Le gouvernement Trudeau se réjouit de la construction du pipeline Keystone XL

La société anciennement connue sous le nom de TransCanada indique que les activités de préconstruction sont en cours et que le pipeline devrait être mis en fonction en 2023.
Photo: Nati Harnik Associated Press La société anciennement connue sous le nom de TransCanada indique que les activités de préconstruction sont en cours et que le pipeline devrait être mis en fonction en 2023.

Le gouvernement Trudeau a salué mardi le lancement annoncé de la construction du pipeline Keystone XL, grâce à un engagement financier de plus de 7,5 milliards de dollars du gouvernement de l’Alberta. Selon le fédéral, ce projet d’exportation annuelle de 300 millions de barils de brut « cadre avec le plan de lutte contre les changements climatiques du Canada ».

Le démarrage de la construction du pipeline d’exportation, qui était attendu depuis plusieurs années par l’industrie pétrolière, a été annoncé mardi matin par TC Energy, une entreprise anciennement connue sous le nom de TransCanada. Une fois en fonction, en 2023, le pipeline transportera chaque jour 830 000 barils de brut jusqu’au Texas, soit 300 millions de barils par année.

Pour permettre la réalisation du projet, dans un contexte où l’industrie pétrolière traverse une crise majeure, le gouvernement de l’Alberta a décidé d’investir 1,5 milliard de dollars de fonds publics en 2020, afin de commencer les travaux de construction sur certains tronçons. Le démarrage pourrait avoir lieu dès le 1er avril, selon le gouvernement albertain.

Par la suite, le gouvernement de Jason Kenney a décidé de garantir une facilité de crédit de 6 milliards de dollars pour TC Energy, afin de permettre à la pétrolière de terminer les travaux et la mise en service de ce pipeline de plus de 1800 kilomètres.

Selon ce qui a été indiqué mardi, une fois le pipeline terminé et en service, TC Energy prévoit d'acquérir la participation du gouvernement de l’Alberta selon les modalités convenues et de refinancer la facilité de crédit de 4,2 milliards $US sur les marchés des capitaux d’emprunt.

Fonds publics

Ce n’est pas la première fois qu’un projet de pipeline en sol canadien doit être soutenu par des milliards de dollars de fonds publics. Le gouvernement Trudeau a racheté le pipeline Trans Mountain, mais aussi le projet d’expansion de ce pipeline, de la pétrolière texane Kinder Morgan, en 2018. La facture initiale s’élevait à 4,5 milliards de dollars. En février dernier, le président-directeur général de la société de la Couronne, Ian Anderson, a fait savoir que les coûts de construction estimés du projet d’expansion sont passés de 7,4 milliards à 12,6 milliards de dollars.

Dans une réaction officielle et en entrevue au Calgary Herald, M. Kenney a affirmé que sans un investissement de fonds publics dans le projet, « nous sommes certains que Keystone XL ne serait pas construit ». « En partie en raison du chaos dans les marchés de l’énergie, le secteur privé n’est pas en mesure de financer le projet », a ajouté M. Kenney, en parlant de ce projet de pipeline qui remonte à 2008. « Nous ne pouvons plus attendre. C’est un investissement dans notre avenir au moment où nous en avons désespérément besoin. »

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, a salué le démarrage de ce nouveau projet de pipeline d’exportation de pétrole des sables bitumineux : « Je tiens à féliciter le gouvernement de l’Alberta pour son investissement en capitaux propres et ses garanties d’emprunt. Ce soutien contribuera à assurer la réussite du projet. »

« Cette bonne nouvelle pour notre industrie du pétrole et du gaz arrive à point nommé. Elle se traduira par des milliers de bons emplois bien rémunérés pour les travailleurs hautement spécialisés dont l’industrie a besoin maintenant et dont elle aura besoin dans l’avenir », a-t-il fait valoir, dans une déclaration écrite.

« Le gouvernement du Canada a toujours été très favorable au projet Keystone XL. Celui-ci augmente notre accès aux marchés – de façon sûre, responsable et durable – et il cadre avec le plan de lutte contre les changements climatiques du Canada », a ajouté le ministre.

Selon l’objectif du gouvernement Trudeau, le Canada doit réduire de façon importante ses émissions de gaz à effet de serre au cours des prochaines années, de façon à atteindre la neutralité carbone (aucune émission nette) en 2050. Cet objectif, qui se base sur les recommandations de la science climatique, n’a toutefois pas encore été traduit dans un plan précis.

Le secteur pétrolier et gazier au Canada est le premier émetteur au pays, devant celui des transports. Il a émis à lui seul 195 millions de tonnes de gaz à effet de serre en 2017, soit deux fois et demie les émissions totales du Québec.

