Le lobby pétrolier canadien réclame un soutien du gouvernement Legault

Le lobby pétrolier et gazier estime que les énergies fossiles sont cruciales pour la relance économique.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Le lobby pétrolier et gazier estime que les énergies fossiles sont cruciales pour la relance économique.

Le plus important lobby pétrolier et gazier au Canada vient de lancer des démarches afin de convaincre le gouvernement Legault de prendre des mesures pour « soutenir » la relance de l’industrie des énergies fossiles dans le contexte de sortie de la crise de la COVID-19, a constaté Le Devoir. Le projet GNL Québec est d’ailleurs cité en exemple par l’organisation, qui représente les principaux producteurs de l’Ouest du pays.

Déjà très active auprès du gouvernement fédéral depuis le début de la pandémie, l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) a inscrit, en date du 26 mai, un mandat de lobbying au registre québécois des lobbyistes. Les démarches des trois lobbyistes inscrits, dont le président de l’ACPP, Tim McMillan, ciblent directement le cabinet du premier ministre François Legault.

Selon ce qu’on peut lire dans leur « mandat » valide jusqu’en avril 2021, l’organisme prévoit des « communications » qui doivent porter sur « l’impact de la pandémie de la COVID-19 sur l’industrie du pétrole et du gaz naturel en amont (production et transport) […] ». Il faut dire que l’ACPP représente les entreprises qui produisent 80 % du pétrole et du gaz naturel au Canada.

L’objectif de leur nouveau mandat de lobbying est de « susciter de la part du gouvernement du Québec la prise d’orientations en faveur des mesures adoptées par le gouvernement fédéral visant à soutenir la reprise du secteur canadien de l’énergie », peut-on également lire dans la description du mandat.

L’ACPP plaide ainsi pour un appui à une « révision du calendrier des modifications réglementaires », et notamment concernant la « norme sur les combustibles propres ». Cette norme, qui « couvrira tous les combustibles fossiles utilisés au Canada » et doit permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre, entrera en vigueur en 2022. Mais l’ACPP a plaidé dès le mois de mars pour un report à 2025 de la norme sur les carburants liquides. L’organisation fait valoir que cette norme imposera des « coûts significatifs » pour l’industrie, mais aussi que les « consultations » ne pourront être menées de façon efficace.

Dans son mandat de lobbying au Québec, l’ACPP évoque aussi les « programmes offrant des liquidités additionnelles pour les entreprises du secteur », une idée déjà mise de l’avant en mai dans par le gouvernement Trudeau pour soutenir différents types de grandes entreprises.

Appui à GNL Québec

Tout en réaffirmant l’importance du secteur des énergies fossiles « pour la reprise économique post-COVID-19 du Québec », l’organisation albertaine cite en exemple le projet Énergie Saguenay, de GNL Québec, « qui permettrait de créer près de 6000 emplois directs et indirects dans sa phase de développement, ainsi que 1100 emplois directs et indirects une fois en exploitation ».

L’ACPP a d’ailleurs également une lobbyiste-conseil inscrite au registre depuis le début du mois de mai. Son mandat comprend des démarches afin de sensibiliser les élus à « l’importance économique de l’industrie canadienne du pétrole au Québec et à la continuité de cette industrie afin de s’assurer que les orientations du gouvernement quant au portefeuille énergétique du Québec en tiennent compte ».

Son mandat évoque aussi « un appui » au projet de l’entreprise Gazoduq, qui doit acheminer par gazoduc le gaz naturel albertain jusqu’à la future usine Énergie Saguenay, de GNL Québec. Ce travail de lobbying s’ajoute à celui des lobbyistes inscrits par les entreprises Gazoduq et de GNL Québec, qui réclament notamment un « soutien financier » du gouvernement Legault. On en comptait un total de 27 ce mardi au registre québécois.

Pétrole et environnement

« Il est important que le Québec, le gouvernement fédéral et les autres provinces et territoires travaillent ensemble à la reprise économique du pays de façon notamment à encourager le retour des investissements au Canada au sortir de la pandémie de la COVID-19 », a fait valoir mardi la vice-présidente des relations gouvernementales à l’ACPP, Shannon Joseph, dans une réponse écrite au Devoir.

Elle a aussi rappelé d’autres demandes de l’ACPP dans le contexte de la crise actuelle, dont un soutien des gouvernements du pays dans le but de démontrer que les investissements dans le secteur pétrolier et gazier sont là pour durer, mais aussi des mesures pour faciliter la relance des projets d’exploration, d’exploitation et de transport.

Plusieurs projets de l’industrie ont souffert des impacts du ralentissement temporaire de la demande pétrolière et gazière, en raison du coup de frein à l’économie mondiale. Mais l’ACPP anticipe toutefois une croissance de la production pétrolière jusqu’en 2035.

Cette organisation de l’industrie, qui regroupe des entreprises comme BP, ExxonMobil, Suncor et Shell, compte aussi des entreprises qui détiennent des permis d’exploration pétrolière et gazière au Québec. Questerre Energy, qui poursuit le gouvernement du Québec pour faire annuler les interdictions de fracturation dans la vallée du Saint-Laurent, fait partie des membres de l’ACPP.

Appelé à réagir aux démarches de l’ACPP, le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, a invité le gouvernement Legault à ne pas acquiescer aux demandes de l’ACPP. « Le gouvernement Legault doit servir la population et non le lobby pétrolier et gazier qui tente d’utiliser la pandémie pour obtenir des milliards, affaiblir la protection de l’environnement et torpiller la lutte contre les changements climatiques. Le fait que la liste de demandes des lobbyistes des énergies fossiles date de bien avant la COVID-19, démontre que la pandémie n’est pour eux qu’un prétexte pour parvenir à leurs fins. »

Le cabinet du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, n’avait pas répondu à nos questions au moment de mettre ce texte en ligne. Une réponse a été promise pour mercredi. Dans le contexte de la relance économique, le gouvernement Legault ne ferme pas la porte à un soutien pour le projet de GNL Québec, conçu pour exporter du gaz naturel albertain.

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