L’humanité est sur la voie du «pire» scénario de montée des océans

Le recul annuel des glaciers du Groenland et de l’Antarctique est aujourd’hui six fois plus rapide qu’il ne l’était au début des années 1990.
Photo: Joe Raedle / Getty Images / Agence France-Presse Le recul annuel des glaciers du Groenland et de l’Antarctique est aujourd’hui six fois plus rapide qu’il ne l’était au début des années 1990.

L’accélération de la fonte des glaciers en Antarctique et au Groenland est en voie de conduire l’humanité sur la voie du pire scénario de montée du niveau des océans envisagé par la science climatique, ce qui exposerait plus de 400 millions personnes à des inondations côtières dévastatrices d’ici la fin du siècle.

De nouvelles données satellitaires analysées par des experts de la NASA et de l’Agence spatiale européenne démontrent en fait que le recul annuel des glaciers du Groenland et de l’Antarctique est aujourd’hui six fois plus rapide qu’il ne l’était au début des années 1990.

Les deux régions de glaciers perdaient chaque année plus de 81 milliards de tonnes de glace au cours de la décennie 1990. Ce chiffre a bondi à 475 milliards de tonnes par année au cours de la décennie 2010. Cette hausse est d’autant plus significative que la disparition de ces glaciers compte pour le tiers de la hausse du niveau des océans.

Les constats des scientifiques démontrent ainsi que cette fonte accélérée, directement liée aux bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine, risque d’accroître la hausse du niveau des océans de 17 centimètres d’ici 2100. Cela porterait la hausse totale prévue d’ici 2100 à 71 centimètres, ce qui nous place sur la voie du pire scénario évoqué dans le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Dans son plus récent rapport, publié en septembre 2019, le GIEC anticipe une hausse continue « pendant des siècles », qui pourrait atteindre dans un premier temps 30 à 60 centimètres d’ici 2100, et ce, même si le réchauffement est limité à 2 °C. La hausse risque de dépasser « un mètre » si le réchauffement atteint les 3 °C, ce qui est actuellement le minimum prévu, en raison de la faiblesse des engagements des pays signataires de l’Accord de Paris.

« Au cours des dernières décennies, le rythme de la hausse du niveau des océans s’est accéléré, en raison de l’apport en eau provenant de la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique, mais aussi de la fonte des glaciers et de l’expansion thermique des océans qui se réchauffent », résumait d’ailleurs Valérie Masson-Delmotte, vice-président d’un groupe de travail du GIEC, au moment de la publication du rapport portant sur les océans et les glaciers.

En plus d’avoir un impact sur le niveau des océans, la fonte des glaces du Groenland entraîne un apport en eau douce qui risque de ralentir la circulation océanique dans l’Atlantique Nord, dont fait partie le Gulf Stream. Ce phénomène pourrait notamment bouleverser le climat en Europe et en Amérique.

Régions côtières affectées

Cette montée attendue du niveau des océans devrait avoir des impacts majeurs sur les populations vivant le long des côtes, préviennent par ailleurs les scientifiques.

Le scénario d’une hausse de 71 centimètres d’ici 2100 « signifierait que 400 millions de personnes risquent de subir des inondations côtières annuelles d’ici 2100. Ce ne sont pas des événements improbables avec de petits impacts. Ils sont déjà en cours et seront dévastateurs pour les communautés côtières », selon un le chercheur britannique Andrew Shepherd, qui a participé à l’analyse des données satellitaires.

Ultimement, la montée du niveau des océans devrait provoquer une dégradation accélérée des milieux côtiers, une amplification de l’effet des tempêtes et des fortes marées, mais aussi un recul des côtes. Ces phénomènes risquent d’affecter des centaines de millions de personnes au cours des prochaines décennies. Les habitants des zones côtières, qui sont aujourd’hui plus de 680 millions, devraient être plus d’un milliard en 2050.

Ces mêmes populations côtières, parfois dépendantes des ressources des océans, risquent en outre de subir les contrecoups des bouleversements de la vie marine imputables à la crise climatique. « Les futurs changements dans la distribution des poissons, ainsi que le déclin de leur abondance et du potentiel de captures imputables au changement climatique devraient affecter les revenus, les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des communautés qui dépendent de ces ressources », peut-on lire dans le plus récent rapport du GIEC.

Le rapport fait notamment état d’une possible chute de 20 à 24 % du potentiel des pêcheries, un phénomène qui vient s’ajouter à un effondrement de la plupart des stocks de poissons, en raison de la surpêche mondiale.