Le confinement aura un effet de courte durée sur le climat, selon une étude

Les conséquences des mesures de confinement à long terme sur le climat serait négligeable puisqu’elles n’engendreront qu’un rafraîchissement de 0,01 °C en 2030.
Photo: Loïc Venance Agence France-Presse Les conséquences des mesures de confinement à long terme sur le climat serait négligeable puisqu’elles n’engendreront qu’un rafraîchissement de 0,01 °C en 2030.

Les mesures de confinement qui ont été imposées à travers le monde pour limiter la transmission de la COVID-19 et ralentir la pandémie ont entraîné une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques durant les mois de février à juin. Une équipe de la University of Leeds, au Royaume-Uni, a pour sa part calculé que ces diminutions ponctuelles n’auront eu qu’un effet de courte durée. Leur impact à long terme sur le climat serait négligeable puisqu’elles n’engendreront qu’un rafraîchissement de 0,01 °C en 2030. Dans l’article qu’ils publient dans Nature Climate Change, les auteurs insistent sur l’importance d’opter pour une relance économique plus verte si l’on veut respecter l’Accord de Paris.

Étant donné que les autorités de nombreux pays ont imposé des restrictions sur les voyages et les déplacements dans le but de ralentir la propagation de la COVID-19, les chercheurs britanniques ont utilisé les données sur la mobilité des populations de 123 pays — qui sont responsables de plus de 99 % des émissions globales de CO2 — pour estimer les diminutions des émissions des gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques durant les mois les plus critiques de la pandémie. L’analyse de ces données indique que les émissions de CO2 (issu de combustibles fossiles) et de différents oxydes d’azote ont diminué de 30 % en avril dernier, et que ce déclin contribuerait à un rafraîchissement de 0,01 °C entre 2020 et 2025. Par contre, la réduction de 20 % du dioxyde de soufre (SO2), un polluant atmosphérique de courte durée de vie qui, comme la plupart des aérosols, empêche le rayonnement solaire d’atteindre la terre et ainsi contribue à la refroidir, entraînerait pour sa part un léger réchauffement à court terme.

Compte tenu de ces différentes données, et tenant pour acquis que la réduction des émissions se maintiendra à 66 % de ce qu’elle était en juin dernier, et ce, jusqu’à la fin de l’année 2021, en raison de la distanciation sociale qui sera encore nécessaire, les chercheurs prédisent que, si les émissions reviennent ensuite à la même intensité qu’avant la pandémie, le climat connaîtra un très léger rafraîchissement d’environ 0,01 °C par rapport à ce qu’il en aurait été sans les restrictions imposées par la pandémie.

Une relance économique verte aura, quant à elle, des effets à plus long terme

Les auteurs de l’étude estiment que si la reprise économique maintient les niveaux d’investissement ayant cours durant les années 2020-2021 et que les pays reviennent à la même consommation d’énergie fossile, il va de soi que le réchauffement de la planète excédera, en 2050, le 1,5 °C (au-dessus des températures de l’ère pré-industrielle) que les pays ayant signé l’Accord de Paris s’étaient engagés à ne pas dépasser.

Selon les chercheurs, l’ensemble de ces « résultats soulignent le fait que, sans l’adoption d’une économie engagée dans la “décarbonisation” et de profonds changements de nos comportements, nous ne parviendrons qu’à de modestes réductions du taux de réchauffement. Par contre, en optant pour « une forte relance verte » de l’économie et de nos activités, il serait possible d’atteindre l’objectif de l’Accord de Paris.

« Il y a eu en effet une baisse importante des émissions de divers polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre, mais cette baisse n’est que temporaire. Il faut bien faire la distinction entre le stock des gaz à effet de serre et la réduction temporaire du flux. Ce qui importe le plus pour le climat est la quantité de gaz à effet de serre qui se retrouve dans l’atmosphère. Imaginons une baignoire qui s’est remplie pendant des décennies. Même si on réduit un peu le débit du robinet pendant quelque temps, comme la baignoire est remplie, ce ne sera pas suffisant pour éviter qu’elle ne déborde. C’est pour cette raison que l’effet de la réduction des émissions pendant la pandémie sera négligeable », explique Jean-Frédéric Morin, professeur de sciences politiques à l’Université Laval.

« Une relance économique verte aura, quant à elle, des effets à plus long terme. À partir du moment où on abandonne l’énergie fossile et qu’on adopte les énergies renouvelables, ça donnera le temps à la planète de reprendre son souffle, car le carbone de l’atmosphère n’est réabsorbé que lentement », rappelle-t-il.

« Une relance verte ne sera toutefois pas facile, car plusieurs études montrent que face à une crise économique et un taux de chômage élevé, il est plus difficile pour un gouvernement de mettre en place des politiques environnementales audacieuses. Mais pour y parvenir, les gouvernements devraient bien mettre en évidence que l’environnement et la santé publique sont étroitement liés l’un à l’autre. Selon l’Organisation mondiale de la santé [OMS], on prévoit que les changements climatiques entraîneront la mort de 250 000 personnes par année, à partir de 2030. La pollution atmosphérique provoque 7 millions de décès par année », souligne-t-il.

« La relance économique est une opportunité unique d’agir pour les prochaines générations. Et il existe plusieurs politiques qui ont à la fois un effet multiplicateur sur l’économie et des effets positifs sur l’environnement », fait-il valoir.

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1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 7 août 2020 11 h 19

    Le piège de l'énergie renouvelable

    « À partir du moment où on abandonne l’énergie fossile et qu’on adopte les énergies renouvelables, ça donnera le temps à la planète de reprendre son souffle, »

    Et si cette notion d'énergies renouvelables était parmi les pires pièges du credo de l'économie verte ?

    Dit de façon très simplifiée, s'il y a réchauffement climatique, c'est qu'on a rompu l'équilibre entre l'énergie reçue du soleil par la terre et celle retournée vers l'espace par la terre. Les échanges de chaleur se font sur divers cycles, le plus perceptible étant pour nous le cycle quotidien. Le jour, la terre reçoit l'énergie solaire (par rayonnement) et l'entrepose sous forme de chaleur. La nuit, elle retourne cette énergie vers l'espace (par rayonnement, mais à des longueurs d'onde différentes).

    Certains gaz dans la troposphère sont plutôt transparents au rayonnement solaire. Ces mêmes gaz par contre retiennent dans cette troposphère une partie du rayonnement terrestre, ralentissant le refroidissement nocturne. Sans eux, les nuits seraient beaucoup plus froides. En augmentant la concentration de ces gaz, on s'expose à un excédent d'énergie, sous forme de chaleur. Cette chaleur excédentaire sera stockée dans la troposphère, ce qui sur un cycle de quelques années. D'où le réchauffement probable.

    L'activité humaine telle qu'on la connaît participe de plus en plus au bilan thermique. Il émet de plus en plus de GES et, on néglige de le dire, il capte et transforme de plus en plus d'énergie. La transformation de l'énergie par les activités humaines se traduit soit en travail, soit en chaleur, ce dernier étant de loin le plus important.

    Et c'est ici qu'est le piège : en croyant aux énergies renouvelables, l'homme sera porté non pas à réduire sa consommation (en grande partie inutile) d'énergie, mais à l'augmenter (la notion d'abondance est souvent à la source du gaspillage). Capter plus d'énergie amène à produire plus de chaleur. Dans quelle proportion ? On fait silence à une telle question.