Le retard climatique du Québec serait pire que prévu

Déjà jugé majeur par le gouvernement Legault, le retard du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques serait pire que ce que les données provinciales laissent entendre. C’est ce qui se dégage de nouvelles données diffusées par la Régie de l’énergie du Canada, qui semblent démontrer que la province s’éloigne un peu plus du respect des objectifs de l’Accord de Paris.

Le plus récent bilan des émissions de gaz à effet de serre (GES) produit par le ministère de l’Environnement du Québec fait état d’émissions de 78,64 millions de tonnes (Mt) en 2017. Or, les chiffres publiés par la Régie de l’énergie du Canada établissent le bilan de 2018, qui n’a pas encore été publié par le gouvernement du Québec, à 82,55 Mt. Pour 2017, l’organisme fédéral chiffre les émissions à 80,42 Mt, en s’appuyant sur des données d’Environnement et Changement climatique Canada.

La différence entre le bilan 2017 de la Régie et le bilan du gouvernement du Québec s’élève donc à 1,78 million de tonnes de GES. Cela équivaut aux émissions moyennes annuelles de 741 666 voitures. L’écart entre le bilan 2018 de l’organisme fédéral et le plus récent disponible auprès du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) atteint pour sa part 3,91 Mt. Cela équivaut aux émissions annuelles de 1,6 million de voitures.

Retard accru

Dans ce contexte, les données publiées par Ottawa démontrent que la province est encore plus loin du respect de ses objectifs climatiques que ce qu’on croyait. Selon le plan du gouvernement Legault, on espère réduire les émissions de 37,5 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. Or, le plus récent bilan du MELCC faisait état d’un recul d’à peine 8,7 % en 2017. En prenant en compte les données fédérales, la situation est pire : la réduction pour 2017 atteignait 7,2 % en 2017, mais seulement 4,8 % en 2018.

En s’appuyant sur les données d’Ottawa, le respect de cette cible impliquerait de ramener les émissions annuelles de GES du Québec à environ 54,19 Mt en 2030. Puisque celles-ci atteignaient 82,55 Mt en 2018, la réduction nécessaire s’élève à 28,36 Mt, soit l’équivalent de 80 % des émissions du secteur des transports en 2018.

Le Québec est donc aussi un peu plus loin du respect des cibles de l’Accord de Paris, dont l’objectif le plus ambitieux est de limiter le réchauffement global à 1,5 °C. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le respect de cette limite nécessitera une réduction d’au moins 45 % des émissions de CO2 (le principal GES issu de l’activité humaine) d’ici 2030, par rapport au niveau de 2010.

Toujours en s’appuyant sur les chiffres publiés par les autorités fédérales, le respect de l’Accord de Paris signifierait de réduire les émissions de GES du Québec de façon à atteindre 43,5 Mt en 2030. Pour cela, il faudrait produire 39 Mt de GES de moins, sur une base annuelle, d’ici la fin de la décennie. Cela équivaudrait à éliminer complètement l’équivalent des émissions du secteur des transports, véritable poids lourd du bilan du Québec.

Pour le moment, on constate toutefois que les émissions de GES ont augmenté chaque année entre 2015 et 2018, à la lumière des informations diffusées sur le site de la Régie de l’énergie. Le secteur des transports représentait à lui seul 35,19 Mt de tonnes en 2018, soit près de 43 % du total des émissions de gaz à effet de serre imputables aux Québécois.

En entrevue au Devoir plus tôt cette année, le ministre de l’Environnement Benoit Charette a fermé la porte à l’idée de se donner une cible de réduction des GES qui soit en phase avec les recommandations du GIEC. Selon lui, un tel objectif est « irréaliste » et une transition aussi « radicale » serait très dommageable pour l’économie québécoise. « Il est impensable de dire qu’en neuf ans, on serait en mesure de faire près de quatre fois plus que ce qui a été fait en 30 ans. C’est catégorique. En neuf ans, ce n’est pas vrai qu’on peut changer toutes les technologies et mettre en place, de façon crédible, cette transformation. »

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12 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 13 août 2020 06 h 03

    Bientôt davantage de camions lourds sur les routes

    Le projet de terminal de conteneurs en préparation par le Port de Québec avec un conglomérat Chinois va jeter sur les routes québécoises des dizaines de milliers de camions lourds. Pas très bon pour l'asphalte ni pour les GES.

