Fini les déplacements pour les chasseurs

Le permis de chasse et les certifications demeurent nécessaires, mais il seront beaucoup plus difficiles à obtenir cette année en raison de la pandémie.
Photo: iStock Le permis de chasse et les certifications demeurent nécessaires, mais il seront beaucoup plus difficiles à obtenir cette année en raison de la pandémie.

La crise sanitaire risque de changer durablement la pratique de la chasse au Québec. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a formulé des directives qui contraignent les chasseurs à ne plus se déplacer comme par le passé tout en envisageant de leur permettre d’enregistrer leurs prises à distance.

Pandémie oblige, à compter du 24 avril, des milliers de chasseurs de dindons ne s’engouffreront pas comme d’ordinaire dans les bois pour l’ouverture de cette chasse très prisée au printemps. Il risque d’en être de même pour ceux qui chassent l’ours, quelques semaines plus tard. L’an passé, un peu plus de 18 000 chasseurs de dindon ont été recensés et plus de 17 000 pour l’ours. Le Québec compte annuellement, si on s’en remet à la vente des permis, plus ou moins 500 000 chasseurs résidents sur son territoire.

Le MFFP a publié des directives pour rappeler que les chasseurs, pour plusieurs habitués de se déplacer afin de gagner leurs territoires, ne pourront pas le faire cette année. Il faudra demeurer à proximité de chez soi, dans la zone de chasse en lien avec sa résidence. Les contrevenants risquent des amendes salées.

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Selon Richard Monfette, directeur de la rédaction du magazine Sentier Chasse-Pêche, « chasser, ça veut dire se déplacer d’une région à une autre », en fonction du gibier recherché, du moins pour la plupart des Québécois. Il risque donc d’y avoir beaucoup moins de chasseurs cette année dans les bois, croit-il. « On peut s’attendre à ce que certaines populations animales augmentent, comme le dindon, alors que l’Union des producteurs agricoles (UPA) met beaucoup de pression pour qu’il soit plus chassé ».

On s’affaire à trouver de nouvelles solutions. Comme le premier ministre l’a dit, jamais nous n’aurions cru que c’est une pandémie qui nous pousserait aussi vite à faire un virage numérique

Selon lui, si la récolte du dindon est moins importante, « ça ne regarde pas bien du tout pour les agriculteurs ».

De nombreux agriculteurs se plaignent des effets néfastes de populations grandissantes de dindons sur leurs cultures.

Cette espèce, introduite récemment sur le territoire québécois, semble apprécier des hivers qui lui sont de plus en plus cléments. Afin de limiter la croissance de la population de ce gros volatile, le ministère a même planifié une seconde saison de chasse au dindon à l’automne.

Martin Tremblay, un chasseur du Lac-Saint-Jean, avait l’habitude de se rendre dans les Cantons de l’Est, près du lac Mégantic, au temps de la chasse aux dindons. Il explique au Devoir s’offrir ces vacances annuellement, comme bien d’autres chasseurs. « Je tue mes deux dindons tous les ans. » Mais cette année, pas question pour lui, comme pour bien d’autres amateurs, de se déplacer. Il ne croit pas que ce soit une bonne chose, mais affirme avoir l’intention de « respecter la décision du gouvernement ».

En 2019, plus de 8000 dindons ont été abattus au cours de la chasse printanière.

L’ère numérique

Pour toutes les bêtes de la grande faune, tels les dindons, les ours, les orignaux et les cerfs, les chasseurs québécois doivent parcourir souvent de longues distances, après avoir halé leurs prises hors des bois, afin d’en légitimer la possession auprès d’un centre agréé par le ministère.

En temps de pandémie, le maintien de cette pratique voudrait dire que les chasseurs à qui on demande par ailleurs de s’isoler doivent tous converger vers les mêmes centres après un succès de chasse. Un non-sens dont le ministère se dit bien conscient. Le MFFP se dit en effet « sensible à la problématique soulevée par l’enregistrement des prises et travaille à trouver des solutions ».

Le cabinet de Pierre Dufour précise au Devoir que des plans sont effectivement à l’étude pour que les chasseurs ne soient plus obligés d’aller enregistrer leurs prises dans un bureau certifié par les autorités.

« On est en train de faire une analyse sur des façons qui permettraient de procéder différemment. » Aucun doute dit-il : les habitudes vont devoir changer en raison de la crise. Et pour ce qui est de l’enregistrement, ce pourrait être pour de bon.

D’ici le début de la période de la chasse aux dindons, le MFFP affirme qu’il communiquera, sur son site Internet, les mesures qui seront prises.

Pour le directeur de la rédaction du magazine Sentier Chasse-Pêche, Richard Monfette, l’enregistrement du gibier tel qu’il est pratiqué depuis des années au Québec constitue de toute façon « une pratique dépassée et archaïque ».

À son sens, prendre une photo de son permis et de l’animal tué pour la transmettre électroniquement aux autorités suffirait largement. « On éviterait en plus des déplacements inutiles pour rien. On économiserait de l’essence. Et en plus, ces déplacements ne sont pas toujours très bons pour la conservation de la viande. »

La façon de faire actuelle était déjà fondée sur la bonne foi des chasseurs. « Ceux qui sont toujours croches vont continuer de l’être avec un enregistrement en ligne, qui serait certainement pour l’essentiel tout aussi efficace », dit ce spécialiste. La pratique globale de l’enregistrement du gibier était appelée de toute façon à évoluer, estime Richard Monfette. La crise pourrait ainsi donner l’occasion à l’univers de la chasse de se moderniser.

Au cabinet du ministre de la Faune, le responsable des communications le confirme : « On s’affaire à trouver de nouvelles solutions. Comme le premier ministre l’a dit, jamais nous n’aurions cru que c’est une pandémie qui nous pousserait aussi vite à faire un virage numérique ».

Le permis de chasse et les certifications demeurent nécessaires, mais il seront beaucoup plus difficiles à obtenir cette année en raison de la pandémie. Les permis de chasse, de piégeage ou de pêche ne sont pas disponibles via Internet.

Pourraient-ils l’être éventuellement ? Ils sont vendus encore cette année uniquement par des agents autorisés. Un peu moins de la moitié des 1100 agences de vente habituelles sont ouvertes en raison de la pandémie.