La recherche sur la qualité de l’air se poursuit à Québec

Le Port de Québec est actuellement visé par une action collective concernant les troubles et les inconvénients anormaux découlant de ses activités.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le Port de Québec est actuellement visé par une action collective concernant les troubles et les inconvénients anormaux découlant de ses activités.

Huit ans après l’épisode de poussière rouge de 2012 à Québec, la Direction de santé publique (DSP) enquête toujours sur la qualité de l’air dans les quartiers Limoilou, Vanier et Basse-Ville. D’ici deux ans, elle espère déterminer quels secteurs sont les plus problématiques.

« Une des préoccupations qu’ont les citoyens, c’est : est-ce que c’est partout pareil ? Ou bien, on assiste à des microphénomènes ? C’est ça qu’on travaille en ce moment », a expliqué la Dre Isabelle Goupil-Sormany, adjointe au directeur de santé publique au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la capitale nationale (CIUSSS).

L’enquête baptisée « Mon environnement, ma santé », qui doit être achevée fin 2020 et dont les résultats seront rendus publics en 2021, avait été lancée à la demande de la Ville de Québec en 2015. L’année précédente, le Port avait reconnu être responsable des épisodes de poussière rouge dénoncés par des résidents en 2012. Le ministère du Développement durable avait ensuite documenté dans une étude que les concentrations importantes de nickel trouvées dans l’air provenaient aussi des activités portuaires.

 

Infos sur l’air, mais pas sur le Port

Ceux qui s’attendent à avoir des résultats clairs sur le rôle du Port risquent toutefois d’être déçus. L’enquête de la DSP ne vise pas à identifier des sources de pollution, mais à documenter « ce qui est respiré », poursuit la Dre Goupil-Sormany. « La question, ce n’est pas dans le port, c’est la partie citoyenne, milieu de vie […] c’est qu’est-ce qu’il y a de l’autre bord de la clôture. »

Rappelons que le Port de Québec est actuellement visé par une action collective concernant les troubles et les inconvénients anormaux découlant de ses activités et de celles de la compagnie Arrimage Québec. Le procès a pris fin fin janvier et le juge a pris la cause en délibéré.

La recherche de la DSP permettra toutefois de voir sur une carte s’il y a des différences en termes de qualité de l’air entre un secteur de la ville et un autre. « On va dire s’il y a un différentiel. »

La DSP a déjà diffusé des données sur le sujet en février 2019. Or, il s’agissait d’un bilan des dernières années. Cette étude avait notamment mis en évidence le fait qu’en plus de la pollution causée par les industries et les transports, la pollution causée par le chauffage au bois devait être prise en compte.

Cette fois, les recherches ciblent l’état actuel de l’air : la description spatiale des contaminants, les quantités de particules en suspension, les concentrations de métaux, etc. Cinq stations d’échantillonnage sont utilisées à cet effet dont deux nouvelles à la Maison de naissance dans Limoilou et au CLSC Basse-Ville.

La pollution « se dilue dans de grandes masses atmosphériques », explique Mme Goupil-Sormany. D’ailleurs, celle causée par le chauffage au bois dans les quartiers centraux a, en bonne partie, pour origine les cheminées du secteur Champigny à Sainte-Foy, signale-t-elle.

Or, depuis l’épisode de poussière rouge de 2012, on s’intéresse beaucoup à la qualité de l’air localement, ce que Mme Goupil-Sormany appelle des « microphénomènes ». D’où l’idée, dit-elle, de faire un « portrait de la variation spatiale intra-urbaine ».

Un tel outil pourrait-il servir à comparer la proportion de particules fines dans l’air de différents quartiers avant de faire son choix pour un déménagement par exemple ? À ce compte-là, répond Mme Goupil-Sormany, ils devraient aussi tenir compte d’autres facteurs tels le couvert végétal et les îlots de chaleur.

 

Une unité mobile

La DSP cherche aussi à mesurer la qualité de l’air à proximité des autoroutes. Depuis juin 2019, une voiture à hydrogène sillonne, chaque semaine, les grandes artères du territoire, de Beauport à Sainte-Foy en passant par Charlesbourg et Lebourgneuf. Le but, précise la Dre Goupil-Sormany, consiste à voir comment l’aménagement du territoire influence la pollution. On a ainsi mesuré une quinzaine de paramètres : la proximité avec les trajectoires des avions, le haut et le bas des côtes, la présence de voies ferrées, d’autoroutes, d’industries, etc. Des enquêtes similaires ont déjà été menées à Montréal, à Vancouver et à Toronto, mais c’est la première fois qu’une ville de taille intermédiaire comme Québec en est le sujet.

Un autre volet de la recherche porte sur l’incidence des grandes industries qui figurent dans le dernier Inventaire national des rejets polluants du Canada (voir le tableau) et les croiser avec les taux d’asthme et de maladies cardiovasculaires des populations environnantes.

Or, à nouveau, cela ne permettrait pas de mesurer l’effet des activités du Port et d’Arrimage Québec parce qu’une bonne partie d’entre elles sont considérées comme « mobiles » et impliquent du transbordement, ce qui limite les mesures, selon Mme Goupil-Sormany.