Des aires protégées bénéfiques pour la santé, révèle un rapport

Le Québec s’est engagé, en 2010, à protéger 10% de ses milieux marins et 17% des milieux terrestres d’ici la fin de 2020. Sur la photo, le Parc national du Fjord du- Saguenay.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le Québec s’est engagé, en 2010, à protéger 10% de ses milieux marins et 17% des milieux terrestres d’ici la fin de 2020. Sur la photo, le Parc national du Fjord du- Saguenay.

Le Québec aurait tout à gagner à bonifier son réseau d’aires protégées, puisque ces territoires naturels ont des répercussions positives en matière de santé publique. C’est ce que conclut un nouveau rapport publié mardi par le regroupement « La Planète s’invite en santé ». Mais pour le moment, la province est toujours en retard sur ses engagements en matière de préservation des milieux naturels terrestres et marins.

Réduction de l’obésité et de l’hypertension, lutte contre diverses maladies chroniques, dont le diabète et les maladies coronariennes, assainissement de l’air et de l’eau… Au moment où les Québécois sont plus nombreux que jamais à passer leurs vacances estivales en profitant de la nature, le rapport piloté par des professionnels du milieu de la santé, et qui s’appuie sur de nombreuses études, démontre que les effets positifs des aires protégées sur la santé des populations sont multiples.

« Les bienfaits sur la santé mentale et le bien-être sont aussi significatifs, notamment en ce qui a trait à la réduction de l’anxiété, de la dépression et de l’irritabilité », précise le document, intitulé « Des aires protégées essentielles pour la santé ». Les bénéfices pour la santé mentale sont à la fois directs, « lors de l’exposition aux aires protégées », et indirects, « par le biais notamment d’activités se produisant dans les aires protégées », comme la randonnée ou le camping.

« Durant une crise anxiogène comme celle que nous avons vécue, on remarque que les gens ressentent un fort besoin de se retrouver en nature. Donner un meilleur accès à la nature grâce aux aires protégées est une mesure de santé publique qui nous permettra de renforcer notre résilience », ajoute la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard.

La protection du territoire est également un moyen de lutter contre les bouleversements climatiques. « Or, il a déjà été démontré dans le cadre de nombreuses recherches que l’effet des changements climatiques sur la santé des Québécoises et des Québécois risque d’être majeur », souligne le rapport, en mentionnant la hausse attendue du nombre de canicules, de feux de forêts et d’inondations.

Prévention

Pour la Dre Sarah Bergeron, spécialiste en médecine familiale et responsable du rapport piloté par La Planète s’invite en santé, le fait de mieux protéger les milieux naturels revient donc à investir en « prévention », ce qui a aussi pour effet de réduire les coûts pour le système de santé.

« La santé est un poste de dépenses important pour le gouvernement québécois. L’augmentation de la superficie des aires protégées pourrait permettre de réduire les coûts en raison de co-bénéfices sur la santé », résume Mme Bergeron. « Le gouvernement du Québec a donc tout intérêt à augmenter la superficie d’aires protégées sur son territoire en raison des nombreux bénéfices humains associés. »

Le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud, souligne toutefois qu’il est primordial que la population puisse avoir un meilleur accès aux territoires protégés, ce qui impliquerait notamment de préserver davantage de milieux naturels situés dans le sud du Québec.

M. Branchaud cite en exemple sept territoires du Bas-Saint-Laurent qui ont été identifiés dès 2013 pour la création d’aires protégées, à la suite d’une consultation régionale. « Ces territoires totalisent 700 km2. Et si les aires protégées ont d’abord une vocation de préservation, ce n’est habituellement pas incompatible avec l’accès au territoire. Ce serait donc une belle occasion pour augmenter l’offre de nature aux Québécois », souligne-t-il.

Or, le gouvernement n’a toujours pas instauré de mesures de protection pour ces milieux naturels, puisque des entreprises y détiennent depuis plusieurs années des permis d’exploration pétrolière et gazière. Une situation qui pourrait se reproduire dans plusieurs régions, puisqu’on compte 45 846 km2 de permis d’exploration sur le territoire québécois (256 permis), selon les données du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. Uniquement au Bas-Saint-Laurent, on recense 8509 km2 de permis, mais il en existe aussi en Gaspésie et dans les basses terres du Saint-Laurent.

Retard provincial

Le Québec accuse par ailleurs un retard important en matière de protection des milieux naturels terrestres et marins. En vertu de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies, le Québec s’est engagé en 2010 à protéger 10 % de ses milieux marins et 17 % des milieux terrestres d’ici la fin de 2020. Ce taux atteint actuellement 1,9 % pour les milieux marins et 10,7 % pour les milieux naturels terrestres.

Dans le cas des milieux marins, des projets de protection identifiés dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent pourraient toutefois voir le jour au cours des prochains mois, selon ce que révélait récemment Le Devoir. Ils ajouteraient 12 000 km2 de territoires protégés. Dans le cas des milieux terrestres, plusieurs projets sont aussi sur la table, mais certains sont bloqués par la présence de permis d’exploration pétrolière et gazière, ou encore de titres miniers.

Le gouvernement Legault pense pouvoir parvenir à respecter les engagements pris par le Québec. « Nous continuons de mettre les bouchées doubles afin de rattraper le retard des libéraux et atteindre nos cibles de protection du territoire », a indiqué le cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, par courriel.

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