Peu d’espoir pour une baleine à bosse empêtrée

Pêches et Océans Canada n’a pas pu localiser depuis le 2 août la baleine vraisemblablement empêtrée, en raison des mauvaises conditions météorologiques, selon le ministère.
Photo: René Roy Pêches et Océans Canada n’a pas pu localiser depuis le 2 août la baleine vraisemblablement empêtrée, en raison des mauvaises conditions météorologiques, selon le ministère.

Une baleine à bosse vraisemblablement empêtrée dans un engin de pêche dans le Saint-Laurent au cours des dernières semaines serait condamnée, a appris Le Devoir. Pêches et océans Canada (MPO) a tenté de « documenter » le cas, mais aucune intervention pour tenter de la libérer n’a été menée. Même si les cétacés font partie de l’image de marque de l’industrie touristique du Québec, il n’existe pas ici d’équipe en mesure de secourir les grands cétacés en détresse, contrairement aux Maritimes.

Selon les informations transmises au Devoir, le cas de cette baleine à bosse a d’abord été rapporté le 26 juillet au large de Port-Cartier. Mis au fait de la situation, MPO y a dépêché des agents « le lendemain » afin de « documenter le cas et confirmer la situation ». « Les agents ont patrouillé dans le secteur pendant quatre heures, sans réussir à relocaliser l’animal », a précisé le ministère, qui supervise les interventions dans le Saint-Laurent.

La baleine a de nouveau été vue le 2 août, cette fois au large de Matane. C’est un observateur chevronné des cétacés du Saint-Laurent et collaborateur de la Station de recherche des îles Mingan, René Roy, qui a filmé et photographié l’animal. Le même jour, il a rapporté le cas à MPO et au Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM).

« L’eau était très calme. J’étais sur le point de rentrer au quai quand j’ai vu cette baleine, qui avançait très lentement et qui était complètement immergée sur l’arrière. Elle était pratiquement à la verticale », a-t-il expliqué. Même s’il n’a pas pu voir le pédoncule et la nageoire caudale (la queue) de ce cétacé, M. Roy est catégorique : cette baleine traînait un engin de pêche.

« Le poids était suffisamment lourd pour caler la queue jusqu’au-dessus de la nageoire dorsale. Pour moi, il est évident que cette baleine traînait un lourd poids. »

À voir en vidéo, les images captées par René Roy

L’observateur qui a aperçu la baleine au large de Port-Cartier a rapporté la même chose à MPO et au RQUMM. Fondateur de la Station de recherche des îles Mingan et spécialiste des grands rorquals depuis plus de 40 ans, Richard Sears est lui aussi du même avis. Il rappelle d’ailleurs que ces animaux peuvent traîner une telle charge pendant plusieurs semaines, avant de mourir.

Aucune intervention

MPO n’a toutefois pas pu localiser cette baleine depuis le 2 août. Selon ce qu’a précisé le ministère, « les mauvaises conditions météorologiques n’ont pas permis aux équipes de recherche de sortir sur l’eau pendant plusieurs jours. L’animal n’a jamais été revu depuis. » L’équipement nécessaire pour mener une éventuelle opération de désempêtrement a toutefois été déplacé dans la région, assure MPO.

Le gouvernement fédéral a en effet injecté récemment des fonds afin que le Québec puisse mieux réagir lorsque des cétacés en difficulté sont observés dans le Saint-Laurent. Une « équipe » est également « en formation » afin de développer une expertise pour intervenir, mais uniquement « auprès des plus petits cétacés », comme, par exemple, les bélugas. Cela signifie que malgré les investissements prévus chaque année par Ottawa d’ici 2023, le Québec ne sera toujours pas en mesure d’intervenir directement afin de libérer une grande baleine empêtrée, comme la baleine à bosse ou le rorqual commun, deux espèces qui sont au cœur des activités d’observations de l’industrie des excursionnistes.

Si une intervention est autorisée par MPO, ce sont les équipes en place à Terre-Neuve ou au Nouveau-Brunswick qui sont alors appelées en renfort. Une situation dénoncée depuis plusieurs années par Richard Sears, qui estime que le Québec devrait se doter d’une telle équipe. Cela nécessiterait des fonds, souligne-t-il, mais aussi une formation adéquate pour intervenir auprès d’animaux aussi imposants qu’imprévisibles. En 2017, un intervenant très expérimenté a été tué par une baleine noire au large de la péninsule acadienne.

Coordonnateur du RQUMM, Robert Michaud estime que l’augmentation du nombre d’observations de baleines à bosse dans le Saint-Laurent « pourrait justifier » la mise en place d’une équipe québécoise d’intervention pour les grands cétacés. « Si un animal s’empêtre, nous avons le devoir d’intervenir, tout en assurant la sécurité des équipes. Mais il serait peut-être difficile de se doter d’une équipe bien formée ici et de maintenir l’expertise, puisque les cas sont rares. Pour le moment, nous nous appuyons sur les équipes du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve, qui ont une grande expérience de ce type de situation. »

Les cas sont effectivement peu fréquents dans la portion québécoise du Saint-Laurent, mais celui de cette baleine à bosse n’est pas le premier. Au fil des ans, des cas d’empêtrement ont été observés chez la baleine à bosse, le rorqual commun et le petit rorqual, notamment. Le cas le plus médiatisé a été celui de Capitaine Crochet, un rorqual commun bien connu dans le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent, qui s’était empêtré dans un casier de pêche au crabe des neiges. L’animal n’a jamais été revu.

