Le coronavirus a raison du sommet de l’ONU sur la biodiversité

Les pays de l'ONU se sont engagés à mieux protéger les milieux naturels terrestres et maritimes. Le parc Forillon (sur la photo), situé en Gaspésie, bénéficie de mesures de protection.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Les pays de l'ONU se sont engagés à mieux protéger les milieux naturels terrestres et maritimes. Le parc Forillon (sur la photo), situé en Gaspésie, bénéficie de mesures de protection.

La crise de la COVID-19 a eu raison de la tenue d’un important sommet de l’ONU qui devait permettre de fixer cette année des objectifs internationaux de conservation de la biodiversité et des écosystèmes terrestres, mais aussi maritimes.

Un porte-parole de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique a indiqué mercredi au Devoir que des rencontres prévues en prévision de la 15e réunion de la Convention de l’ONU sur la diversité biologique (COP15) seront, « si cela est possible », tenues en août et en septembre. Mais surtout, la COP15, qui se devait se tenir en Chine à la mi-octobre, a été repoussée à une date qui reste à préciser, a souligné le responsable des relations avec les médias, Johan Hedlund.

Mardi, le coprésident des négociations de la COP15, avait déjà indiqué à l’Agence France-Presse que le sommet prévu en Chine serait probablement reporté à 2021, possiblement au « premier trimestre ». Mais la suite des choses dépendra de l’ampleur de la crise sanitaire planétaire provoquée par la COVID-19.

Océans et continents

Le report à une date indéterminée de la COP15 signifie que les 196 Parties de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) retarderont l’adoption d’une feuille de route qui doit permettre, au cours des prochaines années, de freiner le déclin de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes terrestres et marins.

En janvier, la CDB avait d’ailleurs publié une ébauche du texte qui devait être adopté en octobre 2020. Celui-ci s’appuie principalement sur la cible ambitieuse de protéger 30 % des milieux naturels terrestres et maritimes de la planète d’ici 2030. « L’objectif est de stabiliser le taux de perte de biodiversité d’ici à 2030, puis de faire en sorte que cette biodiversité augmente de nouveau d’ici à 2050 en laissant les écosystèmes se régénérer », avait alors expliqué Aleksandar Rankovic, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales, chargé du dossier COP15.

Il est en effet urgent de corriger la trajectoire actuelle, selon le directeur de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud. « Même si la COP15 est reportée à l’année prochaine, l’urgence d’agir pour faire face à la crise de la biodiversité demeure. Les nouvelles cibles de protection du territoire – 30 % des territoires marins et terrestres d’ici 2030 – sont établies depuis quelques mois déjà et même si elles ne sont pas encore officialisées, les gouvernements doivent travailler dès maintenant à mettre en place les conditions gagnantes pour les atteindre. »

Dégradation accélérée

Il faut dire que la dégradation de l’environnement planétaire et le déclin des espèces sauvages s’accélèrent à l’échelle de la planète. Le rythme est tel qu’il nous conduit à une « mort à petit feu », à moins d’opérer un virage majeur afin de préserver la biodiversité mondiale, qui constitue le filet de sécurité de l’humanité. C’est ce que concluait l’an dernier des experts mandatés par l’ONU pour mener une évaluation exhaustive de l’ampleur du déclin de la nature.

Cette évaluation mondiale de notre « patrimoine commun » est d’ailleurs sans équivoque : « La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ».

Environ un million d’espèces animales et végétales « sont aujourd’hui menacées d’extinction », dont plusieurs « au cours des prochaines décennies ». En moyenne, 25 % des espèces de vertébrés terrestres, d’eau douce et marins sont menacées de disparition, ainsi que 33 % des récifs coralliens.

L’empreinte de l’activité humaine se fait également de plus en plus invasive, puisque 75 % de l’ensemble du milieu terrestre est « sévèrement altéré », de même que 66 % des milieux marins. Des chiffres à mettre en relation avec la croissance de plus de 100 % des zones urbaines depuis 1992, la multiplication par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1980 et l’augmentation des pêcheries non durables : 93 % des stocks de poissons marins en 2015 étaient « exploités à un niveau biologiquement non durable » ou niveau « maximum » possible.

Les cinq principaux coupables sont clairement identifiés dans le rapport : dans l’ordre, on retrouve l’utilisation des terres (agriculture intensive, déforestation), l’exploitation directe des ressources (pêche, chasse), les bouleversements climatiques, les pollutions (80 % des eaux usées mondiales sont rejetées « non traitées » dans l’environnement) et les espèces invasives.