Chute des ventes de pesticides au Québec en 2018

Pour la première fois en 2018, l’achat de certains pesticides à risque devait faire l’objet d’une prescription agronomique.
Photo: iStock Pour la première fois en 2018, l’achat de certains pesticides à risque devait faire l’objet d’une prescription agronomique.

Les ventes de pesticides ont fortement reculé dans le milieu agricole québécois en 2018, selon un rapport récent du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). En excluant les semences enrobées, la masse totale d’ingrédients actifs écoulés par les vendeurs enregistrés a diminué de 33 % par rapport aux cinq années précédentes.

Les ventes de pesticides dans le milieu agricole ont ainsi connu, selon les auteurs du rapport publié il y a quelques semaines, une chute « jamais observée auparavant ». Ces ventes s’élevaient en 2018 à 2433 tonnes, soit 927 tonnes de moins que l’année précédente. Cette diminution serait en bonne partie causée par la chute marquée (environ 500 tonnes) des ventes de glyphosate, un herbicide dont l’utilisation est décriée par les écologistes. On note dans le document que les principaux produits de remplacement du glyphosate et de l’atrazine, un autre herbicide contesté, ont eux aussi connu des ventes réduites en 2018.

Pour la première fois en 2018, l’achat de certains pesticides à risque devait faire l’objet d’une prescription agronomique. C’était le cas dès le 8 mars pour l’atrazine. Les ventes de cet herbicide diminuaient depuis des décennies au Québec, mais la nouvelle réglementation semble avoir accéléré sa disparition. On enregistre la vente de seulement 57 tonnes d’atrazine en 2018, soit près de 60 % moins que l’année précédente.

De plus, à partir du 8 septembre de cette même année, les semences enrobées de néonicotinoïdes devaient elles aussi faire l’objet d’une prescription agronomique. Pour celles-ci, l’effet de cette règle sur les ventes en 2018 est minime, puisque les agriculteurs achètent généralement leurs semences au printemps. Par ailleurs, le bilan de 2018 était le premier à en consigner les ventes : de septembre à décembre, des semences enrobées de 2,9 tonnes d’ingrédients actifs ont trouvé preneur.

Des bémols

Ce nouveau bilan du MELCC semble particulièrement positif. Toutefois, Louise Hénault-Éthier, cheffe des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki et spécialiste des pesticides, exprime quelques bémols, surtout au sujet du glyphosate.

La compilation des ventes d’un pesticide n’est pas nécessairement synonyme de son utilisation, car les producteurs peuvent avoir des réserves, explique-t-elle. En outre, le bilan ne comprend pas les achats effectués en ligne, d’un producteur à l’autre, et dans une autre province. « On présente dans le rapport une réduction fulgurante des ventes, mais en parallèle on n’a pas l’ensemble du portrait. Dans les rivières, les concentrations de pesticides continuent d’augmenter, selon les derniers relevés. »

Dans le rapport, les rédacteurs du ministère reconnaissent les limites de l’exercice et écrivent même, au sujet du glyphosate, « qu’aucun signal sur le terrain ne témoigne d’une telle diminution de son utilisation ». Mme Hénault-Éthier va dans le même sens : « Les agronomes n’ont pas vu de changement dans les pratiques » concernant le glyphosate avant et après 2018.

Indicateurs de risques

Le ministère élabore chaque année un bilan à partir des déclarations obligatoires des vendeurs de pesticides. Ce document permet de faire le suivi sur les progrès réalisés en vue de l’atteinte des objectifs de la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011-2021. Celle-ci vise à faire diminuer de 25 % les indicateurs de risques pour la santé et l’environnement liés à l’utilisation des pesticides d’ici 2021 par rapport à la moyenne de 2006 à 2008. Les indicateurs de risques prennent en compte les caractéristiques chimiques des pesticides, les quantités utilisées et les surfaces traitées.

Depuis 2014, ces deux indicateurs de risques diminuent d’année en année. En 2018, celui concernant la santé était 28 % moins élevé que lors de la période de référence ; celui pour l’environnement était 15 % moins élevé. « Ces résultats sont prometteurs, mais il y a lieu d’attendre quelques années avant de conclure que cette tendance à la baisse se maintiendra », écrivent les auteurs du rapport. Encore une fois, ces mesures ne prennent pas en compte les semences enrobées et sont tributaires des bémols énumérés plus haut.

Lors de l’année 2018, on a compté 1530 prescriptions agronomiques de produits contenant de l’atrazine. Cent trente-deux agronomes différents les ont signés, mais plus de la moitié des prescriptions (55 %) émanaient de 15 agronomes travaillant pour une entreprise de vente de pesticides, peut-on lire dans le rapport. « La forte proportion de prescriptions réalisées par un nombre restreint d’agronomes a été portée à l’attention de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ) aux fins de suivi », notent les auteurs du bilan.