La pollution atmosphérique en chute libre

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Une forte  baisse de concentration de dioxyde d’azote a été observée au-dessus de la Chine pendant le confinement.
Observatoire de la Terre de la NASA / Agence France-Presse Une forte baisse de concentration de dioxyde d’azote a été observée au-dessus de la Chine pendant le confinement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre

Tout le monde se souvient d’avoir vu passer le mois dernier des images de la NASA comparant la pollution atmosphérique au-dessus de la Chine avant et pendant le confinement. À quelques jours d’intervalle, le nuage de gaz s’était complètement dissipé. Les premiers chiffres sontd’ailleurs là pour le confirmer : la Chine a en effet diminué ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de près de 25 % dans le courant du mois de février.

Plus près de nous, les experts s’attendent à ce que le Canada et le Québec suivent cette même tendance. Le secteur du transport représente en effet 40 % de nos émissions de GES. Or, les voitures restent au garage, les avions sont cloués au sol, les trains roulent au ralenti, seuls les camions continuent à circuler presque normalement. Sans compter que l’activité industrielle, qui comptabilise 20 % environ de nos GES, tourne elle aussi à un rythme très modéré.

Quid des eaux usées ?

« Cette chute de la pollution atmosphérique, c’est évidemment un gain pour la planète, commente Jean-Philippe Waaub, professeur titulaire au Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On entend les oiseaux chanter et la faune est de retour en ville. On peut également parler de la pollution sonore, elle aussi en chute. Mais je ne serais pas aussi optimiste pour toutes les sources de pollution. »

Le chercheur se dit notamment inquiet de la consommation d’eau, d’une part, et de la qualité des eaux usées, d’autre part. Non seulement toute la planète est invitée à se laver les mains bien plus souvent que d’ordinaire, mais de nombreux pays envoient des équipes de nettoyage munies d’habits protecteurs pulvériser à haute pression une solution désinfectante sur l’asphalte afin de nettoyer les rues et le mobilier urbain.Le Québec, pour l’instant, a décidé de ne pas procéder ainsi.

« Ce sont des choses qu’on ne verrait pas en temps normal, fait remarquer M. Waaub. C’est comme si, en temps de crise, les principes environnementaux pouvaient être relégués sur la ligne de touche. Les populations tolèrent des choses qu’ellesn’acceptent plus en tant normal. J’ai même vu des masques par terre dans la rue… D’ailleurs, où vont aller tous ces masques à usage unique ? N’oublions pas qu’au Québec, nous enfouissons encore la majorité de nos déchets au lieu de les incinérer. »

Plus de tolérance en temps de crise, mais qu’en sera-t-il lorsqu’il sera temps de reconstruire ? Des pressions commencent déjà à se faire sentir pour demander aux gouvernements d’assouplir les lois environnementales afin de permettre à l’économie de repartir de plus belle.

Répit illusoire

Selon Louise Vandelac, professeure titulaire au Département de sociologie et à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, le confinement et l’arrêt de la production industrielle a certes permis aux écosystèmes de la planète, et à nous tous, de « respirer » un air un peu moins pollué. Mais cela ne sera qu’un moment de répit si les émissions de substances toxiques et de particules fines, responsables, selon l’Organisation mondiale de la santé, d’environ sept millions de décès prématurés par an, ne sont pas radicalement réduites.

« Il est donc à espérer qu’à la reprise économique, les décideurs publics écouteront autant les scientifiques de la santé environnementale, du climat, de la biodiversité et des événements majeurs qu’ils écoutent ceux de la santé publique pendant la crise de la COVID-19, afin d’éviter des coûts économiques et sociaux plus astronomiques encore », dit-elle.

En effet, si cette crise a eu un début et devrait avoir une fin, elle s’inscrit dans une mutation écologique sans précédent à l’échelle du globe, où réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité et multiplication des événements extrêmes s’annoncent beaucoup plus menaçants encore…

« On a donc tout intérêt à tirer rapidement les leçons de cette pandémie si révélatrice de nos fragilités et de nos erreurs, prévient Mme Vandelac, mais aussi de nos solidarités, pour revoir nos schémas de pensée et pour réduire nos dépendances au profit de plus d’autonomie. »

Ainsi, ajoute la chercheuse, on peut se réjouir que, dans ses conférences de presse quotidiennes, le premier ministre, François Legault, insiste autant sur la nécessité d’acheter des produits locaux.

« Par exemple, l’agriculture québécoise, qui, dans les années 1980, permettait de subvenir à près de 80 % de nos besoins, le ferait, selon divers calculs, seulement à hauteur de 30 % à 50 % aujourd’hui, révèle-t-elle. Pourtant, augmenter la production locale et de qualité, notamment de fruits et de légumes avec des cultures en serre, surtout si Hydro-Québec consentait à un tarif comparable aux alumineries, pourrait consolider l’agriculture, renforcer l’autonomie alimentaire mais aussi la santé, voire réduire les GES liés aux transports d’aliments. »

Mais aura-t-on le courage de prendre les décisions qui s’imposent ?

« L’histoire démontre qu’entre la prise de conscience d’un problème grave et l’action, il y a en général dix ans, répond Jean-Philippe Waaub. Alors, si cette pandémie peut accélérer un peu le processus, la planète ne s’en portera que mieux. »