Découverte d’une concentration record de pollution plastique dans les fonds marins

<p>Les scientifiques ont découvert une concentration record de 1,9 million de particules de microplastique dans le fond de la mer Méditerranée.</p>
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Les scientifiques ont découvert une concentration record de 1,9 million de particules de microplastique dans le fond de la mer Méditerranée.

Des chercheurs ont découvert une concentration record de particules de plastique dans les fonds marins. Ils ont recensé près de deux millions de ces minuscules débris dans un seul mètre carré de sédiments de la mer Méditerranée.

Dans le cadre d’une étude dont les résultats viennent d’être publiés dans le magazine Science, des chercheurs européens ont analysé les impacts des courants marins sur la circulation des particules de plastique qui se retrouvent éventuellement dans les sédiments des milieux marins.

Ils ont ainsi découvert que ces courants des profondeurs des mers et des océans concentrent le microplastique à certains endroits, ce qui a pour effet de créer des zones de forte accumulation qui seraient l’équivalent des « continents de plastique », mais dans les fonds marins, et dans des zones plus restreintes.

En analysant des sédiments marins récoltés en mer Méditerranée et les courants sous-marins qui prédominent dans les profondeurs, entre les côtes de la Corse et de l’Italie, les scientifiques ont ainsi découvert une concentration record de 1,9 million de particules de microplastique.

Ces particules, drainées vers les mers et les océans à partir des milieux terrestres que nous habitons, mais aussi des fleuves, sont en bonne partie constituées de fibres provenant des vêtements, qui ne sont habituellement pas traités par les systèmes de traitements des eaux usées des villes.

Pollution omniprésente

Les chercheurs soulignent aussi que les microparticules de plastique sont transportées et concentrées par les mêmes courants qui transportent l’oxygène et les nutriments jusqu’à des zones de concentration d’organismes marins vivant près du fond. Les zones de fortes concentrations de microplastique sont donc aussi probablement des zones où on retrouve une importante vie sous-marine.

« Le plastique est devenu un nouveau type de particule de sédiment qui se mélange au sable et aux nutriments », illustre Florian Pohl, de l’Université Durham, spécialiste des fonds marins et coauteur de l’étude. « Les résultats de notre étude mettent en lumière le besoin de politiques afin de limiter les apports futurs de plastique dans les environnements naturels, et ainsi minimiser les impacts sur les écosystèmes marins », ajoute le chercheur Mike Clare, du National Oceanography Centre de Grande-Bretagne.

À l’heure actuelle, précise l’étude publiée dans Science, « plus de 10 millions de tonnes de plastique » sont déversées « chaque année » dans les océans. Selon les données du Programme des Nations unies pour l’environnement, cette matière très peu dégradable constituerait plus de 80 % des débris qu’on retrouve dans ces vastes étendues d’eau. La grande majorité provient de la terre ferme et est transportée au gré des bassins-versants.

Pollution des profondeurs

Les chercheurs universitaires britanniques, français et allemands qui ont mené cette nouvelle étude rappellent que la pollution plastique dans les océans est surtout connue en raison des zones de concentration de débris, comme par exemple le « continent de plastique » du Pacifique Nord, qui s’étend sur 1,6 million de kilomètres carrés et auquel le projet Ocean Cleanup souhaite s’attaquer. Il existe huit de ces « continents » dans le monde, des concentrations de polluants qui nuisent à la faune marine.

Or, ce type de pollution accumulée en surface constituerait à peine 1 % de tout le plastique qu’on retrouve dans les océans de la planète. Les 99 % restants, qui comprennent de petites particules de plastique dégradé, ou encore du plastique provenant de tissus de vêtements, se retrouvent plus en profondeur. Et ces particules peuvent être ingérées par des organismes marins, qui les confondent avec leur nourriture.

Plastique dans le Saint-Laurent

Le Québec n’est pas épargné par cette contamination. Selon une étude menée par des chercheurs de l’Université McGill sur le tronçon du Saint-Laurent entre Montréal et Québec, le fleuve serait parmi les pires cours d’eau de la planète en matière de pollution par les microplastiques, avec des concentrations pouvant atteindre plusieurs centaines de particules pour chaque kilogramme de sédiments.

Malgré les récents appels en faveur d’une réduction de notre utilisation du plastique, la production mondiale est toujours en hausse. L’humanité produit plus de 300 millions de tonnes de plastique. Et à l’heure actuelle, on estime que plus de 150 millions de tonnes se trouveraient déjà dans les océans de la planète, un chiffre qui devrait doubler d’ici 2050.

Une étude australienne publiée la semaine dernière démontre aussi qu’aucune région du globe n’est épargnée par cette pollution, puisque des analyses de glaces en Antarctique ont permis d’y découvrir la présence de 14 types de microparticules de plastique. Des microparticules de plastique ont également été retrouvées dans les glaces de l’Arctique, ainsi que dans des fosses océaniques, dont celle des Mariannes, à plus de 10 900 mètres de profondeur.

« L’omniprésence du plastique à usage unique, même dans les plus grandes profondeurs de l’océan, est un lien évident entre les activités humaines quotidiennes et les environnements les plus inaccessibles », avait alors déploré le Programme des Nations unies pour l’environnement.