L’année 2020 sur la voie des records de chaleur

<p>Si la tendance se maintient, l'année 2020 a 75% de risques de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée.</p>
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse

Si la tendance se maintient, l'année 2020 a 75% de risques de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée.

Au moment où de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une relance économique qui permettrait aussi de lutter contre la crise climatique, de nouvelles données scientifiques prévoient déjà que 2020 devrait être l’année la plus chaude jamais enregistrée. Une preuve de plus de la nécessité d’une accélération de la lutte contre les dérèglements du climat, selon le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Selon une évaluation menée par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), si la tendance se maintient, 2020 a 75 % de chances de devenir l’année la plus chaude jamais enregistrée. Et même si elle n’atteint pas la première position, l’année en cours a 99 % de chances de figurer dans le « top cinq » des années les plus chaudes.

Déjà, le service européen Copernicus sur le changement climatique a indiqué plus tôt ce mois-ci que les températures en mars dans le monde ont été du même ordre qu’en 2017 et 2019, qui figurent parmi les mois de mars les plus chauds jamais enregistrés, derrière le record de mars 2016.

D’ailleurs, tous ces indicateurs environnementaux (fonte des glaciers, hausse du niveau des océans, événements climatiques extrêmes, etc.) pointent vers une aggravation de la crise climatique, selon ce qui se dégage du rapport « État du climat mondial 2015-2019 », produit par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Les experts s’attendent aussi à ce que la température moyenne mondiale batte un nouveau record au cours de la prochaine période quinquennale (2020–2024).

« Croissance plus verte »

Ces données scientifiques, qui illustrent année après année une tendance lourde au réchauffement global, ont incité l’ONU à répéter au cours des dernières semaines que la crise actuelle ne doit pas faire oublier la crise climatique. « Certes, la COVID-19 a provoqué une grave crise sanitaire et économique au plan mondial, mais si nous ne luttons pas contre le changement climatique, le bien-être humain, les écosystèmes et les économies pourraient être menacés pendant des siècles », prévenait ainsi la semaine dernière le chef de l’OMM, Petteri Taalas, cité dans un communiqué.

La crise sanitaire mondiale, en mettant à l’arrêt des pans entiers de l’économie, devrait entraîner cette année une « réduction de 6 % des émissions de gaz à effet de serre », selon l’OMM. Mais cette réduction devrait être « temporaire ». D’où l’importance, selon l’organisation onusienne, de réfléchir au type de relance qui sera mis de l’avant, notamment par les grands émetteurs que sont les États-Unis, la Chine et l’Europe (45 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre).

L’ONU est d’autant plus inquiète que « les crises économiques précédentes ont souvent été suivies d’une reprise accompagnée d’une croissance des émissions de carbone bien plus forte ». Elle réclame donc la mise en place de plans de relance post-pandémie favorisant une « croissance plus verte ».

Un appel repris mardi par le secrétaire général des Nations unies, dans un texte publié dans le New York Times. En rappelant que la planète est sur la voie d’un bouleversement « dévastateur » du climat dont il ne sera pas possible de s’isoler, António Guterres plaide pour une reconstruction « plus durable ». Selon ce qu’il fait valoir, cette « relance verte » serait d’ailleurs bénéfique pour l’économie mondiale.

M. Guterres propose ainsi six « actions » aux gouvernements, dont des investissements publics accélérés dans la « décarbonisation » de l’économie, la fin des subventions aux énergies fossiles, l’imposition d’un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, le rejet de plans de sauvetage pour les industries polluantes et la prise en compte des « risques climatiques » dans les investissements, notamment pour les infrastructures.