Legault doit respecter la science du climat, affirment des groupes sociaux et écologistes

Manifestation devant l'Assemblée nationale à l'occasion du jour de la Terre, en 2019
Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir Manifestation devant l'Assemblée nationale à l'occasion du jour de la Terre, en 2019

Une coalition d’une trentaine groupes sociaux et environnementaux demande au gouvernement Legault de s’imposer l’obligation d’atteindre des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui respectent les exigences de la science climatique. Le ministre Benoit Charette juge toutefois qu’un tel objectif serait « irréaliste » et nuisible pour l’économie.

Au lendemain de la fin des travaux de la commission parlementaire qui étudiait le projet de loi 44, qui porte sur « la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques », un total de 34 groupes sociaux, environnementaux, syndicaux et étudiants ont réclamé jeudi l’inclusion, dans la loi, d’une cible de réduction des GES qui respecte les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

« Le premier ministre du Québec affirme que 2020 sera l’année de l’environnement au Québec. Ce projet de loi est l’occasion de prouver sa réelle détermination », peut-on lire dans le communiqué, signé notamment par Équiterre, la Fondation David Suzuki, la FTQ, la CSN, Le Pacte pour la transition, La Planète s’invite au Parlement et la nouvelle Coalition étudiante pour un virage environnemental et social.

Selon les groupes signataires, « le projet de loi 44 revêt une importance cruciale pour mobiliser l’appareil d’État et l’ensemble de la société québécoise derrière l’atteinte des objectifs climatiques fixés par la science du GIEC et l’Accord de Paris ».

Dans ce contexte, il devrait inclure « l’obligation d’atteindre les cibles fixées par la science, assortie de règles de reddition de compte, de transparence et d’imputabilité », mais aussi l’obligation de soumettre les décisions « existantes et prévues des différents ministères et organismes gouvernementaux » à une « analyse d’impact climatique ».

« Sans l’obligation d’atteindre les cibles claires, on risque encore une fois de mettre en œuvre un plan qui n’atteindra pas les résultats escomptés », peut-on également lire dans le communiqué, publié en début d’après-midi.

En théorie, les émissions de GES du Québec devaient avoir reculé de 20 % en 2020, par rapport au niveau de 1990. Mais selon le plus récent bilan disponible, soit celui de 2017, les émissions ont reculé de seulement 8,7 %. Au lieu de diminuer, les GES ont même augmenté chaque année au Québec entre 2014 et 2017.

 

 

Appui populaire

Les organisations affirment aussi que « la vaste majorité des Québécois » estiment qu’il y a urgence d’agir pour lutter contre la crise climatique. Une analyse basée sur un sondage et publiée mardi indique d’ailleurs que 74 % des Québécois affirment qu’« il y a urgence d’agir » pour lutter contre les bouleversements du climat, et 92 % estiment que la province doit contribuer à cette lutte « même si de grands pays émettent plus de gaz à effet de serre ».

Selon les résultats compilés par le média Unpointcinq et l’Université Laval, les Québécois jugent que les entreprises industrielles (83 %), le gouvernement fédéral (76 %), le gouvernement du Québec (75 %), les municipalités et les MRC (63 %) et les commerces de proximité (62 %) devraient « en faire davantage » en matière de lutte contre les changements climatiques.

Cible « irréaliste »

Le gouvernement Legault a promis d’investir des sommes importantes pour réduire les émissions de GES du Québec et rattraper le « retard » accumulé au fil des ans. En annonçant jeudi la date de publication du prochain budget provincial, soit le 10 mars, le premier ministre François Legault a d’ailleurs réitéré que celui-ci sera « centré » sur les enjeux environnementaux.

En entrevue au Devoir, mercredi, le ministre de l’Environnement Benoit Charette a toutefois affirmé que le gouvernement ne comptait pas se doter d’une cible de réduction des GES qui soit en phase avec les recommandations du GIEC à l’horizon 2030.

Le GIEC, dont les rapports servent de base scientifique aux négociations climatiques mondiales, estime que pour limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C, soit l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, il faudra réduire les émissions de GES de 50 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2010. Cela comprend un recul d’au moins 45 % des émissions de CO2, le principal GES issu de l’activité humaine.

Tout en évoquant « l’effort colossal » que représente déjà une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % d’ici 2030 par rapport à 1990, le ministre a fait valoir que l’idée de porter cette cible à une réduction de plus de 45 % serait tout simplement « irréaliste ». Cela risquerait de nuire sérieusement à l’économie de la province, selon lui.

« Il est impensable de dire qu’en neuf ans, on serait en mesure de faire près de quatre fois plus que ce qui a été fait en 30 ans. C’est catégorique », a-t-il déclaré, en rappelant que la réduction des GES avoisine actuellement les 9 % par rapport à 1990. « En neuf ans, ce n’est pas vrai qu’on peut changer toutes les technologies et mettre en place, de façon crédible, cette transformation. »

Pour le Québec, un recul de 50 % signifierait de ramener les émissions annuelles à environ 40 millions de tonnes (Mt). Avec la cible actuelle du gouvernement, les émissions devraient plutôt atteindre environ 54 Mt en 2030. L’écart équivaut à la moitié des émissions actuelles du secteur du transport routier.