Une baisse historique des émissions de GES prévue pour 2020

Après la baisse de cette année, les émissions de gaz à effet de serre devraient augmenter, notamment en raison de la reprise dans le secteur pétrolier.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Après la baisse de cette année, les émissions de gaz à effet de serre devraient augmenter, notamment en raison de la reprise dans le secteur pétrolier.

L’année 2020 devrait être marquée par une baisse historique des émissions mondiales de gaz à effet de serre, conclut une analyse scientifique publiée mardi. Mais celle-ci risque d’avoir peu d’incidence sur la crise climatique. Ce sont plutôt les plans de relance des gouvernements qui donneront la mesure de ce qui nous attend pour les prochaines décennies, insistent les chercheurs.

Selon des données préliminaires compilées dans le cadre d’une étude parue dans Nature Climate Change, les mesures de confinement, la fermeture des frontières et l’arrêt de nombreuses activités économiques ont mené à une baisse de 17 % des émissions mondiales quotidiennes de CO2 au début du mois d’avril, par rapport à leur niveau de 2019.

Sans être aussi marquée, la tendance pour l’année 2020 nous conduit vers une baisse d’au moins 4 % des émissions de CO2, à supposer que l’activité économique reparte normalement en juin. Mais dans le cas plus probable où des restrictions sont maintenues pour le restant de l’année, la baisse globale attendue est de 7 %.

Cette baisse, provoquée par un coup de frein abrupt de l’activité économique mondiale qui conduira à une crise majeure, contraste avec les années précédentes. Selon ce qu’on peut lire dans cette étude internationale, les émissions mondiales ont augmenté chaque année de 1 % au cours de la dernière décennie.

17%
C’est la baisse des émissions mondiales quotidiennes de CO2 au début du mois d’avril causée par la mise sur pause de l’économie.

Or, pour respecter les engagements les plus ambitieux pris dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) devraient plutôt diminuer chaque année de 7,6 % entre 2020 et 2030. En clair, les émissions devraient reculer chaque année au moins du même taux que celui anticipé en 2020.

Rebond des GES ?

Les chercheurs rappellent toutefois que lors de la crise de 2008-2009, le « déclin » de 1,4 % des émissions constaté en 2009 a été « suivi immédiatement » par un rebond, et donc une hausse des émissions de 5,1 % en 2010, soit au-dessus de la moyenne des années qui avaient précédé la crise. « Les émissions sont rapidement revenues sur leur trajectoire précédente, pratiquement comme si la crise n’avait jamais existé », écrivent-ils.

La réduction de la consommation d’énergie — 80 % de la demande mondiale est comblée par des énergies fossiles — et la réduction des émissions de GES qui en découle risquent en effet d’être de courte durée, soulignent depuis déjà quelques semaines les scientifiques qui étudient la crise climatique. « Ces chutes seront probablement temporaires, car elles ne reflètent pas des changements structurels dans les systèmes économiques, de transports ou énergétiques », a résumé mardi Corinne Le Quéré, auteure principale de l’étude et professeure à l’Université britannique d’East Anglia, citée par l’Agence France-Presse.

La baisse des émissions mondiales prévue en 2020 ne devrait donc pas influencer durablement l’ampleur de la crise climatique qui menace l’humanité, puisque cela ne changera rien à l’accumulation continue des gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre. Pour le moment, on se dirige d’ailleurs vers des années de chaleurs record pour la prochaine décennie, prévenait en avril l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.

Quelle relance ?

Ce sont donc les plans de relance qui seront déterminants pour la suite des choses. « Les actions des gouvernements et les incitatifs économiques post-crise influenceront la tendance globale des émissions de CO2 pour des décennies », insistent les auteurs de l’étude publiée dans Nature Climate Change.

Des scientifiques et des groupes écologistes réclament d’ailleurs une accélération de la transition énergétique, dans le contexte de la relance économique mondiale. Mais les coûteux plans de relance à travers le monde n’envoient pas que des signaux positifs sur la construction de l’économie « verte » réclamée par certains.

« Il y a un fort risque qu’une vision à court terme conduise les gouvernements à perdre de vue une perspective plus vaste et mettre de l’argent dans des secteurs très polluants, qui n’ont pas leur place dans une société zéro carbone », insistait mardi Joeri Rogelj, de l’Imperial College de Londres, cité par l’Agence France-Presse.

Le mois dernier, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, plaidait donc pour une reconstruction « plus durable ». Selon ce qu’il fait valoir, cette « relance verte » serait d’ailleurs bénéfique pour l’économie mondiale.

M. Guterres a ainsi proposé six « actions » aux gouvernements, dont des investissements publics accélérés dans la « décarbonisation » de l’économie, la fin des subventions aux énergies fossiles, l’imposition d’un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, le rejet de plans de sauvetage pour les industries polluantes et la prise en compte des « risques climatiques » dans les investissements, notamment pour les infrastructures.

 

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