Les écologistes exigent le rejet d’un mégaprojet

Le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson

Une coalition de groupes écologistes demande au gouvernement Trudeau de rejeter le projet d’exploitation de pétrole des sables bitumineux Frontier, qui deviendrait le plus important du genre au pays. Son approbation rendrait d’ailleurs plus difficile l’atteinte des cibles climatiques, selon un expert des questions énergétiques. Ottawa promet une décision d’ici la fin du mois pour ce « projet majeur ».

Des groupes de différentes provinces ont fait valoir jeudi que la réalisation de ce projet pétrolier « compromettrait gravement » la promesse du gouvernement fédéral de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de manière à atteindre la « carboneutralité » à l’horizon 2050.

« Il y a un moment où le leadership est nécessaire pour le gouvernement fédéral afin qu’il se positionne du côté d’un avenir sans danger pour le climat. Ce moment, c’est maintenant », résume la porte-parole de l’organisme britanno-colombien Stand.earth, Tzeporah Berman.

Le projet Frontier, de l’entreprise Teck Resources, est en effet devenu la nouvelle cible des groupes qui plaident pour un déclin du secteur des énergies fossiles. Il faut dire que ce projet de 20 milliards de dollars serait le plus imposant au Canada, avec une production annuelle de 95 millions de barils, de 2026 à 2067, pour un total de près de quatre milliards de barils.

Le site, situé au nord de Fort McMurray, se trouve en outre à seulement une trentaine de kilomètres du parc national Wood Buffalo, le plus grand au pays et le deuxième dans le monde. Un parc qui est même reconnu par l’UNESCO depuis 1983 en raison de sa « valeur universelle exceptionnelle ».

Frontier a fait l’objet d’une évaluation environnementale qui concluait l’an dernier que le projet est « dans l’intérêt public », et ce, même s’il anéantira de manière irréversible plusieurs milieux naturels, en plus de représenter une menace pour la biodiversité, des espèces en péril et l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris.

 

 

Décision attendue

Le gouvernement Trudeau promet de décider s’il autorisera ou non le projet « d’ici la fin du mois de février ». Si le premier ministre albertain, Jason Kenney, plaide pour son approbation, difficile de savoir quelle sera la décision des libéraux fédéraux.

« Il s’agit d’un projet majeur qui est activement examiné par notre gouvernement. Nous tiendrons compte d’une série de facteurs lorsque nous prendrons une décision sur ce projet, notamment nos engagements à atteindre des émissions nettes zéro d’ici 2050, à faire progresser la réconciliation et à faire croître l’économie », a indiqué jeudi au Devoir le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson.

Une approbation risquerait de nuire davantage à l’atteinte d’objectifs climatiques qui sont pour le moment hors d’atteinte, fait valoir le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau. « Pour le bilan national, un tel projet complexifie effectivement l’atteinte des cibles de réduction de gaz à effet de serre. Comme nous ne sommes déjà pas sur la bonne trajectoire, en grande partie à cause du secteur du transport (et de la production de pétrole qui vient alimenter nos voitures), ajouter des émissions de quatre millions de tonnes par année est problématique. »

Ce projet, reflet selon lui de « l’appétit mondial pour le pétrole », pourrait toutefois ne pas se réaliser, en raison des faibles prix du pétrole sur les marchés. Dans ce contexte, M. Pineau estime qu’Ottawa pourrait autoriser Frontier, notamment en prévenant le promoteur que le gouvernement entend « mettre en place des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre importantes, qui impliquent forcément un déclin de la consommation de pétrole ».