Québec n’a pas l’intention de suivre les recommandations du GIEC

Le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, dit vouloir effectuer une «transition juste», au nom de la défense des travailleurs québécois.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, dit vouloir effectuer une «transition juste», au nom de la défense des travailleurs québécois.

Le gouvernement Legault n’entend pas se doter d’une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre en phase avec les exigences de la science climatique pour l’horizon 2030. Non seulement un tel objectif est « irréaliste », mais une transition aussi « radicale » serait très dommageable pour l’économie québécoise, a fait valoir mercredi le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, en entrevue au Devoir.

Tout en évoquant « l’effort colossal » que représente déjà une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % d’ici 2030 par rapport à 1990, le ministre a fait valoir que l’idée de porter cette cible à une réduction de plus de 45 % serait tout simplement « irréaliste ». Et il n’est pas question de s’engager dans une révision lors d’un possible deuxième mandat caquiste.

« Il est impensable de dire qu’en neuf ans, on serait en mesure de faire près de quatre fois plus que ce qui a été fait en 30 ans. C’est catégorique », a-t-il déclaré, en rappelant que la réduction des GES avoisine actuellement les 9 % par rapport à 1990. « En neuf ans, ce n’est pas vrai qu’on peut changer toutes les technologies et mettre en place, de façon crédible, cette transformation. »

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime toutefois que, pour limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C, soit l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, il faudra réduire les émissions de GES de 50 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2010. Cela comprend un recul d’au moins 45 % des émissions de CO2, le principal GES issu de l’activité humaine.

Pour le Québec, un recul de 50 % signifierait de ramener les émissions annuelles à environ 40 millions de tonnes (MT). Avec la cible actuelle du gouvernement, les émissions devraient plutôt atteindre environ 54 Mt en 2030. L’écart équivaut à la moitié des émissions actuelles du secteur du transport routier.

 

 

Économie

Dans le cadre de la commission parlementaire qui étudiait le projet de loi 44, qui porte sur « la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques », Greenpeace, Nature Québec et La Planète s’invite au Parlement ont par ailleurs plaidé mercredi pour la fixation d’une cible encore plus ambitieuse, soit une réduction de 65 % des GES d’ici 2030 par rapport à 1990.

Selon les groupes, cet objectif tient compte de la science climatique, de la responsabilité historique des nations développées dans les bouleversements du climat et de notre capacité économique à nous engager dans la transition.

Cette idée a cependant été balayée par Benoit Charette, qui a soutenu que les groupes qui prônent l’adoption d’une cible plus ambitieuse que celle du gouvernement représentent « une opinion minoritaire parmi les groupes entendus » dans le cadre de la commission parlementaire, qui s’est terminée mercredi.

Il a plutôt dit vouloir effectuer une « transition juste », au nom de la défense des travailleurs québécois.

« Ce n’est pas vrai que, du jour au lendemain, on va leur imposer le fardeau de la preuve et qu’on va leur dire : votre emploi n’est plus important pour nous, vous vous retrouvez au chômage. Malheureusement, ce respect du travailleur et ce respect de l’économie n’étaient pas très présents dans les propos des groupes entendus ce matin. »

Avec une cible de réduction de 65 %, a-t-il dit en commission, « l’ensemble de l’économie s’effondrerait ». « Ce n’est pas le genre de société qu’on veut », a-t-il ajouté.

« À partir du moment où on veut agir de façon radicale, il y a beaucoup de gens qui vont écoper au Québec, a-t-il expliqué par la suite au Devoir. Imaginons [une cible] à 65 %. On pourrait très certainement dépasser le million [d’emplois], selon ce que nous présente la FTQ. […] Je n’ai pas d’étude, je n’ai pas de validation. Je reprenais la préoccupation de la FTQ. C’est une préoccupation qui est partagée par le patronat. »

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et le Conseil du patronat du Québec ont indiqué ne pas avoir évoqué le chiffre mis en avant par le ministre.

Par ailleurs, la volonté de réduire les GES du Québec ne signifie pas que les projets industriels polluants seront écartés. « L’important, c’est le total. Donc, si certains projets de développement économique génèrent davantage de gaz à effet de serre, l’important, c’est que le total doit être à la baisse. Ce total doit nous amener à -37,5 % en 2030. »

Pas question de décroissance

Un porte-parole de La Planète s’invite au Parlement, François Geoffroy, a évoqué mercredi l’idée que le gouvernement du Québec devrait réfléchir au concept de « décroissance », dans un contexte où la crise climatique est en partie liée à « notre surconsommation » de ressources et de biens. « On ne retient pas le discours de la décroissance », évoquant des propos associés à un discours de « peur ».

« J’adhère au principe qu’il faut respecter les ressources », a-t-il expliqué par la suite en entrevue. « Mais il n’est pas question de parler de décroissance économique, alors que la transition verte est une occasion de croissance économique. Le groupe qui a proposé cette idée porte une lunette uniquement environnementale, et je respecte cela. Mais comme gouvernement, nous devons avoir une lunette beaucoup plus large, parce que nous avons un système de santé à financer, un système d’éducation à financer, et ce n’est pas vrai qu’on peut se permettre de chambouler l’économie de façon radicale. »