RSC sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers

En mai 2018, Montréal avait consenti 29 millions de dollars à TIRU pour maintenir le centre de tri de Saint-Michel (sur la photo).
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir En mai 2018, Montréal avait consenti 29 millions de dollars à TIRU pour maintenir le centre de tri de Saint-Michel (sur la photo).

L’entreprise Rebuts solides canadiens (RSC), qui opère notamment les deux centres de tri de matières recyclables de Montréal, a annoncé lundi en fin de journée qu’elle se plaçait sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

« L’objectif du Groupe RSC est de poursuivre ses activités le temps nécessaire aux pouvoirs publics d’effectuer une transition sans interruption de service des centres de tri. Cette procédure permet à l’ensemble des équipes du Groupe RSC de poursuivre l’exploitation des sites », a indiqué l’entreprise par voie de communiqué.

RSC, une filiale du Groupe TIRU, opère les deux centres de tri de Montréal (jusqu’à 300 000 tonnes par année), mais aussi celui de Saguenay et de Châteauguay.

L’entreprise a évoqué de nouveau « la crise mondiale du recyclage du papier », qui s’est aggravée au cours des derniers mois « avec la fermeture progressive des marchés dans les pays qui constituaient des débouchés traditionnels ».

« Bien que s’agissant d’un service public, le Groupe RSC portait l’essentiel du risque de prix de revente des matières à recycler, notamment le papier. Le retournement brutal du marché mondial du papier recyclé a constitué un coût considérable et l’entreprise a subi d’importantes pertes financières au cours des dernières années », peut-on lire dans le communiqué.

Le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont répété au cours des derniers jours que les centres de tri gérés par Groupe TIRU continueraient de fonctionner, malgré le départ annoncé de l’entreprise. L’enfouissement des matières recyclables, qui s’accumulent dans certains cas, ne serait pas une option, selon le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal.

Selon l’administration Plante, des entreprises auraient manifesté leur intérêt à reprendre la gestion du centre de tri de Lachine (inauguré en novembre 2019, après des investissements municipaux de 45 millions) et de celui de Saint-Michel.

Papier

Le papier, qui représente plus de 80 % des matières qui entrent dans les centres de tri, se vendait plus de 165 $ la tonne en 2017, selon les données fournies par Recyc-Québec. Or, en 2019, les centres de tri devaient payer, en moyenne, 15 $ la tonne pour se départir de leur « papier mixte ».

Il faut dire qu’avant 2018, la majorité des ballots de « papier mixte » qui sortaient des centres de tri de la province étaient expédiés en Chine, où ce papier contaminé par d’autres matières était retrié. Avec la fermeture des frontières du pays aux matières de piètre qualité, les exportateurs se sont tournés vers d’autres marchés, notamment l’Inde, jusqu’à ce que ce pays décide lui aussi de restreindre sérieusement ses importations au cours des derniers mois, pour les mêmes raisons que la Chine.


En mai 2018, Montréal avait consenti 29 millions de dollars à TIRU pour maintenir le centre de tri de Saint-Michel (150 000 tonnes par année) en activité. Elle a aussi investi près de 50 millions pour la construction du centre de tri de Lachine inauguré en novembre dernier. Et en septembre dernier, Montréal a octroyé un contrat de 62,4 millions à TIRU pour la gestion des matières recyclables jusqu’en 2024.

Lundi en fin de journée, le cabinet de Mme Plante a par ailleurs affirmé que Montréal ne perdrait pas d’argent, puisqu’elle finançait le fonctionnement des centres de tri « au fur et à mesure ».

« Il y a une transition de 15 semaines, ce qui nous laisse assez de temps pour s’asseoir avec de nouveaux joueurs, revoir nos pratiques et en discuter avec nos partenaires », a-t-on également précisé.


Avec Jeanne Corriveau