Plusieurs cétacés portent aussi des cicatrices après s’être empêtrés dans des engins de pêche ou après avoir été heurtés par des bateaux. Encore récemment, un rorqual commun a été sévèrement mutilé dans le parc marin, comme le rapportait Le Devoir vendredi.

À voir en vidéo

5 commentaires
  • Mélissa Basora - Abonnée 17 août 2020 05 h 43

    Honteux!

    Combien de temps et de décès faudra-t-il pour que le Québec prenne ses responsabilités en matière de protection de la faune ? Je trouve honteux qu'on attire les touristes européens et américains pour observer ces cétacés que nous ne sommes même pas enclins à protéger dans leur propre milieu marin! Cet été, tous les montréalais étaient fascinés par le cas de cette baleine qui a remonté le fleuve jusqu'à Montréal, ils sont tous venus prendre des photos depuis le port et sitôt qu'on apprend qu'elle est morte des suites d'une collision avec un bateau, plus aucun intérêt (!) Dans l'article, on apprend qu'un autre cétacé est disparu dans la réserve marine du Saguenay (s'il est un endroit où ces cétacés devraient être protégés c'est bien là!!) eh bien non, disparu après s'être empêtré dans des casiers de pêche au crabe des neiges! Puis on en recense encore un autre plus récemment mutilé dans le parc marin même... Ces baleines étaient là bien avant nous et qu'elles meurent ainsi dans l'indifférence la plus complète me met en colère. Les frais pour mettre au point un plan de sauvetage m'apparaît une excuse. Montez une équipe interprovinciale ou même pancanadienne d'urgence pour tous les cétacés victimes des activités humaines et partagez les frais, quand on veut, on trouve les moyens de nos ambitions!

    • Marcel Vachon - Abonné 17 août 2020 08 h 44

      Bien d'accord Mélissa. Toutefois, pourquoi ne pas avoir une super bonne équipe de spécialistes bien équipée pour la totalité de la région maritime, au lieu d'avoir chacun, dans son petit secteur provincial, son équipe de sauveteurs? Les baleines n'ont pas d'appartenance provinciale. Si, empêtrée, une baleine change de région, l'équipe de sauveteurs doit délaisse son sauvetage pour qu'une autre équipe provinciale prenne la relève? C'est tellement ridicule.

  • Clément Fontaine - Abonné 17 août 2020 08 h 31

    Protection rime avec prévention

    Pour protéger les espèces de cétacés en voie de disparition dans le Saguenay, il faudrait avoir le courage de stopper tous les projets de développement industriel qui impliquent un accroissement du transport maritime lourd. Cesser de prendre notre seul fjord national pour un canal d'exportation de marchandises. Le pire exemple de projet à cet effet, faut-il le rappeler, est le complexe Énergie Saguenay de GNL Québec, qui prévoit 320 passages annuels de super méthaniers dans le Parc marin du Saguenay-St-Laurent, une zone dite de conservation ! Ce projet aberrant qui aurait dû être disqualifié dès le départ pour plusieurs autres bonnes raison environnementales est toujours à l'étude par nos deux paliers de gouvernement.

  • Martin Brideau - Abonné 17 août 2020 09 h 09

    Système de repérage

    S'il est impossible de taguer toutes les baleines pour mieux les suivre et les désempêtrer, peut-on au moins ajouter un gps (ou un quelconque système de repérage) aux équipements qui sont les plus susceptibles d'être dans leur chemin?

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 17 août 2020 14 h 53

    Il faut lire absolument...

    l'article de Alexandre Shields du 16 septembre 2013 ..."Capitaine Crochet, symbole de l'impact humain sur le milieu marin."
    Déjà près de 7 ans ont passé...et rien ne semble avoir bougé. Les mêmes personnes ...redisent encore les mêmes choses. Elles n'ont pas été
    entendues. Loin de là. En 2013, M Robert Michaud, spécialiste québécois des cétacés, revendiquait plus de moyens pour la protection, la sauvegarde et le sauvetage des rorquals, baleines, bélugas, etc etc du corridor maritime Saguenay-Saint-Laurent. Et +....

    Déjà, Gilles Théberge y allait d'un commentaire fort pertinent...sur les pétrolières. À lire aussi. "Les baleines? Ben voyons donc.!"

    lls étaient 2 à commenter...&?%$/" en 2013
    Aujourd'hui, à 14:43, nous sommes 5...
    Comme dirait l'autre...Misère !

    Où sont passées les 5 à 6 associations de protection écologiques et environnementales qui sévissaient il y a quelques mois.?
    ...On aimerait bien les "entendre" ! Au Devoir de les questionner. !