Un milliard réclamé pour la sauvegarde du Saint-Laurent

Les interventions proposées pour soigner le fleuve Saint-Laurent auraient également des effets heureux sur la biodiversité, disent les responsables du rapport.
Photo: Pierre Lahoud Les interventions proposées pour soigner le fleuve Saint-Laurent auraient également des effets heureux sur la biodiversité, disent les responsables du rapport.

Au terme de travaux menés à la demande du gouvernement fédéral, un regroupement de scientifiques, de municipalités et de gens d’affaires réclame la mise en oeuvre d’un plan d’action d’un milliard de dollars afin de mieux protéger le Saint-Laurent contre la menace des bouleversements climatiques et de la pollution. Et le gouvernement du Québec devra y participer.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, le Collaboratif des Grands Lacs et du Saint-Laurent doit publier ce mardi une proposition de « plan d’action » comportant 12 recommandations à mettre en oeuvre sur 10 ans et qui prévoit des investissements annuels de 100 millions de dollars.

Le rapport du regroupement, dont la rédaction a été financée par Ottawa, souligne que la crise climatique pose de sérieux risques pour le fleuve Saint-Laurent, mais aussi son estuaire et son golfe. « Des précipitations plus intenses pourraient augmenter le risque d’inondations majeures dans les grandes villes, entraîner une augmentation de la fréquence, du volume et de la charge de contaminants émis dans l’eau lors de débordement des eaux usées et accentuer le transport de nutriments et de pesticides des terres agricoles vers les cours d’eau », expliquent les scientifiques dans leur analyse.

Déjà, ajoutent-ils, « les inondations récurrentes engendrent des coûts et des conséquences importantes pour les gouvernements et la société civile », tandis que « les apports excessifs en nutriments et l’augmentation des températures se traduisent par la formation de zones d’hypoxie (manque d’oxygène) dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent ».

Qui plus est, la présence de « nouveaux contaminants », comme les produits pharmaceutiques, pose des risques supplémentaires pour l’écosystème marin.

Afin de prévenir le pire et compte tenu du fait que les bouleversements climatiques vont continuer de s’aggraver, le regroupement d’experts et d’intervenants liés au Saint-Laurent a formulé une douzaine de « recommandations » à mettre en oeuvre d’ici 2030, en collaboration avec le gouvernement du Québec, avec un investissement d’un milliard de dollars.

« Environ 90 % de ce montant serait utilisé pour bâtir la résilience des municipalités et des communautés, notamment pour la protection des rives dans le contexte des inondations et de l’érosion côtière, mais aussi pour protéger plus généralement toutes les infrastructures », explique le coprésident du regroupement, Jean Cinq-Mars, qui est aussi l’ancien commissaire au développement durable du Québec.

Selon lui, il serait nécessaire d’améliorer substantiellement le traitement des eaux usées, qui constituent toujours « une source de pollution » importante pour le Saint-Laurent. M. Cinq-Mars rappelle notamment qu’environ 90 municipalités de la province rejettent toujours leurs eaux usées dans des cours d’eau, et ce, sans que celles-ci soient traitées. Pour aider les petites municipalités à se doter d’infrastructures qui peuvent s’avérer coûteuses, le gouvernement devra prévoir du financement.

Toujours dans l’objectif d’améliorer la qualité des eaux du Saint-Laurent, le gouvernement fédéral devrait soutenir les agriculteurs afin de réduire l’usage des pesticides et des engrais, dont le lessivage mine la santé des milieux aquatiques.

En combinant différentes mesures d’assainissement des eaux, le regroupement estime qu’il serait possible d’ouvrir de « nouvelles plages » et d’améliorer ainsi l’accès au fleuve.

Bâtir la résilience

Dans un contexte de plus en plus propice aux inondations, Jean Cinq-Mars fait aussi valoir qu’il est nécessaire d’investir « dès maintenant » dans le développement d’infrastructures plus « résilientes » aux effets des bouleversements du climat, dont les événements climatiques extrêmes et l’érosion côtière.

Pour cela, il sera nécessaire de mener des études sur les infrastructures vulnérables, mais aussi de protéger des milieux naturels qui permettent de réduire les risques d’inondation. « Et à long terme, il faudrait envisager de ne pas construire dans des zones inondables, ou alors de ne pas reconstruire dans ces zones », insiste M. Cinq-Mars.

Afin de coordonner l’ensemble des actions, le rapport du regroupement suggère à Québec et à Ottawa de mettre sur pied un « Bureau conjoint d’adaptation et de résilience ».

Par ailleurs, en s’attaquant aux différents maux qui affectent le Saint-Laurent, le regroupement chargé de produire des recommandations pour Environnement et Changement climatique Canada estime que toute la biodiversité serait mieux protégée. « Si on agit sur les enjeux identifiés dans nos travaux, on pourrait avoir un impact positif significatif. Par exemple, à l’heure actuelle, en raison de la présence excessive de phosphore et d’azote dans le Saint-Laurent, on voit des zones d’hypoxie dans le lac Saint-Pierre et dans le golfe. Toute la biodiversité est affectée », explique Jean Cinq-Mars.