La construction de Trans Mountain maintenue

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, n’a pas l’intention de demander que cessent les travaux d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain pendant la pandémie de coronavirus.

Les travaux, soutient-il, s’effectuent dans le respect des règles. « Je peux vous assurer que toutes les sociétés de la Couronne suivent tous les conseils des experts médicaux », a-t-il indiqué mardi.

Ottawa s’est porté acquéreur de l’oléoduc et la Corporation Trans Mountain, une société d’État, pilote les travaux de construction du deuxième conduit.

Des voix se sont élevées récemment pour demander l’arrêt des travaux sur ce genre de grands chantiers, notamment parce qu’ils impliquent la venue de travailleurs de partout au pays susceptibles de transmettre le virus aux communautés autochtones limitrophes. M. Trudeau avait indiqué lundi qu’il se pencherait sur la question. Mardi, il a confirmé le statu quo. « Je suis confiant que la compagnie prend toutes les mesures nécessaires pour garder les gens en sécurité. »

Incohérence

Les groupes environnementaux ont réagi mardi en dénonçant notamment le parti pris favorable du gouvernement Trudeau envers le développement continu du secteur pétrolier au Canada. « Le gouvernement Trudeau est totalement incohérent quand il appuie ce projet qui augmentera drastiquement la pollution pendant des décennies après s’être lui-même engagé à atteindre la carboneutralité en 2050 », a fait valoir le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.

Selon lui, la crise actuelle devrait être l’occasion de réorienter le développement vers les énergies renouvelables. « M. Kenney fait miroiter l'idée que le secteur pétrolier sera florissant sous peu, mais même avant la COVID-19, les investisseurs mondiaux et les banques centrales signalaient déjà qu’il est plus judicieux de s’éloigner des combustibles fossiles. L’avenir réside dans la création de bons emplois qui aideront à résoudre la crise climatique et non pas dans l’octroi de mégasubventions qui bénéficieront aux pétrolières. »

Production en hausse

Le projet Keystone XL a été présenté il y a de cela une douzaine d’années, mais il a connu de nombreux retards, notamment en raison de l’opposition au projet en sol américain. Le tracé du pipeline a suscité des débats dans certains États, en raison des possibles risques pour l’eau, les milieux naturels et les terres agricoles, en cas de déversement. Des plaintes portées par des groupes environnementaux et des communautés autochtones n’ont toujours pas été menées à terme, a aussi souligné mardi le groupe Environmental Defence.

La construction de ce nouveau pipeline Keystone XL signifie que les pétrolières actives en Alberta pourront bénéficier d’une plus grande capacité d’écouler leur production sur les marchés. La capacité combinée de Keystone XL, de Trans Mountain et de la nouvelle Ligne 3 (Enbridge) permettra d’exporter quotidiennement 2,48 millions de barils de pétrole des sables bitumineux, soit 905 millions de barils par année.

Selon l’Association canadienne des producteurs pétroliers, le Canada pourrait produire quotidiennement plus de cinq millions de barils de pétrole par jour en 2030, soit 1,8 milliard de barils par année. Les réserves des sables bitumineux sont évaluées à 173 milliards de barils, ce qui constitue les troisièmes réserves pétrolières mondiales en importance, après celles du Venezuela et celles de l’Arabie saoudite.

Avec Hélène Buzzetti

Délai suspendu pour Suncor

Le cabinet du ministre de l’Environnement et du Changement climatique Jonathan Wilkinson a confirmé mardi au Devoir qu’il a « suspendu » les délais de 180 jours en vigueur pour la première phase de l’évaluation environnementale fédérale du projet d’expansion du site d’exploitation de pétrole des sables bitumineux « Base », situé en Alberta. La suspension a été demandée par le promoteur, soit la pétrolière Suncor, et non par le ministre.

 

Il faut dire que la première phase de consultations publiques sur ce projet était en cours depuis le 2 mars, qui marquait le début des délais de 180 jours inscrits dans la Loi sur l’évaluation des impacts. Elle devait au départ se terminer le 23 mars, mais le délai a d’abord été prolongé jusqu’au 1er mai, en raison de la crise de la COVID-19. Selon les nouveaux termes de l’évaluation, le délai de 180 sera relancé le 2 mai.

 

Avec ce projet, Suncor veut exploiter 225 000 barils par jour, soit environ 80 millions de barils par année. L’exploitation s’étendrait sur une superficie de 200 km2 (un peu moins de la moitié de la superficie de Montréal), de 2030 à 2055, soit une période de 25 ans.