Aucun engagement financier dans GNL Québec pour le moment

Le projet GNL Québec connaît actuellement de sérieuses difficultés financières. 
Photo: iStock Le projet GNL Québec connaît actuellement de sérieuses difficultés financières. 

Même s’il est partisan du développement de projets de gaz naturel liquéfié, le gouvernement Trudeau juge qu’il est prématuré de s’engager à offrir un soutien financier pour celui du projet Énergie Saguenay, de GNL Québec. Les promoteurs de l’usine gazière font face actuellement à de sérieuses difficultés financières, à un mois du début du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Interpellée par Le Devoir dans le cadre d’une annonce de financement du secteur de l’aluminium au Saguenay, la ministre du Développement économique, Mélanie Joly, a refusé de s’avancer sur un éventuel soutien financier de la part d’Ottawa, jugeant que la question était pour le moment « hypothétique ».

Le gouvernement Trudeau a toutefois offert en juin 2019 un financement totalisant 275 millions de dollars pour le développement du projet de 40 milliards de dollars LNG Canada, en Colombie-Britannique. « L’installation de LNG Canada permettra d’offrir une source d’énergie canadienne plus propre et de remplacer le charbon dans les marchés en croissance rapide, tout en créant des milliers de bons emplois dans le nord de la Colombie-Britannique, dans les collectivités des Premières nations et ailleurs au Canada », avait alors affirmé l’ancien ministre du Développement économique, Navdeep Bains. Deux autres ministres fédéraux étaient présents lors de cette annonce.

Fait à noter, c’est la construction du gazoduc Coastal Gaslink, qui doit alimenter l’usine de liquéfaction LNG Canada, qui a suscité une vive controverse au sein de plusieurs Premières nations à travers le pays. Cette controverse a même provoqué des blocus ferroviaires un peu partout au Canada dans les premiers mois de 2020.

Est-ce que le gouvernement fédéral entend appuyer le projet GNL Québec, comme il l’a fait pour LNG Canada ? « L’investissement qui a été fait en Colombie-Britannique concernait un projet qui avait passé toutes les normes environnementales, toutes les études qui étaient nécessaires et les consultations avec les peuples autochtones », a expliqué la ministre Mélanie Joly.

« Dans les circonstances, lorsqu’il y aura un projet qui sera déposé, il va falloir que le projet soit conforme à ces différentes évaluations environnementales », a-t-elle ajouté. La ministre n’a toutefois pas fermé la porte à un éventuel appui. « À ce moment, on pourra certainement voir ce qu’il en est. Mais étant donné que le projet n’est toujours pas déposé, la question est pour le moment toujours hypothétique. »

Difficultés financières

Le projet de 14 milliards de dollars de GNL Québec a non seulement été déposé, mais il est déjà en cours d’évaluation environnementale auprès du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec. Le projet de gazoduc doit subir une évaluation conjointe des deux paliers de gouvernement, tandis que l’usine de liquéfaction et le terminal doivent, eux, passer à travers deux processus distincts. Le mandat du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement doit d’ailleurs débuter le 14 septembre.

Les promoteurs du projet Énergie Saguenay, qui sont contrôlés par des investisseurs américains, sont toutefois confrontés à de sérieuses difficultés financières, comme le révélait Le Devoir la semaine dernière. Les entreprises Gazoduq et GNL Québec ont même dû procéder à de nouveaux licenciements et certains employés redouteraient maintenant l’arrêt pur et simple de ce projet d’exportation de gaz naturel albertain.

Même si son gouvernement s’est déjà montré intéressé par le soutien financier d’Énergie Saguenay, le premier ministre François Legault a souligné vendredi dernier que ce ne sera pas l’État québécois qui assurera seul la survie du projet d’exportation de gaz naturel albertain. « Je pense qu’à long terme, c’est un projet qu’il faut regarder. Mais à court terme, je comprends que ça semble très difficile du côté du financement privé et il n’est pas question que le gouvernement du Québec embarque tout seul là-dedans », avait-il fait valoir, lors d’un point de presse à Chibougamau.

Interpellé mercredi dans le cadre des travaux de la Commission des transports et de l’environnement, le ministre de l’Environnement et des changements climatiques Benoit Charette a néanmoins réitéré qu’il a un « préjugé favorable » pour GNL Québec. « J’ai une vision qui est partagée par le gouvernement. C’est un projet qui a des mérites économiques et environnementaux manifestes », a-t-il fait valoir, tout en promettant une « décision éclairée » qui sera prise au terme de l’évaluation environnementale.

La réalisation d’Énergie Saguenay est réclamée par des acteurs économiques et des élus, notamment dans la région du Saguenay. Le projet soulève toutefois des enjeux environnementaux importants. Les émissions de gaz à effet de serre liées au complexe industriel atteindraient chaque année plus de huit millions de tonnes en sol canadien, soit l’équivalent de l’ajout de 3,4 millions de voitures sur les routes du pays. Celles-ci seraient principalement produites lors de l’extraction du gaz, qui se ferait principalement par fracturation.

Le gaz naturel liquéfié sera exporté à bord de navires méthaniers qui traverseront le seul parc marin du Québec, soit celui du Saguenay — Saint-Laurent. Selon les prévisions du promoteur, le projet impliquera au moins 320 passages chaque année. Ce volet soulève des questions sur la protection de mammifères marins menacés, dont le béluga.

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