre de projet que nous désirons voir se réaliser avec le Plan Nord. Des projets porteurs, des projets créateurs de richesse et d’emplois, qui vont profiter aux communautés locales, mais également à tout le Québec », avait alors affirmé le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles de l’époque, Pierre Arcand.

Québec avait du même coup promis la création de 1000 emplois durant la phase de construction de la mine et des installations connexes, qui devait débuter en 2016. Mine Arnaud avait aussi promis de maintenir 325 emplois directs « stables et bien rémunérés » pendant les 30 années d’exploitation d’une fosse de près de quatre kilomètres de longueur.

Rien de cela ne s’est concrétisé. De l’aveu même du maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, le seul héritage du projet a été de susciter de la division au sein de sa communauté, dans une région où l’activité minière est un élément crucial de l’économie. Mais depuis les nombreux reports de la construction de la mine, il dit avoir tourné la page. « Heureusement que nous n’avons pas attendu ce projet. La base de tout projet, c’est sa valeur économique. Et visiblement, dans ce cas, la valeur n’était pas au rendez-vous durant toutes ces années », a-t-il laissé tomber mercredi, en entrevue au Devoir.

Est-ce qu’il y a des leçons à tirer de cette coûteuse mésaventure ? « La prochaine fois, il faudrait faire preuve de prudence avant de promettre quelque chose. Nous sommes allés très rapidement dans les annonces, alors qu’il n’y avait pas d’acheteur. Mais on se sentait obligés de mettre cela de l’avant, ce qui a pu créer beaucoup d’espoir dans la population. Or, ce n’était pas fondé sur quelque chose de concret. Et j’ai toujours été mal à l’aise avec cette façon de faire, parce que je préfère travailler avec des projets concrets », a expliqué le maire de Sept-Îles.

M. Porlier espère maintenant développer des projets de diversification économique sur la Côte-Nord, afin notamment de contrer la baisse démographique qui frappe actuellement la région de Sept-Îles. Selon lui, il existe plusieurs avenues intéressantes à évaluer, dont le développement du tourisme.

Arianne Phosphate

En plus du projet Mine Arnaud, le gouvernement Couillard avait approuvé un autre projet minier d’exploitation d’apatite, le projet Arianne Phosphate. Au moment de donner le feu vert au projet, en décembre 2015, l’ancien premier ministre avait affirmé que ce projet présentait « un potentiel de retombées économiques important pour le Québec ».

Or, ce projet n’a toujours pas vu le jour. Le gouvernement du Québec a injecté au moins 3,4 millions de dollars dans ce projet, qui nécessiterait notamment la construction d’un port supplémentaire sur le Saguenay. S’il se réalise, le projet minier devrait donc augmenter la circulation maritime commerciale dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.

En commission parlementaire mercredi, le gouvernement Legault a par ailleurs promis le dépôt d’un nouveau « Plan d’action nordique » au cours des prochaines semaines. Québec espère notamment favoriser la réalisation des projets miniers. D’un point de vue réglementaire, le ministre Jonatan Julien a aussi dit souhaiter mettre en place un « terrain de jeu plus efficient » pour l’industrie minière, afin de faciliter la réalisation de projets sur le territoire nordique.

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