Tous liés pour la Terre

Catherine Couturier Collaboration spéciale
L’an dernier, dans le cadre du Jour de la Terre, des milliers de manifestants s’étaient réunis devant l’Assemblée nationale à Québec pour demander au gouvernement d’adopter des mesures concrètes pour lutter contre les changements climatiques.
Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir L’an dernier, dans le cadre du Jour de la Terre, des milliers de manifestants s’étaient réunis devant l’Assemblée nationale à Québec pour demander au gouvernement d’adopter des mesures concrètes pour lutter contre les changements climatiques.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre

Le 22 avril est, depuis 50 ans, le Jour de la Terre. Étant donné l’annulation des activités extérieures, comme la Journée des transports en commun, on nous invite cette année à souligner l’événement par de petits gestes à faire chez nous. Parce qu’il est plus important que jamais de célébrer la Terre en ces temps de pandémie.

« On voit en ce moment un lien entre la crise sanitaire et le climat : ils sont tous deux des problèmes collectifs », souligne Isabelle St-Germain, directrice principale, développement et engagement, chez Oxfam-Québec. « C’est dans un climat de crise qu’on se rend compte qu’on est tous liés et de l’impact de nos gestes », affirmait aussi Édith Cochrane, porte-parole du Jour de la Terre, lors du lancement de la campagne par vidéoconférence.

Même si l’effet rassembleur du Jour de la Terre est une composante importante de l’événement, les organisateurs souhaitent toucher les gens chez eux cette année. « Malgré le 50e anniversaire du Jour de la Terre, nous n’avions pas prévu de grands rassemblements. Nous voulons célébrer à petite échelle, en soulignant le rôle des gouvernements locaux et l’importance de l’action locale », assure Pierre Lussier, directeur du Jour de la Terre. L’année 2020 était également particulière, puisque l’organisme Jour de la Terre, jusque-là exclusivement québécois, est devenu pancanadien en fusionnant avec Earth Day Canada.

#JourdelaTerreChezSoi

« Pendant que nous sommes confinés, c’est l’occasion idéale de revoir nos habitudes et de ne pas reprendre où l’on était », croit Édith Cochrane. Délaissant le côté un peu plus abrasif des campagnes des années précédentes, le Jour de la Terre 2020 se veut rassembleur. On invite les citoyens à envoyer des vidéos de 20 secondes pour parler de leur engagement. Une compilation de ces vidéos sera diffusée le 22 avril lors d’un événement virtuel.

« On peut en profiter pour faire des choses qu’on n’a jamais le temps de faire », suggère la porte-parole. S’organiser pour une vie zéro déchet, trouver des recettes végétariennes pour réduire sa consommation de viande, faire des semis, se désabonner des infolettres inutiles ; bref, se préparer à reprendre une vie différente. « On doit en profiter pour réinventer l’économie de façon durable après la pandémie », ajoute Pierre Lussier.

La campagne 2020 du Jour de la Terre fait également une grande place aux villes et aux arrondissements, qui joueront un rôle important dans la transition climatique. « Il faut saisir cette occasion pour se poser des questions », affirmait Valérie Plante lors du lancement. Rosemont, par exemple, a présentement une vision d’un quartier où tous les services essentiels seraient accessibles dans un rayon de 500 mètres, illustre Pierre Lussier. Une réalité qui résonne tout particulièrement dans ce contexte de crise où les commerces locaux auront besoin de notre soutien.

Réflexion globale

Au-delà de ces interventions locales, Oxfam appelle à une réflexion plus large. « La crise de santé publique nous rappelle que l’équilibre est délicat », soulignait également lors du lancement Thomas Mulcair, ancien chef du Nouveau Parti démocratique et lui aussi porte-parole du Jour de la Terre. « Les iniquités sont mises à nu par cette crise », rappelle Mme St-Germain, d’Oxfam-Québec. Comme dans la crise climatique, on constate que les plus pauvres et les plus vulnérables subissent plus durement les effets de la pandémie.

Oxfam demande ainsi la mise sur pied d’un ambitieux plan mondial de santé publique. L’organisme souhaite que la relance de l’économie se fasse avec le projet d’aider les plus vulnérables à s’adapter aux changements climatiques et la mise en place d’un filet social. « C’est une occasion de s’organiser ensemble », souligne Mme St-Germain.

Les solutions sont souvent connues, mais celles-ci devraient être implantées plus fermement : internaliser les coûts environnementaux pour favoriser les pratiques agricoles et de transport plus écologiques, augmenter les taxes et les impôts des plus riches,annuler la dette des pays les plus pauvres, limiter l’écart salarial entre les dirigeants et les employés, atteindre la parité hommes-femmes, taxer les produits de luxe et lutter contre l’évasion fiscale.

« C’est important que les gouvernements investissent dans l’économie, mais avec des conditions pour diminuer les GES, contrairement à ce qui s’est passé lors de la crise bancaire de 2008 », croit la directrice. « La COVID-19 est presque une répétition pour voir comment nous développerons un plan d’adaptation aux changements climatiques », poursuit-elle.

Malgré le contexte, les organisateurs du Jour de la Terre restent optimistes. « Je crois que nous nous dirigeons vers une nouvelle ère. Je suis optimiste et je suis persuadé que quelque chose de bon ressortira de cette crise », affirme Thomas Mulcair.