  • Bruno Detuncq - Abonné 13 août 2020 07 h 06

    Ne pas vouloir c’est ne pas pouvoir !

    Le ministre Charette déclare que ce n’est pas réaliste, mais il est encore plus irréaliste de continuer dans la voie actuelle. Pas de deuxième planète, pas de deuxième chance. Les constatations scientifiques concernant le climat ne sont pas des lubies, ce sont des analyses rigoureuses qui ne peuvent être balayées du revers de la main sous prétexte que l’économie telle qu’elle fonctionne actuellement doit être le critère unique par lequel toute décision doit être prise. Les générations futures n’auront pas le choix de la sobriété, mais actuellement on fait tout pour l’éviter. Le transport est le secteur le plus pénalisant en termes d’émissions de GES. L’électrification des transports est une partie de la solution pour le Québec, mais pas la seule. La sobriété de déplacement est l’autre approche. Trop de déplacement en voiture solo et trop de déplacements inutiles en gros véhicules. Il est considéré dans notre société que la possibilité de se déplacer partout, en tout moment et de la manière que l’on désire est un droit fondamental, ce qui est une aberration. On confond désir et nécessité. Appliquer une politique de bonus-malus aux véhicules les plus polluants serait une première étape à instaurer rapidement, ne plus développer de 3e lien à Québec, ou autres autoroutes ravageant le territoire, et mettre en place des transports collectifs électriques efficaces partout sur le territoire doit faire partie du programme politique du gouvernement.
    Bruno Detuncq, citoyen

    • Alexandre Lamarre - Abonné 13 août 2020 10 h 21

      Je suis tellement d'accord avec vous. Le problème, c'est que ça prend du courage politique. Un gouvernement qui augmenterait les taxes sur les grosses cylindrées et qui augmenteraient les prix de l'essence devrait fair face à une guerre de la part des électeurs du 450 et de la ville de Québec. La majorité des citoyens sont pour l'environnement du moment que cela n'affecte pas leur porte-feuille. Les Québecois sont très hypocrites là-dessus. Tout ce que l'on peut esperer, c'est que Tesla produise un jour des VUS et des pick-ups électriques abordable. L'autre chose à faire est d'imposer des normes sévères en construction pour des maisons bien isolées et aussi imposer une l'utilisation exclusive du chauffage électrique (thermopompe, géothermie idéalement, les plinthes électriques étant moins efficaces énergétiquement). Pour les anciennes habitations on pourrait aider les gens avec une subvention pour la transition.

    • Marc Pelletier - Abonné 13 août 2020 11 h 46

      S'il me l'était permis, je co-signerais volontier votre commentaire M. Bruno Detuncq.

  • Clément Fontaine - Abonné 13 août 2020 08 h 27

    Certains vont encore vous traiter d'alarmiste, M. Shield

    Parions qu'il se trouvera une fois de plus des éconoanxieux parmi les lecteurs de ce journal pour cautionner l'inaction des caquistes en environnement sous prétexte que la production de GES du Québec et même du Canada tout entier est si minime qu'elle a un impact négligeable en matière de changements climatiques à l'échelle mondiale. Et comme les plus gros émetteurs comme les États-Unis et la Chine ne font pas leur part, nous nous autoflagellerions inutilement en haussant nos propres cibles de réduction.

    N'importe quoi pour ne pas remettre en question leurs douillettes habitudes de surconsommation.

