Quand les RH se mêlent d’action climatique

Amélie Cournoyer Collaboration spéciale
Depuis quelques années, Moment Factory accueille un point de livraison de paniers de légumes bios et locaux pour ses employés.
Benoit Demers Depuis quelques années, Moment Factory accueille un point de livraison de paniers de légumes bios et locaux pour ses employés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Unpointcinq

Organisation du covoiturage, appui au transport en commun, télétravail, mais aussi livraison de paniers de fermiers… De plus en plus d’entreprises l’ont compris : minimiser les conséquences environnementales de leurs activités, c’est bien, mais inciter leurs employés à agir pour le climat, c’est encore mieux.

En matière de développement durable, la première cible des politiques de ressources humaines (RH) des entreprises vise souvent les déplacements du personnel. Logique : au Québec, le transport est responsable de 43 % des émissions totales de gaz à effet de serre, selon les dernières données de 2017, et c’est majoritairement à cause des transports routiers.

Pour sa part, le Mouvement Desjardins a mis en place un programme de transport alternatif depuis 2010 pour encourager ses salariés à venir au travail autrement qu’en solo dans leur auto. Les incitatifs sont variés : rabais de 20 % sur l’abonnement au transport en commun, tarifs spéciaux pour l’abonnement à Communauto, douches pour ceux qui viennent à vélo ou en courant, bornes de recharge dans plusieurs stationnements. Pour le covoiturage, les employés ont accès gratuitement à un logiciel de jumelage, des stationnements réservés dans certains lieux de travail, et la course de taxi est remboursée au covoitureur qui doit rentrer d’urgence à la maison si un enfant tombe malade par exemple.

Avec un programme de transport durable similaire, Transat adhère de plus au mouvement Vélosympathique, lancé en 2015 par Vélo Québec. Comme 36 entreprises et organismes, la compagnie aérienne s’engage ainsi à promouvoir des actions concrètes afin de développer la culture du vélo auprès de ses employés. La compagnie de télécommunications Telus mise quant à elle sur le télétravail. Résultat, près de 80 % de ses salariés en profitent à temps plein ou de façon occasionnelle.

Autre rayon d’action, l’alimentation. Depuis quelques années, le studio de divertissement multimédia Moment Factory accueille un point de livraison de paniers de légumes frais, bios et locaux pour ses emplo-yés. En tout, une vingtaine de fermesdu Réseau des fermiers de famille livrent leur production dans près d’une quarantaine d’organisations pour permettre à leurs travailleurs de manger sainement tout en réduisant l’empreinte carbone du transport, de la réfrigération et de l’entreposage des aliments.

Des employés heureux et fiers

Ces initiatives, autrefois réservées au personnel des entreprises innovantes de la Silicon Valley, font désormais partie intégrante des pratiques de gestion des organisations d’ici. Mais quel intérêt de vouloir combiner RH et action climatique ? « C’est une approche globale qui s’inscrit dans notre programme de développement durable, explique Odette Trottier, directrice affaires publiques et communication chez Transat. On chercheà exercer notre rôle d’influenceur auprès de nos parties prenantes, et nos employés sont une partie prenante très importante. »

Les premiers gagnants sont les employés eux-mêmes. Ils réalisent des économies de temps grâce au télétravail ou d’argent en covoiturant et ils améliorent leur qualité de vie et leur santé en mangeant mieux ou en pédalant plus. Bien souvent, les politiques de leur entreprise rejoignent leurs propres aspirations,observe le professeur adjoint au Département de management et de gestion des ressources humaines à l’Université de Sherbrooke, Sofiane Baba. « Les préoccupations sociales et environnementales se répandant dans nos sociétés, dit-il, de nombreux employés éprouvent le besoin de travailler dans des environnements propices à l’épanouissement moral, c’est-à-dire cette idée de savoir que l’on contribue à un monde meilleur au quotidien, à travers son travail. »

Pour une entreprise compétitive et prospère

Les entreprises ont elles aussi tout à gagner dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, conjugué à l’arrivée des millénariaux sur le marché du travail — des employés que l’on dit moins loyaux. « Celles qui mettent en avant ces politiques environnementales contribuent à la fierté que peut susciter une organisation, ce qui se traduit par une meilleureattractivité de l’employeur et une meilleure rétention du personnel », indique Corinne Gendron, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM.

« Pour nous, ce qui était à la base un programme de développement durable est devenu un programme d’attraction-rétention, parce qu’il est venu répondre à un besoin des employés », confirme Pascal Laliberté, conseiller en développement durable chez Desjardins, en soulignant que tout le monde y trouve son compte.

Collaborateurs plus motivés et engagés, amélioration de la gouvernance, rayonnement… Les retombées positives pour l’entreprise sont nombreuses. « L’intégration du développement durable dans les ressources humaines peut vraiment devenir une source d’avantage concurrentiel », conclut Sofiane Baba.