Ce dernier souligne aussi les effets grandissants de nouveaux contaminants, dont les substances utilisées comme retardateurs de flammes dans différents produits, qui s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Des études ont aussi mis en lumière la forte contamination de certaines zones du Saint-Laurent par le plastique.

Sans s’avancer sur d’éventuelles annonces de financement dans le cadre du prochain budget fédéral, le coprésident du Collaboratif des Grands Lacs et du Saint-Laurent souligne que le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, a déjà signifié son « intérêt » pour les recommandations formulées.

« Notre gouvernement est déterminé à protéger le fleuve Saint-Laurent. Son bassin contient une population de plus de 15 millions de Canadiens et une biodiversité abondante. Il est aujourd’hui confronté à de nombreux défis, dont le réchauffement des eaux et le déclin de la biodiversité causé en partie par les changements climatiques », fait d’ailleurs valoir le ministre, dans le communiqué qui sera publié mardi avec le rapport.

4 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 10 mars 2020 04 h 35

    Nouveaux prophètes et réalités fluviales

    Le ministre Fédéral de l'Environnement Jonathan Wilkinson et son « Collaboratif des Grands Lacs et du Saint-Laurent » auront fort à faire pour «sauver» une énième fois le fleuve Saint-Laurent en dépit des coffres remplis d'argent qu'Ottawa serait prêt à y faire descendre au fil de l'eau.

    Dans les temps anciens, les prophètes ne coûtaient rien, restaient maigres et fulminaient en promettant la fin du monde. De nos jours, les prophètes sont bien rebondis de l'argent des contribuables mais promettent toujours la fin du monde.
    Cf.: http://www.gensdebaignade.org/Maitres_du-fleuve.pd
    Cf.: http://gensdebaignade.org/documents/Quebec_Rives_c

  • Yvon Pesant - Abonné 10 mars 2020 06 h 39

    Perte de majesté

    Il y a 50, 60 ans, on nous parlait encore du magnifique pouvoir auto-épurateur de notre majestueux Saint-Laurent alors même que certaines personnes nous servaient des avertissements.

    Il y a plus de 40 voire 50 ans à ma connaissance que des gens, des scientifiques et d'autres catégories d'observateurs des problèmes de tous ordres dont il est question dans l'article, dénoncent à grands cris ces situations qui voulaient qu'on se serve de nos cours d'eau comme dépotoirs et émissaires de nos eaux usées municipales, industrielles et agricoles, d'une certaine manière.

    300 000 tonnes de sédiments et nutriments contaminés que la seule rivière Yamaska charriait annuellement jusque dans le lac Saint-Pierre. Combien d'autres rivières faisaient sensiblement de même à leurs propres mesures qui dépassaient et dépassent toujours les bornes?

    Tant et si mal, du reste, que l'estuaire et le golfe s'envasent encore à bon rythme avec toutes ces cochonneries qui leur arrivent massivement d'amont alors que le fleuve largue en berges des déchets d'autres natures pas naturelles tout le long de son cours.

    Beaucoup de gestes ont été posés tant au niveau agricole que municipal et industriel. Beaucoup restent à l'être. Tous les palliers de gouvernement sont ici interpellés. Les citoyens se doivent de l'être aussi, responsables que nous sommes de nous donner un peu plus de majesté dans nos comportements.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 10 mars 2020 09 h 15

    Préserver le fleuve Saint-Laurent? Et la baie-des-Chaleurs...

    Où sont les priorités : agrandir le métro de Montréal, construire de nouvelles voies de transport pour éviter l'engorgement près des villes dont les citoyens des banlieues ont besoin de leurs voitures pour se déplacer. Ça, c'est pour demain! Mais la réalité d'aujourd'hui n'est pas propre, sans jeu de mot, à ignorer ce qui se passe partout au Québec. À Montréal, le gouvernement a permis de jeter ses eaux sales dans le fleuve. Les médias en ont fait des manchettes quelques jours, mais tous ceux et celles qui vivent près du fleuve, dans la baie-des-Chaleurs par exemple, sont au courant de l'état des lieux : pas de réseaux pour de l'eau potable et pas de traitement des eaux usées!
    Au 21e siècle, au Québec, pendant qu'on décrit l'usage de puits plus ou moins contaminés, de puisards et de fosses septiques hors normes, seule une petite couverture médiatique régionale d'un jour entretient l'espoir, jusqu'au jour où le gouvernement sera poursuivi pour négligence criminelle! La passivité étant conjointe d'économie, ne rien faire est devenu la norme! Doit-on en déduire que c'est ainsi que l'on matte l'acceptabilité sociale des régions éloignées en bord de mer! Pas de quoi réjouir les touristes étrangers qui, plutôt que d'admirer nos eaux côtières, voient les eaux polluées de matières nauséabondes et de produits toxiques charriès par la pluie!

  • Serge Lamarche - Abonné 10 mars 2020 17 h 25

    Niveau d'eau

    Bonnes suggestions. Mais il faudrait peut-être même voir plus loin et savoir ce qu'il adviendra lorsque le niveau de la mer montera encore plus.