    • Patrick Boulanger - Abonné 13 août 2020 10 h 57

      « N'importe quoi pour ne pas remettre en question leurs douillettes habitudes de surconsommation. »?

      Pour certains d'entre eux c'est peut-être davantage cela : n'importe quoi pour éviter de déloger le gouvernement nationaliste de M. Legault.

    • Marc Pelletier - Abonné 13 août 2020 11 h 48

      En effet M. Fontaine, j'entends déjà leur refrain habituel !

  • François Beaulne - Abonné 13 août 2020 09 h 43

    Qui dit vrai

    Monsieur Shields, dont je respecte et apprécie les textes bien fouillés que publie Le Devoir, dont celui-ci, attire notre attention sur la différence entre le bilan 2017 de la Régie de l'Énergie du Canada et le bilan du gouvernement du Québec quant aux émissions de GES (Gaz à effet de serre) produits par le Québec, différence de 1.78 millions de tonnes qui. empêcherait le Québec d'atteindre les cibles de réduction des GES fixées par l'Accord de Paris sur la lutte aux changements climatiques. Soit, en principe c'est.décevant.

    Ce constat soulève au moins deux questionnements:
    1)Qu'est ce qui explique cette différence d'évaluation?
    Poser la question ainsi c'est laisser croire que le Québec tire la patte en matière de responsabilité environnementale par rapport au reste du Canada. Ce qui est faux.

    2)De la même manière qu'une lutte efficace au réchauffement de la planète passe incontrounablement par un effort collectif et coordonné des principaux pays producteurs de GES, ce qui n'est pas le cas présentement malgré les appels répétés en ce sens de l'ONU, l'atteinte des objectifs de l'Accord de Paris par le Canada doit passer par une action coordonnée des intervenants de l'espace canadien. Or, tel n'est pas non plus le cas. Au contraire.
    Le fédéral, dont le gouvernement Trudeau qui a signé au nom de toutes les provinces canadiennes l'Accord de Paris, en se fixant les mêmes objectifs insuffisants que le précédent gouvernement Harper, est loin de prêcher par l'exemple: achat et mise en chantier du pipeline Trans-Mountain, octroi de permis de forages au large de Terre-Neuve sans études environnementales, subventions massives à l'industrie pétrolière des sables bitumineux. Quant aux province de l'Ouest, dont l'Alberta, et l'Ontario, on ne peut pas dire qu'elles prêchent par l'exemple.
    Conclusion: Avant de pointer du doigt le Québec il faudrait nous présenter un portait global comparatif de l'effort canadien. Ce serait plus indicatif, révélateur, utile et objectif.

  • Patrick Boulanger - Abonné 13 août 2020 10 h 52

    Que faire?

    Je l'ignore. J'ai toutefois des suggestions :

    1 - Mettre au pouvoir des partis politique qui ont à coeur la protection de l'environnement (être vigilent puisque même le parti politique de Maxime Bernier se prétendait vert lors des dernières élections fédérales...) et se méfier de ceux qui prétendent pouvoir harmoniser la protection de l'environnement et la croissance économique. En politique - comme dans la vie en général - les gestes parlent plus que les paroles et il faut éviter de se faire endormir par ceux qui possèdent un piètre bilan environnemental, mais qui se présentent tout de même devant l'électorat comme des écologiques.

    2 - Mettre de la pression sur nos élus (ex. : manifestations; militantisme vert au sein des partis politiques; soutenir financièrement un groupe de pression écologique; tenter de sensibiliser les électeurs en essayant d'être publié dans les journaux; etc.).

    3 - Prêcher par l'exemple (ex. : utiliser le transport actif; utiliser le transport en commun; utiliser Amigo express que l'on soit conducteur ou usager; conduire une voiture électrique; éviter d'être seul dans son véhicule quand c'est possible; etc.).

    4 - Sensibiliser son entourage à la question (ex. : conjoitE; amis; famille; collègues de travail; etc.).