Changements climatiques: les paradoxes des Québécois

Le sondage permet de constater que les citoyens sont prêts à «contribuer» personnellement à la lutte contre les bouleversements du climat.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le sondage permet de constater que les citoyens sont prêts à «contribuer» personnellement à la lutte contre les bouleversements du climat.

Même si la majorité des Québécois se disent interpellés par la question des bouleversements climatiques et par « l’urgence d’agir », à peine plus de la moitié d’entre eux estiment que leurs gestes quotidiens aggravent la crise. Ils tardent d’ailleurs à agir dans les domaines où ils pourraient obtenir les gains les plus significatifs en matière de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

C’est ce que révèle le « Baromètre de l’action climatique : disposition des Québécois face aux défis climatiques », une analyse basée sur un sondage provincial qui a été produite par le média Unpointcinq et l’Université Laval.

« La majorité des citoyens sont préoccupés par les changements climatiques, mais il y a encore plusieurs paradoxes dans la prise d’actions concrètes », résume Valériane Champagne St-Arnaud, chercheuse postdoctorale à l’Université Laval et co-autrice de ce document, obtenu par Le Devoir et qui doit être publié mardi.

47 %
C’est la proportion des Québécois qui affirment ne pas être prêts à payer plus cher ce qu’ils achètent pour contribuer à la lutte contre les changements climatiques.

Ainsi, 74 % des Québécois affirment qu’« il y a urgence d’agir » pour lutter contre la crise climatique, et 92 % estiment que la province doit contribuer à cette lutte « même si de grands pays émettent plus de gaz à effet de serre ». « Malgré ce consensus perçu, seulement 33 % pensent que les Québécois font leur part individuellement. Ils ne le voient tout simplement pas dans leur quotidien », notent cependant les auteurs de l’analyse, réalisée à partir des résultats d’un sondage Web Léger mené du 19 au 26 septembre 2019, auprès de 2006 adultes.

« C’est un enjeu important, parce que la norme sociale, en environnement, est importante. Les gens se disent : “ Pourquoi est-ce que je poserais des gestes, si les autres ne le font pas ? ”», souligne Mme Champagne St-Arnaud.

Le coup de sonde permet néanmoins de constater que les citoyens sont prêts à « contribuer » personnellement à la lutte contre les bouleversements du climat. Même que 76 % d’entre eux seraient prêts à « en faire plus ».

La voiture

Pourtant, lorsque vient le temps de faire les gestes individuels les plus significatifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les Québécois « tardent » à agir. À peine 35 % disent avoir réduit l’utilisation de leur voiture, 43 % ont choisi de « manger moins de viande », 48 % compostent et 29 % disent avoir réduit leurs déplacements en avion.

Dans le cas de la réduction de l’utilisation de la voiture, un poids lourd dans le bilan des émissions de gaz à effet de serre du Québec, Valériane Champagne St-Arnaud souligne que les citoyens estiment le plus souvent que ce n’est tout simplement pas possible « dans leur situation actuelle » ou en raison « d’habitudes bien ancrées ».

 
74 %
C’est la proportion de Québécois qui affirment qu’«il y a urgence d’agir» pour lutter contre la crise climatique.

« Ce qu’on constate, c’est un écart entre la perception qu’ont les Québécois de faire leur part et l’impact climatique réel des gestes qu’ils posent. Même les individus les plus motivés surévaluent l’impact positif sur le climat d’un grand nombre de gestes du quotidien », explique Mme Champagne St-Arnaud.

Pas prêts à payer davantage

Par ailleurs, les Québécois jugent que les entreprises industrielles (83 %), le gouvernement fédéral (76 %), le gouvernement du Québec (75 %), les municipalités et les MRC (63 %) et les commerces de proximité (62 %) devraient « en faire davantage » en matière de lutte contre les changements climatiques.

Mais si cette action climatique signifie une hausse du prix de certains produits, les consommateurs pourraient être nombreux à se montrer réticents. Près d’une personne sur deux (47 %) « affirme ne pas être prête à payer plus cher ce qu’elle achète pour faire sa part dans la lutte contre les changements climatiques ».